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On tend à sous-estimer l’autonomie des voitures électriques

Tesla Model S en cours de rechargement. | Keystone / Gaetan Bally

Beaucoup moins émetteurs de carbone, les véhicules électriques sont, en toute hypothèse, le parc automobile de demain. Pourtant, les consommateurs ne se ruent pas sur ces voitures, leur préférant les moteurs thermiques ou hybrides. Et si le prix est central, l’autonomie perçue joue aussi un rôle important. Mario Herberz, doctorant en psychologie au laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable de l’Université de Genève, vient de publier un article dans Nature Energy à ce sujet. Il nous explique les résultats de sa recherche.

Heidi.news – Quels sont les principaux freins à l’achat de véhicules électriques? Qu’est-ce qui vous fait penser que l’autonomie en est un?

Mario Herberz – Très clairement il y a des freins, surtout financiers et technologiques, comme le prix d’achat plus élevé par rapport à une voiture traditionnelle. Ils pèsent plus sur le choix des gens que les gains potentiels qu’ils pourraient faire sur le carburant. Une Tesla Model 3 c’est environ 50'000 ou 60’000 francs. On peut y répondre par des mesures comme les subsides et la mise à disposition de bornes de recharge sur la route et à domicile. Mais il y a aussi des facteurs d’ordre cognitif.

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Mario Herberz est chercheur au sein du Laboratoire de décision de consommateur et de comportement durable à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation de l’Unige, dirigé par Tobias Brosch.

Qu’est-ce à dire?

Le plus important c’est la «range anxiety», l’inquiétude que l’autonomie du véhicule ne suffise pas à nous amener d’un point A à un point B. (On pourrait traduire par «peur de la panne sèche», ndlr.) Cette crainte est déjà très documentée dans la recherche mais les interventions créées pour y répondre consistent souvent à essayer la voiture, ce qui tend à soulager l’inquiétude mais demande beaucoup d’efforts. Nous cherchons à agir là-dessus via des interventions plus faciles à mettre en œuvre.

Quelle était votre population d’étude?

On a travaillé sur plus de 2000 automobilistes, en Allemagne et aux Etats-Unis. C’était pour avoir une certaine variabilité: les Etats-Unis sont un pays vaste, avec peu d’infrastructures de transport public, et ça peut laisser imaginer qu’il y a des déplacements beaucoup plus longs à faire. Alors que l’Allemagne, et plus généralement l’Europe, est plus densément peuplée, ce qui nécessite des trajets plus courts. Il faut plus d’énergie pour se déplacer aux Etats-Unis qu’en Europe, donc ça avait du sens de tester les deux, et en plus ça permet de répliquer les résultats.

Lire aussi: Pourquoi les voitures électriques sont plus écologiques que les voitures classiques en Europe

Justement, qu’avez-vous testé?

On a voulu savoir si les gens ont une perception biaisée de l’adéquation d’une voiture électrique à leurs besoins au quotidien. On leur a demandé de rapporter les trajets qu’ils font au cours de l’année, et sur cette base on a estimé le pourcentage de trajets que les gens seraient capables de faire avec une voiture électrique. En accord avec d’autres recherches, on a trouvé qu’avec une portée de 200 km, les gens arrivent à couvrir à peu près 90% de leurs trajets. D’autres équipes avaient déjà obtenu ce genre de résultat en mettant des puces GPS sur les voitures (thermiques) des gens.

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Autonomie de quelques véhicules électrique, d’après Swiss eMobility (données de 2019).

Donc une autonomie de 200 kilomètres suffit amplement à la plupart des usages. Alors que la plupart des véhicules électriques modernes ont une autonomie autour de 300 ou 400 km.
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