Réservé aux abonnés

La détection des théories du complot à portée d'algorithme?

Pixabay / Jan

Des chercheurs suisses et britanniques ont montré que les productions complotistes (5G, vaccins, Illuminati...) se démarquaient du point de vue du traitement automatique des langues par leur manque de cohérence.

Qu’est-ce qui distingue une production complotiste d’un texte informatif classique? Des chercheurs des universités de Neuchâtel et Warwick (Royaume-Uni) viennent de montrer qu’ils possèdent une structure différente qui pourrait déboucher sur leur identification automatique, dans un article publié le 26 octobre 2022 dans la revue Science Advances. Nous avons demandé au chercheur en psychologie Adrian Bangerter (Unine), qui a piloté ces travaux, de nous les commenter.

Bangerter_Adrian.jpg
Adrian Bangerter est professeur à l'Institut de Psychologie du Travail et des Organisations de l'Université de Neuchâtel. Il s'intéresse notamment aux croyances populaires et à leur diffusion. | Unine, courtoisie

Heidi.news – Pouvez-vous replacer ces travaux dans leur contexte?

Adrian Bangerter – Le premier auteur de l’étude, Alessandro Miani, doctorant en psychologie dans notre Institut de psychologie du travail et des organisations, étudie les caractéristiques linguistiques des textes complotistes. Il y a pas mal de travaux sur les fake news et leur identification automatique par des algorithmes, mais pas grand-chose sur les théories du complot. Nous avons commencé par mettre au point un grand corpus de textes récoltés sur le web, d’environ 96’000 pages web et 80 millions de mots.

Comment ce corpus complotiste a-t-il été constitué?

On est partis de mots «germes» qui pourraient donner lieu à des théories du complot, comme «Princesse Diana» ou «coronavirus» par exemple, utilisés dans des enquêtes sur le sujet. A partir de ces mots, on a identifié des textes complotistes, sur la base d’une sélection de sites étiquetés comme hautement complotistes par Media Bias / Fact Check. Par exemple, on y trouve le site Info Wars du complotiste américain Alex Jones, récemment condamné à verser près de 1 milliard de dommages et intérêts aux victimes de la tuerie de masse de l'école Sandy Hook, dans le Connecticut, dont il prétendait qu’elle n’avait jamais eu lieu. C’est un exemple classique de site complotiste.

Votre hypothèse, c’est que les textes complotistes tendent à mêler plusieurs sujets hétérogènes?

Il y a une certaine "promiscuité" dans les théories, on peut s’en faire une bonne idée informelle si on connaît l’univers du complotisme. Les gens qui croient à une théorie du complot ont aussi tendance à croire à d’autres du même type, et à les lier les unes aux autres.

Par exemple, on parle du vaccin covid et on fait le lien avec les antennes 5G, elles-mêmes en lien avec l’empire de Bill Gates, qui est un Illuminati... On a plusieurs mots-clés connectés de manière, disons, créative. C’est bien établi par les sondages d’opinion, quand on demande aux gens d’indiquer leur niveau de croyance dans différentes théories du complot.

Réservé aux abonnés

Cet article est réservé aux abonnés.

Déjà abonné(e) ? Se connecter