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Menace nucléaire: quelle est la doctrine de la Russie?

Keystone / EPA / Alexander Zemlrinichenko

Dès le lundi 7 mars, Heidi.news invite à prendre de la hauteur par rapport à la guerre en Ukraine et son flot incessant d'informations. Pour cette «semaine des spécialistes», nous sommes partis à la recherche d’esprits aiguisés pour nous aider à mieux comprendre ce qui se joue là, sous nos yeux, à notre porte. Isabelle Facon, directrice adjointe de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de ces questions, nous en dit sur la doctrine nucléaire de la Russie.

Heidi.news – En préambule, levons un doute: si la Russie n’était pas une puissance nucléaire, il y a beau temps que des troupes occidentales auraient été envoyées en Ukraine, non?

Isabelle Facon – L’Ukraine n’a aucun traité d’assistance militaire avec un pays occidental et n’est pas membre de l’Otan. Très tôt, les Etats-Unis et l’Otan ont fait comprendre qu’il n’y aurait pas d’intervention militaire au profit de l’Ukraine. Et en effet il est certain que s’engager dans un conflit avec la Russie est porteur du risque d’une escalade nucléaire que personne ne souhaite risquer.

Que sait-on de la doctrine nucléaire russe? On entend parfois dire que la Russie aurait abaissé son seuil d’utilisation ces dernières années.

C’est plutôt l’inverse! D’abord il faut bien dire qu’on a peu d’éléments puisque le propre d’une doctrine nucléaire c’est de ne pas être trop explicite. Au tournant des années 1990-2000, quand les forces russes conventionnelles étaient dans un état déplorable, on sentait bien qu’il y avait une grande confiance des autorités russes dans le nucléaire, considéré par défaut comme la principale garantie en matière de défense. Mais avec aussi une forme de malaise parce qu’il semblait clair que le nucléaire ne peut être une option dans tous les types de conflits. C’est avec cette idée en tête que la Russie a entrepris de redresser les forces conventionnelles et moderniser son armée. On note dans la doctrine militaire de 2010, et ça s’est confirmé en 2014 (dernière édition officielle, ndlr.), des formulations qui suggèrent un resserrement des conditions d’emploi du nucléaire.

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