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Le pois chiche va-t-il bientôt remplacer la viande de boeuf dans les assiettes suisses?

Bien que les substituts de viande à base de légumes soient de plus en plus populaires, la demande de viande bovine reste stable | Pixabay/Juncala

Les agriculteurs se trouvent actuellement face à un dilemme. Non seulement ils doivent produire plus pour répondre à une demande en augmentation, mais ils doivent aussi le faire d'une manière respectueuse de l'environnement, en limitant les émissions de gaz à effet de serre. Une piste pour réduire cette empreinte: élever moins de vaches et de bétail. L’heure des substituts végétaux de viande à base de légume a-t-elle sonné?

Pourquoi ce n’est pas si simple. «La Suisse est un pâturage », a déclaré Christian Hofer, directeur de l'Office fédéral de l'agriculture (OFAG). Dans de nombreux endroits - les montagnes, par exemple - la terre ne peut pas du tout être utilisée autrement que comme pâturage pour les vaches. Dans ces conditions, un agriculteur tourné vers l'avenir devrait-il abandonner ses pâturages et cultiver à la place des plantes riches en protéines comme le lupin ou les pois jaunes?

Le constat. L'agriculture est responsable d'environ 13% des gaz à effet de serre émis en Suisse. Les vaches et le bétail se taillent la part du lion à cause du méthane qu'ils émettent. Si l'on plantait des aliments qui atterrissent directement dans l'assiette au lieu de faire un détour par l'estomac d’une vache, on éviterait d’importantes émissions de gaz à effet de serre.

Pas si simple. Mais ce n’est pas si simple, en tout cas en Suisse. Dans les plaines, certaines prairies se prêtent à la culture des plantes protéinées. Mais leur surface n’est pas suffisante, Christian Hofer explique:

«Nos ruminants assument une tâche importante. Ils transforment les ressources naturelles existantes en nourriture. (…) La culture de plantes riches en protéines ne peut être réussie que lorsque les facteurs agronomiques, la technologie alimentaire et les conditions du marché sont réunies.»

Il détaille ces conditions:

  • Les conditions agricoles - telles que la fertilité des sols - doivent être bonnes.

  • La technologie doit permettre de transformer les plantes en aliments protéinés.

  • Et troisièmement, la demande pour le produit doit être bien présente.

Agir sur sa consommation de viande. Le directeur de l'Association suisse des agriculteurs, Martin Rufer, ne recommanderait pas non plus aux agriculteurs d'abandonner leurs animaux.

«Il ne sert à rien de réduire l'élevage bovin en Suisse si la consommation reste la même. Nous externaliserions simplement la production à l'étranger et, avec elle, les émissions de gaz à effet de serre.»

Actuellement, la production nationale de viande satisfait environ 80 % de l'appétit suisse en matière de viande. Mais si l’ensemble de la demande était satisfaite avec de la viande locale, les retombées sur le climat seraient très bonnes: ce serait la fin des émissions inutiles dues au transport.

Selon Martin Rufer, il faudrait aussi que les habitudes de consommation de la population changent.

«Vous pourriez obtenir un effet écologique majeur en mangeant l'animal entier, y compris les éléments non nobles comme les pieds.»

Mais les consommateurs dédaignent toujours certaines parties des bêtes.

Biogaz et additifs anti-méthane. Néanmoins, les agriculteurs ne peuvent pas se soustraire à leur responsabilité. «L'agriculture est mise au défi », déclare Martin Rufer avec conviction. Car il existe un certain nombre solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. D’après Martin Rufer:

«Une approche prometteuse serait les additifs pour l'alimentation animale. Certaines substances réduisent la production de méthane dans l'estomac des vaches ».

Le fumier de ferme offre également une opportunité pour la production d’énergie:

« Si le fumier était utilisé dans des usines de biogaz, une réduction massive des gaz à effet de serre pourrait être obtenue ».

Il est donc théoriquement possible de rendre l'élevage bovin plus respectueux du climat, avant même d’envisager de l’abandonner. Les pois chiche et le lupin ne remplaceront peut-être pas de sitôt le bœuf dans les pâturages suisses. Mais peut-être dans l'un ou l'autre des rayons des grandes surfaces? Car en fin de compte, il appartiendra aux consommateurs d’orienter l’évolution du marché.

Cet article a été publié initialement par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

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