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Les actions les plus efficaces pour réduire sa propre empreinte carbone

Cet article fait partie de notre dossier «Que changer pour le climat?» et de l’opération «Covering Climate Now», une collaboration mondiale de plus de 250 médias d’information pour renforcer la couverture médiatique du réchauffement climatique.

On nous le serine depuis des années, parfois ad nauseam: la lutte contre le changement climatique est l’affaire de tous et il suffirait que chacun, individuellement, fasse sa part. Mais tous les petits gestes ne se valent pas. Concrètement, sur quels domaines vaut-il mieux concentrer ses efforts pour aboutir à une réduction tangible de son empreinte carbone?

Pourquoi c’est compliqué. A la question des chiffres s’ajoute un enjeu sociologique. Il est assez facile de pointer du doigt les postes les plus importants de notre budget carbone. Mais identifier les actions individuelles les plus efficientes est plus délicat, car à l’intersection des échelles de l’individu et de la collectivité, où se jouent des dynamiques de pouvoir. En outre, nos comportements s’inscrivent dans des systèmes socio-techniques complexes, qui ne peuvent être profondément modifiés qu’avec l’aide des Etats et la participation des entreprises.

D’abord, quelques chiffres. Il faut commencer par identifier, dans l’inventaire des émissions carbone de la Suisse, la part des ménages. Mais cet inventaire des émissions intérieures ne suffit pas: pour raisonner sur les chiffres les plus justes possibles, encore faut-il réintégrer les émissions liées à la fabrication à l’étranger de produits ensuite importés en Suisse. Début 2018, l’Office fédéral de la statistique (OFS) menait une étude pilote afin de les prendre en compte.

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  • Transports: 23%. C’est la plus grosse part de l’empreinte des ménages, qui représente 18,8 millions de tonnes équivalent CO2. Elle comprend les déplacements en eux-mêmes (véhicules, transports aériens, transports publics) mais aussi le raffinage du pétrole, le commerce, la fabrication et l’entretien des véhicules.

  • Logement: 22%. Y sont intégrées les émissions directes liées au chauffage, ainsi que les activités économiques qui produisent des biens et des services liés au logement. Les émissions générées par la construction de logements n’en font pas partie.

  • Alimentation: 21%. Elle comporte aussi les boissons alcoolisées et le tabac.

Les leviers d’action. Inévitablement, c’est sur ces trois postes principaux que les actions individuelles se montreront les plus efficaces. Marlyne Sahakian, professeure assistante en sociologie à l’Université de Genève et spécialiste des questions de consommation durable:

«Les catégories d’actions qui ont le plus d’impact en termes écologiques sont les mêmes partout en Europe: il s’agit du chauffage (ce qui pointe du doigt la surface habitable croissante en lien avec la taille des ménages, de plus en plus petite), de la consommation de viande et de produits laitiers, et enfin de la mobilité privée en lien avec le pétrole.»

Pour autant, ces trois postes sont loin de présenter le même potentiel de réduction. En juin 2019, le cabinet de conseil climatique français Carbone 4 dévoilait une méthodologie inédite permettant de chiffrer l’impact des gestes individuels. Elle n’est pas strictement transposable au cas suisse au plan quantitatif, mais ses conclusions peuvent au moins l’être au plan qualitatif.

  • Un certain nombre de leviers d’action (régime alimentaire, modes de transports) ont été identifiés, et leur impact chiffré. Celles qui ont le plus d’impact sont le passage à un régime végétarien, puis les mesures liées à la mobilité, et enfin la modification des pratiques de consommation.

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  • Mais il est illusoire que tous les habitants d’un pays puissent se comporter de façon héroïque. Dans son calcul, le cabinet imagine que moins de la moitié des ménages adhèrent à ces conseils. L’effet sur la réduction des émissions de GES reste mince: -10% pour les petits gestes, -10% pour des investissements dans des appareils technologiques plus verts. Il reste, dans le cas de la France, toujours 60% supplémentaires de réduction à opérer pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris, qui doivent alors être assurées par le collectif.

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Ce qu’il faut retenir.

  • Ces chiffres précédents, même s’ils ne sont pas directement transposables à la Suisse, pointent la responsabilité du collectif. Marlyne Sahakian:

«Quand il s’agit de savoir qui est responsable, certes les individus ont des responsabilités morales et éthiques, mais souvent la plus grande responsabilité devrait être portée par les entreprises et par l’Etat, et s’orienter vers des transformations systémiques de la société.»

  • La substitution vers des technologies plus «vertes», à elle seule, ne suffit pas. Marlyne Sahakian ajoute:

«Il faut en finir avec l’approche qui passe seulement par des micro-gestes ou par la substitution de technologies, par exemple le remplacement des ampoules. L’enjeu n’est pas tant de consommer mieux que de consommer moins, et donc de changer nos habitudes – ce qui reste difficile, car ancré dans les contextes socio-culturels et manières de faire établis dans le temps.»

  • L’alimentation représente le levier le plus facile à actionner pour commencer à réduire son empreinte carbone. Vincent Moreau, chercheur au laboratoire d’économie urbaine et d’environnement et au Energy Center de l’EPFL précise:

«La conclusion qu'un régime végétarien est plus efficace que toutes les autres mesures individuelles n'est pas nouvelle. La FAO avait conclu il y a plusieurs années qu’au niveau mondial, notre alimentation engendrait autant d'émissions que nos transports.»

La spin-off de l’EPFL Quantis, l’Université de Lausanne et l’Université de Genève, ont réalisé une étude d’impact chiffrée, coordonnée par Marlyne Sahakian, appliquée au cas de l’alimentation suisse, qui sera prochainement publiée. La sociologue dévoile néanmoins une de ses conclusions:

«Diminuer la consommation de viande est un levier important, mais si on consomme des produits à base végétale importés, très transformés, ou si l’on produit beaucoup de déchets alimentaires, on peut être végétarien et avoir un impact carbone élevé. En définitive, manger local et de saison reste une bonne règle pour s’assurer d’une alimentation à la fois saine et durable.»

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