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En politique, les mensonges peuvent favoriser la réélection

Donald Trump et Joe Biden lors d'un débat télévisé pendant la campagne 2020 | Leverandor NTB/Patrick Semansky.

Les candidats qui font des grandes promesses électorales sans nécessairement les tenir ont plus de chance d’occuper à nouveau des fonctions politiques, selon une étude des universités de Bath, au Royaume-Uni, de Constance et Brême en Allemagne, publiée dans The Economic Journal. Mentir semble donc un moyen efficace de gagner une élection…

Pourquoi c’est important. Donald Trump, dont on ignore encore s’il va sortir perdant ou gagnant de l’élection américaine, est le président américain qui a le plus usé et abusé de contre-vérités. Tout cynisme mis à part, ce n’est pas forcément une mauvaise stratégie, selon cette étude. En effet, les candidats aux promesses électorales démesurées ont plus de probabilité d’être élus, de même que ceux qui investissent massivement dans une campagne électorale. Mais de l’autre côté, ceux qui investissent le plus sont aussi ceux qui sont les plus susceptibles de rompre leurs promesses…

L’étude. Ces chercheurs ont réalisé une expérience basée sur la théorie des jeux. Ils ont simulé un processus électoral en deux étapes avec plus de 300 personnes volontaires.

  • Dans un premier temps, les volontaires désignés comme «politiciens» devaient indiquer, à partir de fonds à leur disposition, combien d'argent elles investiraient pour remporter le processus de sélection interne d’un parti, c’est-à-dire être nommé le candidat officiel de ce parti. Plus l'investissement était élevé, plus les chances d'être désigné comme candidat l’étaient aussi.

  • Dans un second temps, en tant que candidats d’un parti, ces volontaires ont fait des promesses électorales aux autres participants. En l'occurrence, il s’agissait de la quantité d'argent d'un fonds commun à leur disposition qu'ils s’engageaient à transmettre au public.

  • Enfin, les volontaires désignés comme «électeurs» ont voté, divisés en deux groupes. Le premier savait combien les politiciens avaient investi dans leur élection, l'autre non.

Les résultats. Plus les politiciens investissaient dans leur campagne, plus ils faisaient des promesses aux électeurs. Pour le groupe d’électeurs ne sachant pas combien les politiciens avaient investi, plus ces promesses électorales étaient grandes, plus les chances d'être élues l’étaient aussi! Mais plus les politiciens investissaient dans leur campagne électorale, plus ils mentaient et moins les électeurs obtenaient en retour…

  • Au final, un tiers des candidats a fini par ne pratiquement rien donner à son électorat.

  • La majorité des candidats n’a pas tenu ses promesses électorales, mais a transmis une partie de l'argent promis.

  • Seul un très petit nombre de candidats ont tenu leurs promesses.

Pour les électeurs qui savaient combien les candidats avaient investi dans leur campagne, les résultats se sont révélés différents: plus l'investissement de départ était élevé, moins le politicien avait de chances d'être élu.

Maik T. Schneider, économiste à l'université de Bath et co-auteur de l’étude, décrypte:

«Nos résultats montrent pourquoi il n'est pas surprenant que nous ayons des candidats qui mentent aux élections. Il y a un paradoxe évident dans le fait que l'électorat manque de confiance dans la politique, mais que les candidats menteurs ont plus de chances de gagner.»

Pour les chercheurs, une piste serait de développer une plus grande transparence en termes de financement des campagnes, de vérification des promesses électorales et de vérification des faits. Ils proposent également des mécanismes pour rendre au moins une partie des promesses électorales plus contraignantes.


L’étude à la loupe

L’étude. Honesty and Self-Selection into Cheap Talk

Le commentaire. Il s'agit d'une expérience menée en laboratoire, les résultats doivent donc être traités avec prudence. Les processus décisionnels et électoraux sont en réalité beaucoup plus complexes et soumis à de nombreuses autres influences. La moyenne d'âge des sujets est de 22 ans, or les candidats aux fonctions politiques sont souvent beaucoup plus âgés. De plus, les hommes politiques cherchent généralement à se faire réélire, ce qui peut influencer la mise en œuvre des promesses électorales. Néanmoins, cette expérience peut donner un aperçu du comportement humain qui caractérise les candidats et les électeurs.

La fiabilité. L’étude a été relue par les pairs. Elle a comporté 308 sujets et 100 tours de scrutin.

Le financement. Universités de Bath et de Constance.

Cet article a initialement été publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch

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