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Les secteurs de l'énergie et des transports menacent le seuil de +1,5°C de l'accord de Paris

Centrale électrique à charbon, Chine | Mark Schiefelbein/KEYSTONE

Mauvaise nouvelle pour la planète: à lui seul, le secteur de l’énergie menace de nous faire dépasser les +1,5°C prévus par l’accord de Paris. C’est ce que révèle une étude sino-américaine, parue dans la revue Nature. Cette dernière a comptabilisé les émissions de carbone des infrastructures liées aux énergies fossiles actuellement en exploitation, ou dont la construction est en cours dans le monde.

Pourquoi c'est inquiétant. Selon le dernier rapport du GIEC (EN), la hausse du mercure pourrait atteindre les +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle dès 2030. Or il nous faut atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 au plus tard pour espérer stabiliser le changement climatique, au risque de dégradations irréversibles de l’environnement et de déstabilisations majeures de nos sociétés humaines.

La méthode de calcul.

  • Pour aboutir à ces conclusions, les auteurs de l’étude ont compilé les données disponibles sur les infrastructures fonctionnant aux énergies fossiles, pays par pays. On y retrouve notamment les centrales thermiques, mais les ventes de véhicules ont aussi été évalués à titre de comparaison.

  • Les projets pour lesquels des accords et des autorisations ont déjà été signés ainsi que ceux en cours de construction ont également été intégrés.

  • De là, ils ont pu estimer les émissions de CO2 de l’ensemble en fonction notamment du type d’infrastructure, de sa durée de vie et des objectifs de rentabilité de son exploitant.

  • Ils ont ensuite comparé ce résultat au budget carbone pour l’objectif de limite de la hausse des températures à +1,5°C et pour celui à +2°C.

Qu’est-ce que le budget carbone? Il s’agit de la quantité de CO2, que le monde peut encore théoriquement se permettre d’émettre avant de dépasser les objectifs climatiques. Pour un objectif à 1,5°C, ce budget carbone est compris entre 420 et 580 Gigatonnes (Gt). Pour un objectif de 2°C, il se situe entre 1170 et 1500Gt.

Les conclusions. Elles ne sont pas bonnes. Les infrastructures actuelles vont encore émettre autour de 658 Gt de CO2 d’ici 2050, dont 358 Gt uniquement pour la production d’électricité. Si l’on intègre les infrastructures à venir, le total s'élève même à 846 Gt.

Ces estimations dépassent largement les limites du budget carbone restant pour l’objectif à 1,5°C et représentent environ les deux tiers de celui pour l’objectif à 2°C. Respectivement, La Chine, les États-Unis et l’Union Européenne contribuent à hauteur de 41%, 9% et 7% à ces émissions.

Quelle solution? Les auteurs soulignent que sans une politique drastique visant à empêcher la construction de nouvelles centrales thermiques et à fermer prématurément celles encore en fonctionnement, nous ne pourrons atteindre les objectifs de la COP21. Ils envisagent également le recours à des technologies de captation et de stockage du carbone pour améliorer les centrales existantes.

L'avis d'un expert. Augustin Fragnière, de la faculté de géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne (Unil), précise les enjeux de cette étude:

«Le problème tient au fait qu’une fois des investissements réalisés dans des infrastructures fonctionnant aux énergies fossiles (p.ex. des centrales à charbon), cela nous engage pour plusieurs décennies.

Il est en effet difficile de renoncer à l’exploitation de ces infrastructures avant leur fin de vie, car leur amortissement, et un éventuel retour sur investissement, prennent beaucoup de temps. Une centrale à charbon, construite aujourd’hui, va continuer à émettre du CO2 durant plusieurs décennies.»

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Lire l'article dans la revue Nature (EN)

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