Lorsqu'il vous voit, votre chien pleure de joie

Image d'illustration | unsplash / Anelale Nájera

Il y a les larmes de crocodile, et puis il y a les yeux humides de votre bon chien fidèle: selon une équipe japonaise, les chiens pourraient, eux aussi, pleurer d’émotion. Selon le protocole expérimental imaginé — et testé — par ces chercheurs, les canidés pleurent le plus lorsqu’ils retrouvent leur maître. L’ocytocine, une hormone associée à l’attachement, jouerait un rôle déclencheur dans ces larmes d’émotions.

Pourquoi c’est nouveau. On pense souvent que les larmes des chiens n'ont rien à voir avec les émotions et relèvent d’une fonction plus prosaïque de protection de l’œil, en réponse à une réaction allergique, un canal lacrymal bloqué ou une abrasion de la cornée. Cette piste de recherche, décrite dans la revue Current Biology, est la première à envisager que nos fidèles toutous puissent, eux aussi, voir leurs yeux s’humidifier sous le coup de l’émotion.

Le regard de son maître. Pour tester leur hypothèse, les scientifiques ont procédé comme suit:

  • Ils ont mesuré le volume des sécrétions lacrymales produites par 18 chiens après une séparation de 5 à 7 heures avec leur propriétaire.

  • Pour cela, ils ont utilisé le test de Schrimer, souvent utilisé en ophtalmologie humaine pour dépister les états de sécheresse oculaire. Concrètement, un papier buvard est positionné contre l’œil, puis on mesure la partie mouillée du papier.

  • Le volume de larmes produit a ensuite été mesuré dans une autre situation, au contact d’un autre humain familier qui n’était pas leur maître.

  • Verdict: plus de larmes produites est significativement plus important lorsqu’il s’agit de «leur» humain.

  • Dans une autre expérience, qui a impliqué 22 chiens, les chercheurs ont déposé des gouttes d’ocytocine dans les yeux des canidés, et ont montré que cela augmentait le volume des sécrétions lacrymales, ce qui n’était pas le cas lorsqu’une simple solution physiologique était utilisée.


Le rôle de l’ocytocine

L’implication de cette hormone de l’attachement dans la relation inter-espèces entre Homo Sapiens et ses toutous n’est pas une surprise. En 2015, une autre recherche — publiée dans Science — pilotée par le même scientifique de l’école vétérinaire de l’Université Azabu, Takefumi Kikusui, concluait que le regard réciproque entre un chien et son humain conduisait à l’élévation mutuelle des niveaux de cette hormone, et qu’un spray d’ocytocine favorisait les contacts visuels soutenus chez le chien. A l’inverse, cet effet n’était pas observé chez le loup.


Yeux de chien battu. Ce n’est pas tout: les réactions humaines face à des photos de chiens, aux yeux humides ou non, ont également été passées au crible. Conclusion: les animaux les plus larmoyants entraînaient davantage de réactions d’affection de la part des humains.

Les auteurs en concluent que ce type de contact visuel est une forme de communication de haut niveau entre le chien et son maître:

«Grâce à ce processus, les larmes peuvent intervenir dans le déclenchement d'un comportement de protection ou de soins de la part de leurs propriétaires.»

Ce n’est pas le seul trait qui a évolué chez le chien, par rapport au loup, pour favoriser la communication avec l’homme: c’est aussi le cas pour l’aptitude à hausser les sourcils.

La suite. La recherche commence tout juste à lever le voile sur ce phénomène, et l’étude ne répond pas à la question de savoir quelle peut être la fonction sociale des larmes de chiens. Permettent-elles aussi de renforcer le lien entre une mère et ses petits? Et quel rôle ont-elles pu jouer au cours de la domestication, pour renforcer les relations avec l’humain?

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A lire dans le Guardian (EN)