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L’épidémie d’obésité se développe désormais plus dans les campagnes qu’en ville

L'obésité n'est plus seulement une maladie des zones urbaines | Creative Commons

L’idée communément admise que seule la ville, avec son mode de vie malsain, serait source de surpoids est remise en cause par les chercheurs de l’Imperial College de Londres. Une gigantesque méta-analyse sur 112 millions de personnes, publiée dans Nature (EN), montre que c’est désormais à la campagne que l’épidémie mondiale d’obésité prend son essor.

Pourquoi c’est grave. Le nombre de cas d’obésité dans le monde a presque triplé depuis 1975, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La majorité de la population mondiale vit dans des pays où le surpoids et l’obésité font davantage de morts que la sous-nutrition. Prendre des mesures préventives est donc urgent. Dans cette optique, connaître les mécanismes du développement de l’épidémie d’obésité s’avère crucial.

Comment l’étude a été faite. Il s’agit d’une méta-analyse, qui assemble les données de plus de 2000 études de population.

  • L’indice de masse corporelle (IMC) de plus de 112 millions d’adultes a été établi ; l’IMC prend en compte la taille et le poids d’un individu pour déterminer sa corpulence.

  • Les participants proviennent de régions rurales et des villes de 190 pays.

  • 1000 chercheurs internationaux ont pris part au projet.

  • La recherche a évalué la période allant de 1985 à 2017.

  • C’est la première étude mondiale du genre.

Les principaux résultats. En trente ans, la répartition géographique de l’obésité s’est globalement inversée. En 1985, les citadins de la plupart des pays avaient un IMC plus élevé que les gens des zones rurales. Aujourd’hui, c’est le contraire.

  • Dans les pays à haut revenu, de manière surprenante, il y a depuis quelque temps déjà plus de surpoids et d’obésité dans les zones rurales qu’urbaines, surtout chez les femmes.

  • Dans le monde, l’accroissement de l’IMC moyen est de 22.6 kg/m2 à 24.7 kg/m2 chez les femmes, et de 22.2 kg/m2 à 24.4 kg/m2 chez les hommes. Autrement dit : en 33 ans, hommes et femmes ont grossi de 5 à 6 kilos en moyenne.

  • Plus de la moitié de cet accroissement est dûe à l’augmentation de l’IMC en zones rurales. Dans les pays à bas et moyen revenu, c’est même 80% !

  • En Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud-Est persiste encore toutefois la sous-nutrition, encore plus importante que l’obésité.

L’avis de l’expert. Nathalie Farpour-Lambert, médecin adjointe agrégée responsable du Programme Contrepoids et de la consultation de médecine du sport pédiatrique DEA aux Hôpitaux universitaires de Genève, et Présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité:

«C’est un très joli travail scientifique. Cela contredit ce que l’on a toujours pensé, soit qu’à la campagne on mange mieux, on bouge plus », tandis qu’en ville, l’accès aux transports publics et les opportunités de loisirs statiques favoriseraient l’inactivité physique. « En réalité, les fastfoods, les aliments ultra-transformés, sont désormais disséminés de manière beaucoup plus efficace dans les zones rurales, y compris dans les pays industrialisés. »

Actuellement 55% de la population du globe est urbaine (contre 41% en 1985) et les efforts de prévention se concentrent principalement sur les villes, visant la mobilité, l’accès à une alimentation plus équilibrée dans les populations pauvres, vulnérables.

« Cette étude montre qu’il faut donc renforcer toutes les mesures de santé publiques dans les zones rurales. Et faire des changements plus globaux à l’échelle des pays comme limiter le marketing, améliorer l’étiquetage avec un logo clair, des informations compréhensibles. L’acheteur met environ quatre secondes pour choisir un aliment. Il faut donc amener des informations claires, pratiques rapides. Avoir un logo sur le devant du paquet est une des solutions proposée pour améliorer le choix des gens. En Suisse, depuis 2017, ce n’est plus obligatoire d’indiquer les sucres ajoutés sur les emballages. C’est un pas en arrière! »

Dans les pays pauvres, les populations sont en transition nutritionnelle; elles passent d’une alimentation traditionnelle à une alimentation ultra-transformée de façon très rapide.

« Cette évolution ne leur laisse pas le temps de s’adapter. Il est extrêmement difficile d’informer ces populations. Les gens voient arriver cette nourriture qui leur paraît extraordinaire, dans des emballages superbes, avec des cadeaux pour les enfants. Le marketing est extrêmement efficace. C’est vu comme un progrès. Les gens n’ont pas conscience que cette nourriture attrayante contient sucres, sels ajoutés, graisses saturées. C’est aussi le cas chez nous d’ailleurs. Lorsque l’on fait un marketing ciblé sur les parents et les enfants pour des produits ultra-transformés, cela enfreint, selon moi, les droits de l’enfant. L’industrie fait cela à l’insu des parents. »

Que faire d’autre. Dans une analyse aussi publiée dans Nature (EN), Barry Popkin, du Département de nutrition de l’Université de Caroline du Nord, propose d’autres mesures: contrôle des repas en cantines scolaires, taxation des plats pré-cuisinés ultra-transformés.

« Mais pour avoir un impact réel sur le comportement des gens, de telles mesures régulatrices doivent être prises et coordonnées au niveau des pays. »

Les chiffres en Europe.

  • 17% des adultes sont obèses

  • Près d’un adulte sur deux est en surpoids ou obèse

  • Chez les enfants, c’est un sur trois.

…et en Suisse.

  • 41% des adultes sont en surpoids et 10% sont obèses.

  • 19% des enfants sont en surpoids et 5% sont obèses.

  • Les cantons-villes sont les plus touchés. Le Jura et le Valais comptent un tiers de cas d’obésité en moins chez les enfants que les autres cantons.

  • Dans les cantons de Zurich, Bâle et Berne, les dernières études montrent une diminution légère du taux de surpoids mais une légère augmentation de l’obésité chez l’enfant.

Il n’existe par contre pas, en Suisse, d’analyse fine de la répartition des cas d’obésité et de surpoids entre ville et campagne. Selon Nathalie Farpour-Lambert, «faire une telle étude en Suisse serait une bonne idée.»

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Lire l'article de Nature

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