Un doctorant se masturbe sur des mangas pédopornographiques – et en fait un article scientifique

Image d'illustration. Pour des raisons évidentes, le manga à l'image n'appartient pas au sous-genre "shotan", qui tend à représenter des jeunes garçons dans des situations à caractère érotique ou pornographique - un thème controversé mais qui reste vivace dans la culture graphique japonaise. | Unsplash / Miika Laaksonen

L’histoire fait scandale. Un doctorant suédois de l’Université de Manchester a publié au mois d’avril 2022 un article qui cause quelque émoi. Son auteur travaille sur l’expérience de lecteurs de mangas «shota», un sous-genre dédié à la représentation érotique ou pornographiques de petits garçons. Au motif de mieux appréhender son sujet d’étude, il a lui-même passé trois mois à se masturber en lisant des shota amateurs, avant de publier le compte-rendu de ses tribulations solitaires dans la revue Qualitative Research. L’affaire a émergé ces derniers jours et provoqué l’ire du député conservateur britannique Neil O’Brien, qui s’est ému de voir de telles recherches menées sur fonds public. Le site spécialisé Research Professional News, et de nombreux journaux britanniques, s’en font l’écho.

En première personne. Volontiers provocateur, le jeune chercheur rapporte avoir voulu émuler une forme d’observation participante, longue tradition ethnographique, mais en se fondant sur l’introspection plutôt que l’entretien avec des sources. Il indique aussi avoir voulu approfondir sa connaissance du sujet, via une expérience de «première main» menée avec «son propre outil de recherche». Une de ses hypothèses de travail consiste à voir dans la consommation de shotan un acte de revivification d’un passé «traumatique ou sans événement notable». S’y ajoute une réflexion sur la solitude, qui se reflète dans le titre de l’article: «Je ne suis pas seul – nous le sommes tous: la masturbation comme méthode d’étude ethnographique de la sous-culture shota au Japon.»

Pourquoi on en parle. L’épisode interroge une nouvelle fois sur le processus d’édition scientifique, censé garantir qu’une recherche a été menée avec diligence et dans le respect des standards éthiques. Alertée, la revue a lancé une enquête interne pour comprendre comment ce travail, qu’on hésite à qualifier de séminal, a pu passer l’évaluation par les pairs. Qualitative Research n’est pas une revue prédatrice ou d’arrière-zone: elle tend à publier des travaux atypiques mais revendique son sérieux et s’avère assez influente. Le rôle de l’encadrante de thèse, spécialiste en études japonaises à l’Université de Manchester, devrait aussi être investigué, l’institution s’étant emparée de l’affaire.

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A lire dans Research Professional News (EN)