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Même les prix Nobel rétractent des publications scientifiques... et c'est une excellente nouvelle

Frances Arnold, prix Nobel de Chimie en 2018 | Bengt Nyman/Creative Commons

Un article scientifique, fut-il publié dans une revue prestigieuse, représente-t-elle une somme de connaissances intouchable car désormais publiée? Non, car c’est aussi le propre de la science que de parfois tâtonner. La chercheuse américaine Frances Arnold, prix Nobel de chimie en 2018, a ainsi rétracté début 2020 un article publié en mai dernier dans Science faute de reproductibilité des résultats. Ce geste a été salué par ses pairs, raconte la BBC.

Pourquoi on en parle. La recherche scientifique connaît actuellement une forme de «crise de la reproductibilité», certains résultats publiés peinant à être reproduits par d’autres équipes. En 2016, un sondage de la revue Nature estimait que deux tiers des chercheurs avaient déjà échoué à reproduire une expérience déjà publiée! Dans ce contexte, le fait de rétracter un article déjà publié mais non reproductible peut être interprété comme un geste positif pour la communauté scientifique.

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Lire l'article sur le site de la BBC

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Militer pour la science, un combat centenaire révélateur des enjeux de pouvoir dans la société

Marche pour les sciences aux Etats-Unis, en 2017 (image d'illustration) | Paul VanDerWerf/Flickr/Creative Commons

Sylvain Laurens, sociologue et maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), a enquêté sur l’histoire des mouvements militants pro-sciences en France au cours du vingtième siècle. Il en a tiré un essai, Militer pour la science, publié en 2019 aux éditions de l’EHESS. Nous avons interrogé le sociologue sur la façon dont s’inscrivent les mouvements rationalistes actuels dans cet héritage historique complexe, ainsi sur les nouveaux avatars que prend cette mobilisation avec la montée en puissance des réseaux sociaux.

Pour rappel, Heidi.news a publié cet été une tribune du collectif NoFakeSciences, collectif de citoyens et de scientifiques qui entend promouvoir un traitement plus rigoureux de l'information scientifique dans les médias. Suite à sa publication, ce texte avait provoqué de nombreux débats dans la communauté scientifique et journalistique.

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La revue scientifique open source PLOS peine à trouver la rentabilité

Image d'illustration | dave/Flickr/CreativeCommons

Le groupe de publication scientifique Public Library of Science (PLOS), spécialiste de l’open access, adopte-t-il le meilleur modèle d’affaires? C’est la question que pose The Scholarly Kitchen, blog de la Society for Scholarly Publishing, ONG soutenant le monde de la publication scientifique. Il pointe l’état des compte de la société, qui a dépensé plus d’argent qu’elle n’en a gagné en 2018.

Pourquoi on en parle. Ce n’est pas la première fois que la balance comptable de PLOS est dans le rouge. En fait, la dernière fois où le solde résultant était positif remonte à 2015, note l’article. Surtout, PLOS publie en open access, ce qui interroge sur la viabilité économique de ce modèle. La lecture des publications est gratuite, mais les auteurs d’un article doivent s’acquitter de frais, appelés Article Processing Charges (APC) permettant de couvrir les frais administratifs, notamment de relecture par les pairs (peer review). Le problème, c’est que la quantité d’articles publiés, par rapport à 2013, a chuté de plus de 30%…. De même que les revenus associés. Une voie, souligne The Scholarly Kitchen, serait de réduire les coûts fixes — il note qu’une ancienne CEO, partie en décembre 2016, a continué à percevoir 362’000 dollars (environ 361’300 CHF) en 2017.

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Lire l'article sur The Scholarly Kitchen

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Financer la recherche par tirage au sort? L’idée fait son chemin en Suisse

Image d'illustration. | Daniel Maurer /dapd/Keystone

Comment octroyer des fonds à la recherche de la manière la plus juste et la plus efficace? Des scientifiques estiment que le système en place dans de nombreux pays, qui repose sur l’évaluation par des experts (peer review), n’atteint pas pleinement ses objectifs. Comme réponse, ils proposent de procéder par tirage au sort, une réflexion qui existe aussi pour la publication d’articles scientifiques et les nominations à des postes académiques.

Pourquoi on en parle. L’Université de Zurich a consacré mi-novembre une conférence aux tirages au sort comme instrument pour désigner les professeurs et financer les projets de recherche. Cette rencontre a réuni une cinquantaine de personnes. Le sujet, qui peut paraître farfelu au premier abord, rencontre un intérêt croissant dans les milieux académiques, notamment en Suisse.

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Des scientifiques sud-coréens accusés de nommer leurs enfants co-auteurs de leurs recherches

(EPA/YONHAP SOUTH KOREA OUT)

Le ministère de l’enseignement sud-coréen a relevé 24 cas où les enfants de chercheurs avaient été inscrits comme co-auteurs sans qu’ils n’aient participé aux travaux académiques concernés.

Pourquoi ils font ça? Cette pratique viserait à augmenter leurs chances d’entrer dans des universités prestigieuses. Une article à lire sur Nature.com.

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Nature

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Visualisez 150 ans de publications scientifiques dans Nature

Capture d'écran de la représentation graphique interactive | Nature

Pour fêter son 150e anniversaire, l’emblématique revue scientifique a sorti les grands moyens. Nature a ainsi dévoilé une impressionnante datavisualisation de son corpus scientifique. Il représente un vaste graphe — au sens de la théorie des graphes — en 3D. Chaque point symbolise un article publié par la revue, deux publications sont reliées entre elles si une tierce étude les cite dans la même bibliographie. Plus il y a de co-citations, plus le point est grand. La couleur, enfin, illustre le domaine scientifique étudié (biologie, physique, mathématiques…). La revue a également procédé à une analyse plus classique des données.

Pourquoi c’est intéressant. Pour construire cette représentation titanesque, Nature s’est basé sur des dizaines de millions d’articles scientifiques indexés par le service Web of Science depuis 1900. La revue a toutefois conscience de plusieurs biais dans l’exercice, à commencer par le fait que jusqu’aux années 1920, un article typique publié par Nature ne contenait pas de références bibliographiques! La représentation permet surtout d’explorer l’interdisciplinarité de la science: un article classé dans la rubrique technologies ou ingénierie sera plus souvent cité dans d’autres champs (à 72%) que dans son propre domaine. La revue note enfin que la pluridisciplinarité, c’est-à-dire le nombre de disciplines scientifiques représentées par les différents auteurs d’une étude, est en nette augmentation depuis une soixantaine d’années.

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Voir le graphe interactif de Nature et l'analyse des données

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Les Suisses continuent d'avoir confiance en la science

Place fédérale de Berne | THOMAS HODEL/KEYSTONE

Les sciences, un thème qui n’intéresse que les universitaires et les chercheurs? Pas du tout, révèle le dernier Baromètre Scientifique Suisse 2019. Sur un peu plus de 1000 personnes sondées, 56% affirment une confiance «forte» ou «très forte» dans la science. Les hommes sont légèrement plus confiants que les femmes, et les jeunes un peu plus convaincus que leurs aînés. Voici les principaux résultats de cette enquête téléphonique réalisée tous les trois ans depuis désormais 15 ans.

Pourquoi c’est important. Les Suisses sont plus de 70% à déclarer suivre de «modérément activement» à «très activement» la façon dont les médias rendent compte de la science et de la recherche. Ce qui montre qu’il existe bien un large public, pas forcément composé uniquement d’initiés, pour le journalisme scientifique dans le pays.

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Pourquoi il faut faire confiance aux scientifiques

Photo d'un graffiti de l'artiste Banksy, Londres. | Flickr

L’historienne des sciences Naomi Oreskes, professeure à l’Université Harvard, estime que les scientifiques sont «nos experts désignés pour étudier le monde», et que leur faire confiance peut être une question de vie ou de mort. Dans une interview accordée à Undark à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, «Why Trust Science?», elle prend l’exemple des vaccins et du changement climatique, au sujet desquels les preuves scientifiques sont rejetées par un grand nombre de personnes. Et souligne que cette situation est le résultat de campagnes organisées pour générer de la méfiance. Elle livre également son point de vue sur la méthode scientifique ou encore les biais dans la recherche.

Pourquoi on en parle. Autrice de plusieurs ouvrages, Naomi Oreskes fait partie des historiens et historiennes des sciences les plus respectés. Les controverses liées au changement climatique constituent l’un de ses thèmes de prédilection et elle intervient régulièrement dans les médias pour les décortiquer.

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Lire l'article d'Undark

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Qui est Thomas Crowther, à l'origine d'études controversées sur le climat à l'ETH Zurich?

A 33 ans, le chercheur dispose désormais de son propre laboratoire | Gabrielle Bastien/Creative Commons

Son laboratoire, le Crowther Lab, abrité par l’ETH Zurich, a produit ces derniers mois des travaux controversés. Par exemple, l’étude publiée dans Science invitant à replanter des milliards d’arbres pour lutter contre le changement climatique, qui a connu une réception très contrastée, puis des critiques lapidaires publiées vendredi dernier. Science revient sur le parcours de Thomas Crowther, entre ascension fulgurante et financements peut-être trop abondants, trop rapidement.

Pourquoi c’est intéressant. Le chercheur britannique présente une trajectoire atypique. Dyslexique, il se passionne d’abord pour le tennis. Puis il se rabat sur la science: à l’Université de Cardiff, où il effectue sa thèse, il sort au départ peu du lot, jusqu’à ce qu’un professeur l’encourage. Contre l’avis de ce dernier qui jugeait un résultat trivial, il réussira à le publier dans une revue prestigieuse… et à lancer sa carrière! Tout juste arrivé à l’ETH Zurich en 2017, il bénéficie d’une bourse de 2,7 millions de dollars qui lui permet de monter son propre laboratoire. Ce qui ne va pas sans faire grincer quelques dents: certains y voient la marque des privilèges d’un jeune homme blanc suffisamment charismatique pour lever facilement des fonds. D’autres critiquent la rigueur du travail produit. Thomas Crowther, lui, a en tout cas compris les arcanes de la communication: son laboratoire dispose de ses propres attachés de presse. «La science, ce n’est pas la perfection. C’est faire progresser la discussion», argumente-t-il.

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Lire l'article publié par Science

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La communauté scientifique doit réformer ses pratiques et ses valeurs, sans attendre

Pierre Vandergheynst est professeur ordinaire au Laboratoire de traitement des signaux et Vice-président pour l’éducation à l’EPFL.

Le 17 octobre dernier, le site spécialisé RetractionWatch, qui suit et indexe les retraits d’articles de recherche des revues scientifiques, «célébrait» la 20’000e rétractation. Certains de ces retraits ont fait couler beaucoup d’encre, comme l’étude du médecin anglais Andrew Wakefield, qui liait autisme et vaccination, publiée initialement dans une revue très réputée en 1998, The Lancet. Ou encore, plus récemment, celle publiée d’abord dans Nature Medicine, selon laquelle les bébés modifiés par la technologie génétique CRISPR connaîtraient possiblement une mort plus précoce.

Dans le monde scientifique, les résultats de recherche sont le plus souvent publiés dans des revues spécialisées, telles Nature et Science. Auparavant, ces dernières demandent à des experts de se prononcer sur la qualité scientifique des articles soumis. Cette étape d’évaluation par les pairs (nommée «peer review») est fondamentale, car elle assure le respect des critères d’objectivité et de rigueur qui sont au cœur de la démarche scientifique.

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Le Nobel d'économie, une victoire pour les «randomistas», qui défendent les essais contrôlés randomisés

Abhijit Banerjee, Esther Duflo et Michael Kremer sont les lauréats du prix Nobel d'économie 2019 | MIT Press

Lundi dernier, le prix Nobel d’économie a récompensé un trio d’économistes, dont une femme, la seule de l’édition 2019. La méthode expérimentale qui a valu à Esther Duflo, Michael Kremmer et Abhijit Banerjee cette belle récompense est pour le moins originale en économie, car elle s’inspire des essais randomisés contrôlés réalisés par les sciences médicales. C’est ce que précise un article de Nature.

Pourquoi c’est important. Les trois lauréats ont été à l’avant-garde de ce mouvement dit des «randomistas», ici appliqué à des problèmes de développement humain. Il s’agit, pour savoir ce qui fonctionne vraiment, par exemple pour améliorer le niveau d’éducation dans un pays donné, de procéder de façon longitudinale, comme on le ferait pour vérifier l’efficacité d’un médicament. On teste un certain type d’interventions sur un échantillon de population, puis on suit dans le temps et on compare par rapport à ceux qui ne l’ont pas reçu. Une approche qui a depuis porté ses fruits, mais qui nécessite beaucoup de travail sur le terrain.

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Lire l'article publié sur Nature

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BioRxiv publiera les évaluations des réviseurs d'études soumises afin d'augmenter la transparence

rosefirerising/Flickr/Creative Commons

Si vous ne connaissez pas bioRxiv ou arXiv, sachez qu’il s’agit de serveurs où les auteurs d’une étude scientifique peuvent la mettre à disposition, sous forme de préprint, avant qu’elle ne soit formellement publiée dans une revue à comité de relecture par des pairs (peer review). BioRxiv, spécialisé dans publications en sciences de la vie, a lancé une expérimentation inédite: des services de peer review seront proposés pour évaluer publiquement la qualité des articles proposés, si les auteurs en font la demande, explique Science.

Pourquoi c’est important. Pour les chercheurs, l’enjeu est d’accélérer le processus de publication dans une revue, qui prend souvent des mois, entre les demandes successives dans un autre journal en cas de refus, puis les allers retours du manuscrit une fois qu’il a été accepté… Il s’agit aussi, à travers cette expérience, d’améliorer la transparence de la recherche, et de tendre vers une science plus ouverte.

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Lire l'article publié par Science Magazine

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La liste noire des revues prédatrices s'est encore allongée

Le rayon des revues scientifiques, à la Bibliothèque nationale suisse. | Gaëtan Bally / Keystone

L’entreprise américaine de services aux chercheurs Cabells a annoncé début octobre que sa liste noire des revues prédatrices avait atteint 12'000 titres, soit trois fois plus qu’en 2017. Elle est désormais plus fournie que sa liste blanche des revues dignes de confiance, qui en contient 11'000!

De quoi on parle. Les revues scientifiques dites «prédatrices» sont des revues frauduleuses qui exploitent à leur profit le modèle open access de l’«auteur-payeur». Concrètement, elles sollicitent les chercheurs et les invitent à soumettre des articles sur leurs travaux. Ces articles sont systématiquement acceptés, quelle que soit leur valeur scientifique, contre des frais de publication parfois très élevés.

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Pourquoi si peu de femmes remportent un prix Nobel scientifique?

Rosalind Franklin en 1955 | MRC Laboratory of Molecular Biology/Creative Commons

En 2018, une femme, Donna Strickland, faisait partie des lauréats du prix Nobel de physique. Mais cette année, aucune lauréate dans le palmarès. Lundi, le prix Nobel de médecine et de physiologie: trois hommes. Mardi, le prix Nobel de physique: de nouveau trois hommes (dont deux Suisses). Et rebelote mercredi avec le prix Nobel de chimie.

Un chiffre que déplore Joël Mesot, président de l’ETH Zurich, dans l'entretien qu'il donne à Heidi.news en vue d’une opération spéciale la semaine prochaine. «Pour modifier ces statistiques, il faut changer les mentalités», ajoute-t-il. Comment faire? «Inclure davantage de femmes dans les comités de nomination académique, puis imposer au moins une femme sur les 'short lists' pour chaque poste de professeur. Mieux, prendre en compte la situation privée des femmes scientifiques, qui sont souvent en couple avec des scientifiques, et donc favoriser des solutions professionnelles pour leur partenaire». Et le président de l’ETHZ d’étayer ses dires par des faits: sur les 35 professeurs nommés depuis son arrivée en janvier 2019 à la tête de la haute école zurichoise, 11 sont des femmes.

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Trop de scientifiques se citent eux-mêmes

Image d'illustration | Elastic Computer Farm / Pixabay

Des centaines de chercheurs s’auto-citeraient de manière extrême, d’après une base de données publiée dans PloS Biology en août et relevée par Nature. Sur les 100’000 scientifiques listés, au moins 250 dépassaient les 50% d'autocitation, c’est-à-dire que la moitié des citations d'une étude seront faites par ses propres co-auteurs, contre une moyenne de 12,7% pour l’ensemble. Certains dépassent même allègrement les 90%.

Pourquoi c’est important. L’indice de Hirsch d’un chercheur quantifie sa productivité scientifique, traduit le nombre de fois où ses études sont citées dans des publications. C’est l’un des piliers du monde scientifique aujourd’hui. C’est en notamment en fonction de cette donnée que peuvent être alloués certains fonds de recherche et faire progresser la carrière d’un chercheur. Se citer soit-même ou se faire citer par des collègues est donc un bon moyen de faire augmenter artificiellement ce nombre.

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Lire l'article dans Nature (EN)