Des soupçons de fraude jettent le doute sur 20 ans de recherches Alzheimer

Image d'illustration. | Keystone / AP / Evan Vucci

Si c’est avéré, c’est un cataclysme. Et le dossier a l’air solide. La revue Science a enquêté sur des soupçons de falsification de données scientifiques autour de recherches sur la maladie d’Alzheimer. Plusieurs études sont concernées, dont un article majeur (cité 2300 fois!), publié dans Nature en 2006 par une équipe de l’Université du Minnesota. Ces travaux ont contribué à propulser sur le devant de la scène l’hypothèse dite de la «cascade amyloïde», considérée par nombre de chercheurs comme centrale pour expliquer l’apparition de la maladie… et très critiquée par d’autres.

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Pourquoi c’est important. D’après l’hypothèse de la cascade amyloïde, c’est l’accumulation de protéines amyloïdes en plaque à la surface des neurones qui initie un processus de dégénération au fil des années, qui finit par provoquer les symptômes de la maladie d’Alzheimer. C’est sur ce mécanisme putatif que se fonde l’aducanumab, premier médicament contre Alzheimer homologué en 2021 aux Etats-Unis, sur des résultats cliniques fragiles – et très discutés. L’agence américaine du médicament, la FDA, est d’ailleurs sous le coup d’une enquête à cause de cette décision. D’autres traitements candidats se fondent sur le même principe.

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Des soupçons... Les travaux publiés dans Nature en 2006 ont consisté à injecter de la substance amyloïde à des rats, lesquels auraient ensuite développé des déficits mnésiques. Ce résultat a été considéré comme une confirmation du rôle causal de ces protéines dans l’apparition de la maladie d’Alzheimer, et a catalysé les recherches sur l’hypothèse amyloïde.

L’investigation menée par Science, sur la base du signalement d’un jeune neurologue canadien, a duré six mois. Elle montre que des dizaines de figures publiées dans cet article et d’autres – des images de plaques de détection de protéines – auraient été falsifiées, ce qui jette le doute sur la validité des résultats publiés. A ce jour, les chercheurs impliqués nient toute inconduite, mais plusieurs experts interrogés par la revue Science confirment leur impression que ces données ont été manipulées.

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Une des figures controversées, dans les annexes de l'article de Lesné et al. (2006). Les figures du haut, des résultats de bandelettes de test, présentent des similarités troublantes, visibles lorsqu'elles sont colorisées et superposées, ce qui suggère une duplication de motifs. | Source: PubPeer

… qui convergent. Les soupçons se concentrent sur le premier auteur de l’étude de 2006: un neuroscientifique français en poste à l’Université du Minnesota, décrit comme brillant et charismatique, qui a connu une ascension fulgurante en travaillant sur l’hypothèse amyloïde. Un des co-auteurs seniors du chercheur mis en cause, interrogé par Science, rapporte avoir annulé une publication après s’être vu remettre des résultats douteux, qui se sont avérés impossibles à répliquer.

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