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Les Alpes suisses continuent de prendre de la hauteur

Le Cervin grandit de presque un millimètre par an. Photo: pixabay/Pexels

Cet article a été initialement publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch

Chaque année, plusieurs centaines d’alpinistes se mesurent aux pentes du Cervin. Pour atteindre le sommet, ils devront grimper toujours un peu plus haut, de l’ordre de 80 centimètres de plus par millier d’années, conclut une étude de l'Université de Berne, publiée dans la revue Earth Science Reviews.

Pourquoi c’est intéressant. Jusqu'à présent, on supposait que l’évolution des Alpes, sous l’effet de la tectonique des plaques, était à l’équilibre. Ces travaux montrent qu’il n’en est rien: en effet, les Alpes centrales continuent de grandir, tandis que les Alpes orientales s’amenuisent. Les Alpes occidentales, pour leur part, ne semblent pas prendre ou perdre de hauteur.

La méthode. Pour parvenir à ces conclusions, les géologues ont prélevé plus de 350 échantillons de sable dans les rivières de la région alpine et ont mesuré la concentration d'un élément chimique très spécifique, le béryllium-10. Cet isotope se forme sur Terre sous l’effet du rayonnement cosmique. Cela a permis aux scientifiques de calculer l'âge des grains de sable et, par la suite, le taux d'érosion:

  • Si la concentration en béryllium-10 est élevée, cela signifie que la surface du grain de sable est ancienne, l’érosion a été lente.

  • En revanche, si la concentration en béryllium-10 est faible, cela signifie que le grain de sable est plus jeune, et que l’érosion a été plus rapide.

Les conclusions. Lorsque les chercheurs ont rapproché ces résultats avec les autres données géologiques connues sur l’évolution des Alpes, ils sont parvenus à une conclusion surprenante: les Alpes centrales connaissent une croissance moyenne de 80 centimètres par millier d’années, soit près d'un millimètre par an.

Mais les résultats ne sont pas uniformes dans tout l'arc alpin! Les Alpes orientales, au contraire des Alpes centrales, perdent de la hauteur. Les alpinistes ambitieux ne devraient donc pas reporter trop longtemps l’ascension du plus haut sommet d'Autriche, le Grossglockner. Les Alpes occidentales, en revanche, semblent être à l’équilibre – pas la peine de se précipiter, donc!

L’étude à la loupe

Etude. Late-Pleistocene catchment-wide denudation patterns across the European Alps

Commentaire. L'analyse chimique des isotopes est très fiable.

Fiabilité. Examen par les pairs, analyse chimique d'échantillons provenant de 375 rivières.

Type d'étude. Étude observationnelle.

Financement. Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), programme français Investissements pour l'avenir (ANR-PIA).

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