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VIDÉO - Les space milliardaires vont-ils vraiment dans l’espace? 

Au début de l’été 2021, Jeff Bezos et Richard Branson ont mené une course à l’espace entre milliardaires. En septembre dernier, la mission Inspiration 4 a embarqué quatre touristes en orbite à bord d’un vaisseau Crew Dragon de la compagnie Space X, fondée par Elon Musk. Mais tous ces touristes de l’espace vont-ils vraiment dans l’espace? C’est la question à laquelle on répond dans ce nouvel épisode de PopScience.

De quoi parle-t-on. Attention d’abord à ne pas confondre tourisme spatial et industrie spatiale privée. Le tourisme spatial est une activité qui consiste à emmener dans l’espace des gens qui ne sont pas des astronautes professionnels, moyennant un gros gros billet. Le tout premier de ces touristes de l’espace est Denis Tito. En 2002, l’homme d'affaires californien a payé à l’agence spatiale russe 2,5 millions de dollars pour embarquer dans l’ISS.

L’industrie spatiale privée quant à elle est simplement une activité du secteur spatial (la construction d’un vaisseau, d’une fusée ou l’envoi d’hommes sur l’ISS) qui n’est pas prise en charge par une agence gouvernementale, mais par une société privée.

Pourquoi c’est intéressant. Elon Musk et Jeff Bezos proposent certes du tourisme spatial (c’est quand même un marché qui pourrait bientôt s’élever à 3 milliards de dollars par an), mais avec leurs sociétés Space X et Blue Origin, ils ont des ambitions bien plus grandes: l’enjeu est de se positionner comme sous-traitants de la Nasa. Car la Nasa dépense actuellement des milliards de dollars pour aller dans l’ISS et préparer le retour des hommes sur la Lune.

Richard Branson lui, avec Virgin Galactic, ne propose que du tourisme spatial. Alors ces touristes de l’espace, franchissent-ils vraiment les frontières de l’espace? La réponse est évidemment oui pour les quatre passagers d’Inspiration 4. A bord de Crew Dragon, ils vont faire un séjour de trois jours en orbite autour de la Terre, jusqu’à 590 km d’altitude.

Mais c’est beaucoup plus flou pour les passagers de la New Shepard de Bezos ou le SpaceShip2 de Branson, car il s’agit de vols suborbitaux, c'est-à-dire qui ne se placent pas sur orbite mais font un saut de puce dans l’espace. Et comme c’est flou, c’est plus facile de tricher un peu. N’oublions pas que des milliards de dollars de marché sont en jeu. C’est donc à qui attirera le plus de clients.

Juste avant de s’envoler avec son équipage, Jeff Bezos avait posté sur Twitter un tableau récapitulant les nombreux avantages de sa fusée, par rapport au vaisseau de son concurrent Richard Branson. Sur le tableau, une sorte de publicité comparative, il était écrit en substance :

  • Moi, les fenêtres de mon vaisseau sont plus grandes

  • Mon vaisseau est moins polluant

  • Mon vaisseau ressemble vraiment à une fusée et pas à un avion

Et enfin:

  • Moi, je suis le seul à emmener mon équipage dans l’espace! Car, soulignait-il, «seul le vaisseau New Shepard» peut franchir la ligne de Karman à 100 km, reconnue internationalement comme la frontière officielle de l’espace.

Bien essayé Jeff. Certes, Jeff Bezos et son crew sont montés jusqu’à 107 km d’altitude alors que son concurrent Branson a plafonné à 85,9 km. Certes, la Fédération aéronautique internationale reconnaît la ligne de Karman comme étant la frontière officielle de l’espace. Mais, et c’est très important:

  1. Pour la Nasa, l'aviation fédérale et l'armée américaine, la frontière entre le ciel et l’espace est fixée non pas à 100 km mais à 50 miles, soit environ 80 km. Or, c’est quand même aux Américains que l'on doit l'immense majorité des vols habités de l'histoire de l’exploration spatiale.

  2. A l’origine, l’ingénieur et physicien hongro-américain Theodore von Kármán, qui a donné son nom à la fameuse ligne, avait déterminé que la frontière de l’espace se trouvait non pas à 100 km mais à environ 80 km d’altitude. D’après ses calculs savants, c’est à cette altitude que l’air devient si raréfié que les avions ne peuvent plus voler. Mais à l’époque, d’autres ont estimé qu’il valait mieux établir la frontière au chiffre rond de 100km, avis auquel von Kármán se rangea.

Mais les calculs refaits depuis montrent que la limite scientifique se trouve bel et bien autour de 80km.

Pour résumer: oui, tous les touristes de l’espace ont bel et bien été dans l’espace, n’en déplaise aux mauvais joueurs. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont nécessairement des astronautes! Nous y reviendrons dans un prochain épisode.. .

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.