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| | opinion

La communauté scientifique doit réformer ses pratiques et ses valeurs, sans attendre

Pierre Vandergheynst est professeur ordinaire au Laboratoire de traitement des signaux et Vice-président pour l’éducation à l’EPFL.

Le 17 octobre dernier, le site spécialisé RetractionWatch, qui suit et indexe les retraits d’articles de recherche des revues scientifiques, «célébrait» la 20’000e rétractation. Certains de ces retraits ont fait couler beaucoup d’encre, comme l’étude du médecin anglais Andrew Wakefield, qui liait autisme et vaccination, publiée initialement dans une revue très réputée en 1998, The Lancet. Ou encore, plus récemment, celle publiée d’abord dans Nature Medicine, selon laquelle les bébés modifiés par la technologie génétique CRISPR connaîtraient possiblement une mort plus précoce.

Dans le monde scientifique, les résultats de recherche sont le plus souvent publiés dans des revues spécialisées, telles Nature et Science. Auparavant, ces dernières demandent à des experts de se prononcer sur la qualité scientifique des articles soumis. Cette étape d’évaluation par les pairs (nommée «peer review») est fondamentale, car elle assure le respect des critères d’objectivité et de rigueur qui sont au cœur de la démarche scientifique.

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Le Nobel d'économie, une victoire pour les «randomistas», qui défendent les essais contrôlés randomisés

Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer sont les lauréats du prix Nobel d'économie 2019 | MIT Press

Lundi dernier, le prix Nobel d’économie a récompensé un trio d’économistes, dont une femme, la seule de l’édition 2019. La méthode expérimentale qui a valu à Esther Duflo, Michael Kremmer et Abhijit Banerjee cette belle récompense est pour le moins originale en économie, car elle s’inspire des essais randomisés contrôlés réalisés par les sciences médicales. C’est ce que précise un article de Nature.

Pourquoi c’est important. Les trois lauréats ont été à l’avant-garde de ce mouvement dit des «randomistas», ici appliqué à des problèmes de développement humain. Il s’agit, pour savoir ce qui fonctionne vraiment, par exemple pour améliorer le niveau d’éducation dans un pays donné, de procéder de façon longitudinale, comme on le ferait pour vérifier l’efficacité d’un médicament. On teste un certain type d’interventions sur un échantillon de population, puis on suit dans le temps et on compare par rapport à ceux qui ne l’ont pas reçu. Une approche qui a depuis porté ses fruits, mais qui nécessite beaucoup de travail sur le terrain.

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Lire l'article publié sur Nature

| | radar

BioRxiv publiera les évaluations des réviseurs d'études soumises afin d'augmenter la transparence

rosefirerising/Flickr/Creative Commons

Si vous ne connaissez pas bioRxiv ou arXiv, sachez qu’il s’agit de serveurs où les auteurs d’une étude scientifique peuvent la mettre à disposition, sous forme de préprint, avant qu’elle ne soit formellement publiée dans une revue à comité de relecture par des pairs (peer review). BioRxiv, spécialisé dans publications en sciences de la vie, a lancé une expérimentation inédite: des services de peer review seront proposés pour évaluer publiquement la qualité des articles proposés, si les auteurs en font la demande, explique Science.

Pourquoi c’est important. Pour les chercheurs, l’enjeu est d’accélérer le processus de publication dans une revue, qui prend souvent des mois, entre les demandes successives dans un autre journal en cas de refus, puis les allers retours du manuscrit une fois qu’il a été accepté… Il s’agit aussi, à travers cette expérience, d’améliorer la transparence de la recherche, et de tendre vers une science plus ouverte.

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Lire l'article publié par Science Magazine

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La liste noire des revues prédatrices s'est encore allongée

Le rayon des revues scientifiques, à la Bibliothèque nationale suisse. | Gaëtan Bally / Keystone

L’entreprise américaine de services aux chercheurs Cabells a annoncé début octobre que sa liste noire des revues prédatrices avait atteint 12'000 titres, soit trois fois plus qu’en 2017. Elle est désormais plus fournie que sa liste blanche des revues dignes de confiance, qui en contient 11'000!

De quoi on parle. Les revues scientifiques dites «prédatrices» sont des revues frauduleuses qui exploitent à leur profit le modèle open access de l’«auteur-payeur». Concrètement, elles sollicitent les chercheurs et les invitent à soumettre des articles sur leurs travaux. Ces articles sont systématiquement acceptés, quelle que soit leur valeur scientifique, contre des frais de publication parfois très élevés.

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Pourquoi si peu de femmes remportent un prix Nobel scientifique?

Rosalind Franklin en 1955 | MRC Laboratory of Molecular Biology/Creative Commons

En 2018, une femme, Donna Strickland, faisait partie des lauréats du prix Nobel de physique. Mais cette année, aucune lauréate dans le palmarès. Lundi, le prix Nobel de médecine et de physiologie: trois hommes. Mardi, le prix Nobel de physique: de nouveau trois hommes (dont deux Suisses). Et rebelote mercredi avec le prix Nobel de chimie.

Un chiffre que déplore Joël Mesot, président de l’ETH Zurich, dans l'entretien qu'il donne à Heidi.news en vue d’une opération spéciale la semaine prochaine. «Pour modifier ces statistiques, il faut changer les mentalités», ajoute-t-il. Comment faire? «Inclure davantage de femmes dans les comités de nomination académique, puis imposer au moins une femme sur les 'short lists' pour chaque poste de professeur. Mieux, prendre en compte la situation privée des femmes scientifiques, qui sont souvent en couple avec des scientifiques, et donc favoriser des solutions professionnelles pour leur partenaire». Et le président de l’ETHZ d’étayer ses dires par des faits: sur les 35 professeurs nommés depuis son arrivée en janvier 2019 à la tête de la haute école zurichoise, 11 sont des femmes.

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Trop de scientifiques se citent eux-mêmes

Image d'illustration | Elastic Computer Farm / Pixabay

Des centaines de chercheurs s’auto-citeraient de manière extrême, d’après une base de données publiée dans PloS Biology en août et relevée par Nature. Sur les 100’000 scientifiques listés, au moins 250 dépassaient les 50% d'autocitation, c’est-à-dire que la moitié des citations d'une étude seront faites par ses propres co-auteurs, contre une moyenne de 12,7% pour l’ensemble. Certains dépassent même allègrement les 90%.

Pourquoi c’est important. L’indice de Hirsch d’un chercheur quantifie sa productivité scientifique, traduit le nombre de fois où ses études sont citées dans des publications. C’est l’un des piliers du monde scientifique aujourd’hui. C’est en notamment en fonction de cette donnée que peuvent être alloués certains fonds de recherche et faire progresser la carrière d’un chercheur. Se citer soit-même ou se faire citer par des collègues est donc un bon moyen de faire augmenter artificiellement ce nombre.

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Lire l'article dans Nature (EN)

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De Nature à arXiv, en passant par The Lancet, l'incroyable épopée des revues scientifiques

Image d'illustration | Chris Blakeley / Creative Commons

Les revues scientifiques et médicales sont un instrument de travail incontournable pour les chercheurs —ainsi que les journalistes scientifiques. Entre des maisons anciennes et prestigieuses comme Nature ou The Lancet et de nouveaux arrivants comme arXiv, Le Monde narre la saga de l’édition scientifique dans toute sa diversité, à travers une belle série d’été.

Pourquoi on en parle. L’histoire individuelle de ces publications est haute en couleurs, entre faits d’armes, changement de propriétaires et controverses scientifiques, par exemple la publication en 1998 par The Lancet d’un article faisant un lien entre vaccination et autisme, qui ne sera rétracté que 12 ans plus tard. C’est aussi un business juteux, les universités pouvant difficilement faire l’impasse sur l’abonnement à ces revues, dont le tarif peut être prohibitif.

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Lire le dernier épisode de la série d'été publiée par Le Monde (FR, Paywall), consacré au Lancet

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L'Etivaz, le génie fromager

| | interview

«Enfermer des publications scientifiques derrière un paywall est anachronique»

Kamila Markram, fondatrice de Frontiers | Frontiers

Kamila Markram est CEO de Frontiers, maison d’édition scientifique qui publie les études en accès gratuit (open access). Elle l’a fondée avec son mari Henry Markram en 2007, alors qu’elle était encore doctorante à l’EPFL. À l’occasion de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques, qui se tient du 1er au 5 juillet à Lausanne, elle précise dans une interview les enjeux de la recherche ouverte.

La plupart des revues scientifiques ne sont accessibles que sur abonnement, or de tels abonnements peuvent coûter cher. Aujourd’hui, de plus en plus d’universités décident tout simplement de s’en passer, privant ainsi leurs chercheurs de l’accès à certaines des plus récentes publications de leurs domaines. D’où l’intérêt grandissant pour l’open science.

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Un article scientifique appuyant les «thérapies de conversion» des homosexuels a été rétracté

Un homme porte un masque au Keyna lors d'une manifestation contre l'homophobie (Image d'illustration) | Ben Curtis/AP/Keystone

Une certaine littérature scientifique entreprend parfois de prouver l’intérêt des «thérapies de réorientation sexuelle». C’est le cas de The Lincare Quarterly, qui a publié un article en ce sens, avant que son éditeur ne fasse marche arrière, faute d’analyse statistique valable pour appuyer ses résultats, relate The Retraction Watch (EN).

Pourquoi c’est important. Ces «traitements» sont illégaux dans de nombreux pays, dont la Suisse. Ils occasionnent souvent de grandes souffrances psychiques chez les personnes enrôlées.

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«J’avais étudié des centaines d’échantillons de sable et jamais rien observé de pareil»

Une plage de l'île de Miyajima, non loin d'un lieu de prélèvement de sable contenant des débris de l'explosion d'Hiroshima | そらみみ - Creative Commons

Installé en Suisse, le géologue Mario Wannier raconte comment il est parvenu, avec ses collègues, à déterminer que des échantillons de sable de la région d’Hiroshima contiennent des débris de la ville pulvérisée en 1945 par une bombe atomique.

Pourquoi c’est important. Cette découverte fortuite, née de la passion de Mario Wannier pour l’étude du sable des plages d’Asie, confirme à quel point on connaît mal ce qui se passe au sol quand une bombe atomique explose.

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Énergie primaire, énergie finale, pourquoi toutes les sources d’énergie ne se valent pas

Tours aéroréfrigérantes d'une centrale thermique nucléaire | Creative Commons

Puissance, énergie, disponibilité d’une source d’énergie. Autant de grandeurs physiques présentées par notre précédente fiche sur l’énergie. Mais avant d’être consommée, l’énergie doit souvent être transformée afin d’être utilisée sous une forme facilement exploitable : électricité, carburant…

Pourquoi c’est important. Ils partagent la même unité, mais tous les kilowatt-heures ne se valent pas: tout dépend où l’on se place le long de la chaîne énergétique, de la production au transport jusqu’à sa consommation.