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Un robot low-tech en forme de chaussette qui tisse du lien

Image: Université de Cornell (Etats-Unis)

Bientôt un robot interactif au sein de chaque foyer? Peut-être… À condition que ces machines se laissent apprivoiser. Pour faciliter la création d’un lien affectif entre l’humain et l’objet, le personnaliser à souhait pourrait être une solution.

Qu’est-ce que ça change? Les robots grand public ressemblaient jusque-là aux autres objets high-tech dans leurs matériaux: plastique, métal, verre. Avec le risque que s’installent froideur et distance avec l’utilisateur. Selon Guy Hoffman, l’humain ne va rien tirer de plus de cette interaction si le robot ne suscite chez lui aucune émotion.

Le professeur assistant à l’Université de Cornell (Etats-Unis) explore une autre approche, davantage basée sur un design ouvert et “do-it-yourself” que sur la technologie au sens strict. Sa dernière création, Blossom, est un robot facile à personnaliser pour se l’approprier: le vêtir d’un tricot, lui coudre des boutons en guise d’yeux, etc. Un robot mou, mais surtout doux. Si son développement a commencé en 2017, sa description a été publiée en mars 2019 dans la revue ACM Transactions on Human-Robot Interactions.

La démarche qui fait de Blossom un robot à part :

  • Valoriser le low-tech. “L’enjeu de Blossom est de proposer une déclinaison plus artisanale du robot domestique”, explique Guy Hoffman. “Une approche qui permet à tous les utilisateurs de participer et de s’approprier l’objet”, qu’ils aient la fibre geek ou préfèrent tricoter une chaussette pour personnaliser Blossom.

  • Privilégier les capteurs tactiles, afin d’inciter l’utilisateur à toucher le robot.

  • Fabriquer du lien. “Les gens tendent à construire un lien émotionnel fort avec les objets qu’eux-mêmes ou quelqu’un de leur famille ont construits”, dit Guy Hoffman. “En imaginant un robot qui puisse être assemblé à la main par l’utilisateur ou un de ses proches, on développe une plus grande proximité entre l’homme et la machine. C’est un objet concret qui va devoir trouver sa place au sein d’un environnement domestique et surtout d’une famille.”

  • Replacer le design au même niveau que la technologie. “Chaque exemplaire produit lors d’ateliers organisés avec des étudiants fut réellement une pièce unique”, écrivent les scientifiques dans la publication. Les designs proposés pouvaient varier de la peluche d’animal… Jusqu’à la figurine d’Albert Einstein!

Quels développements? À ce stade, Blossom n’a pas vocation à être commercialisé : ses concepteurs le voient plutôt comme une expérience de recherche à visée éducative. Ils ont d’ores et déjà fourni un prototype à une équipe de recherche travaillant avec des enfants atteints d’autisme. L’enjeu, à suivre dans le temps: voir si le robot modifie la façon de communiquer de ces enfants.

D’où vient Guy Hoffman? Le chercheur, qui a étudié à Tel Aviv et au Massachusetts Institute of Technology MIT de Boston, n’en est pas à un coup d’essai. Au cours des dix dernières années, il a développé plusieurs robots atypiques. On y retrouve par exemple un robot en forme de lampe de bureau capable d’interagir sur scène avec un comédien en modifiant la couleur de son éclairage en temps réel, ou encore un robot musical capable d’improviser de concert au côté de vrais musiciens.

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