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«Dans l'archipel des Chagos, 80% de la couverture corallienne a disparu»

L'état du récif corallien de l'archipel de Chagos. A gauche en 2006, à droite en 2019 | John Turner et son équipe

Le symposium 2019 pour la science marine de la Fondation Bertarelli s’est tenu mercredi 18 septembre à Londres. La rencontre a principalement porté sur l’étude de l’archipel des Chagos, dans les territoires britanniques de l’océan Indien.

Le professeur John Turner, de l’Université de Bangor, au Pays de Galles, y présentait les dernières observations faites sur les récifs coralliens de l’archipel, particulièrement intéressants pour observer les effets du changement climatique. Il y était en avril lors d’une expédition financée par la fondation.

Pourquoi choisir d’étudier l’archipel des Chagos?

John Turner – L’archipel présente un double avantage: il possède une riche biodiversité et, hormis une base militaire, est dépourvu d’installation humaine. Cela permet d’étudier les impacts du changement climatique sur le récif avec le moins de perturbations possible venant d’activités humaines. De plus, sa position centrale dans l’océan Indien est idéale pour étudier cette partie du monde.

Quel effet a eu le changement climatique sur les récifs de Chagos?

En 2015, puis en 2016, la température de l’eau a été anormalement élevée. A cela s’est ajoutée une intense luminosité solaire. Le résultat: sous le stress, les coraux ont expulsé les algues microscopiques avec lesquelles ils vivent en symbiose et qui sont nécessaires à leur survie. C’est ce que nous appelons un phénomène de blanchiment. Ici, il a ainsi eu lieu deux années de suite.

Quelle conséquence cela a-t-il eu pour les coraux?

Les dommages sont importants. Globalement, nous sommes passés de 50% de couverture du fond marin par des coraux à environ 10%, soit une perte des quatre cinquièmes de la couverture corallienne. Le récif commence à peine à s’en remettre. Les coraux n’investissent plus d’énergie dans leur reproduction. Ils ont besoin de toutes leurs ressources pour se rétablir. De plus, la perte de couverture entraîne une autre difficulté: les coraux morts commençant à se disloquer et s’éroder, les nouveaux coraux manquent de structures où s’attacher.

Certains coraux ont-ils été touchés plus que d’autres?

Les coraux tabulaires, du genre Acropora, ont le plus souffert. Dans l’archipel des Chagos, ils ont pratiquement disparu. Les petites espèces ont mieux résisté, mais c’est très relatif. Dans l’ensemble, tous peinent à se renouveler.

Qu’en est-il des autres récifs de l’océan Indien?

Je crains le pire. Beaucoup d’autres récifs cumulent les impacts du changement climatique aux impacts humains plus directs. Il faut encore ajouter, plus à l’est, les conséquences du phénomène climatique El Niño qui fragilise également les récifs. Il se pourrait cependant que les zones où l’eau est plus chargée en sédiments, comme les marges continentales, puissent échapper en partie à la lumière trop intense du soleil. Mais cela reste très limité.

Cet entretien a été réalisé lors du symposium 2019 de Science Marine organisé par la Fondation Bertarelli, à Londres, et auquel Heidi.news a été invité.

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