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Y a-t-il un vrai risque nucléaire à Zaporijjia? On vous dit tout

Photographie de la centrale de Zaporijjia, où l'on voit les bâtiments de quatre réacteurs sur six. | Keystone / EPA / RUSSIAN EMERGENCIES MINISTRY HANDOUT

Après les nouveaux bombardements  de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia début août, une question est sur toutes les lèvres, du directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Mariano Grossi au président français Emmanuel Macron: celle de la sûreté des opérations sur les six réacteurs de 1000 MW, de conception russe, que compte la plus grande centrale d’Europe. Faut-il redouter le scénario d’un incident nucléaire? Nous avons pu parler en exclusivité avec des experts ukrainiens et internationaux sur la nature des risques en présence.

Pourquoi c’est sensible. Le conseiller fédéral chargé des finances, Ueli Maurer, déclarait mi-août qu’on ne pouvait exclure «qu'une guerre nucléaire ait lieu en Europe dans quelques semaines». Pensait-il aussi aux risques inhérents au fonctionnement d’une centrale nucléaire civile opérée en temps de guerre? A Zaporijjia comme ailleurs, des procédures existent pour assurer la sûreté des installations nucléaires, avec un certain niveau de redondance destiné à couvrir le plus grand nombre de pannes possibles. Mais la centrale se situe sur le champ de bataille, avec des conditions d’exploitation et de maintenance dégradées pour les opérateurs ukrainiens, qui travaillent sous contrôle russe. Si le risque est si délicat à quantifier, c’est aussi parce que les dernières lignes de défense s’appuient sur le facteur humain.

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Une conception très différente de Tchernobyl. La centrale de Zaporijjia est la plus grande d’Europe. Elle se compose de six réacteurs de 1000 MW, ce qui lui permet d’approvisionner en électricité environ 4 millions de foyers. De conception russe, sa construction a débuté en 1980, et s’est achevée en 1995 lorsque le sixième et dernier réacteur a été raccordé au réseau électrique.

La catastrophe survenue sur la plus connue des centrales ukrainiennes en avril 1986, Tchernobyl, a durablement marqué les esprits. Pourtant, la conception de la centrale de sinistre mémoire est très différente de celle de Zaporijjia.

  • La centrale de Tchernobyl s’appuyait sur la technologie RBMK, avec de l’eau comme liquide de refroidissement et du graphite comme modérateur (en ralentissant les neutrons sans les absorber, le modérateur permet de contrôler la réaction). II n’y a qu’un seul niveau dans les circuits de refroidissement du réacteur: l’eau radioactive sous pression est directement en contact avec la turbine qui produit l’électricité.

  • La centrale de Zaporijjia se base sur la technolgoie VVER (acronyme russe pour Water-cooled, Water-moderated, Energy Reactor). «Il s’agit donc d’un réacteur à eau sous pression (REP, ou PWR) tout comme l’ensemble des réacteurs du parc électronucléaire français en exploitation», souligne la Société française d'énergie nucléaire (Sfen) dans une note d’information. Comme les EPR, ils disposent, pour le refroidissement, d’un circuit primaire et d’un circuit secondaire. Ils diffèrent toutefois des EPR sur plusieurs détails techniques.

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