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VIDÉO - La pollution de l'espace expliquée par Wall-E

Avec notre mode de vie gourmand en énergie et notre soif d’exploration, nous, les Homo sapiens, n’avons pas seulement transformé le paysage sur Terre, nous avons également encombré et pollué le ciel. On vous explique pourquoi c’est un problème dans ce nouvel épisode de PopScience, avec l’aide du film d’animation Wall-E.

Comment ça a débuté. Le ciel étoilé a toujours accompagné les Hommes. Il a inspiré un nombre incalculable de légendes et d'œuvres d’art, guidé nos ancêtres dans leurs migrations et leurs navigations, il nous a poussés à nous interroger sur notre place dans l’univers.

Mais aujourd’hui, ce patrimoine d’une valeur inestimable est en train de disparaître. Nos villes ultra brillantes créent un halo de lumière orangée qui éblouit la nuit et par conséquent éteint les étoiles. Des études récentes ont révélé que plus de 80% des humains vivent sous un ciel pollué par la lumière artificielle et que les deux tiers de l’Humanité ne voient pas la Voie lactée une fois la nuit tombée.

Et malgré de nombreuses initiatives pour préserver le ciel nocturne, notamment via la création de sanctuaires de ciel noir, le phénomène de pollution lumineuse ne fait que s’accroître à l’échelle globale, d’environ 6% par an. Or, non seulement elle nous prive du ciel étoilé et gêne les observations des astronomes, mais elle a aussi des conséquences néfastes sur notre santé et sur la biodiversité.

Avec nos activités, nous ne nous sommes pas contentés d’éteindre les étoiles, nous avons aussi engendré une sorte de décharge dans l’espace.

Un peu comme dans l’intro du dystopique Wall-E, où l’on passe à travers des centaines de débris spatiaux.

Voir aussi: Faut-il parler aux extraterrestres? La réponse avec Mars Attacks!

Quand ça a dégénéré. Depuis l’envoi du premier satellite Sputnik en 1957, près de 9000 engins ont été placés sur orbite autour de la Terre.

Parmi eux, 5000 seraient encore actuellement sur orbite, dont seulement environ 2200 seraient encore en activité. Si vous comptez bien, cela fait près de 3000 engins abandonnés qui ne servent plus à rien à part à encombrer l’orbite terrestre.

Ajoutons à cela la myriade de fragments produits lorsque ces épaves se désintègrent ou entrent en collision les unes avec les autres et nous voilà aujourd’hui avec:

  • 5400 objets de plus de 1 mètre,

  • 34’000 objets de plus de 10 centimètres,

  • 900’000 objets de plus de 1 centimètre,

  • 130 millions d’objets de plus de 1 millimètre

qui circulent en orbite basse, c’est à dire à moins de 400 kilomètres d’altitude. On aurait bien besoin d’un Wall-E de l’espace pour nettoyer tout ce bazar.

La menace pas fantôme. Prendre l’espace pour une poubelle, cela ne pose pas seulement un gros problème éthique, ça représente aussi une vraie menace: les débris spatiaux circulent à environ 30’000 km/h. A cette vitesse, un fragment d’un centimètre qui percute un satellite en activité peut fortement l’endommager, voire le détruire.

Et comme on vous l’expliquait lors du départ de Thomas Pesquet vers l’ISS, si une tempête de débris s’annonce, par exemple en cas de crash entre deux épaves, alors il faut impérativement ajuster l’orbite de la Station spatiale internationale pour éviter la collision, et reporter toute sortie extravéhiculaire.

Une piste de solutions? L’orbite de la Terre est devenue une telle poubelle que les agences spatiales poussent désormais les fabricants de satellites à gérer leurs déchets. Ils doivent par exemple trouver des solutions pour que leurs engins se désorbitent automatiquement à la fin de leur vie, et se désintègrent en rentrant dans l’atmosphère.

Et plusieurs projets de robots nettoyeurs capables d’aller capturer des épaves sont à l’étude. En 2025, la mission ClearSpace-1, principalement mise au point à l’EPFL, doit ainsi harponner un débris de 100 kg avec des bras robotiques et le conduire à se consumer dans l’atmosphère. La Suisse a donc mis au point le premier Wall-E de l’espace.

Elon must do something. Ces initiatives sont encourageantes, mais en matière de débris spatiaux, la tendance n’est pas franchement à la décroissance. Le nombre de satellites placés sur l’orbite terrestre est amené à exploser dans les prochaines années.

Notamment parce que la société américaine Space X est en train d'envahir l'orbite basse de la Terre avec le lancement de milliers de satellites Starlink.

Space X compte lancer quelque 42’000 satellites dans le but de fournir une couverture internet mondiale.

Alors c'est vrai que la moitié de l'humanité n'a encore pas accès à internet, mais il faut garder à l'esprit que grâce aux revenus des abonnements, Elon Musk va générer des milliards de dollars. Une fortune qui va l'aider à réaliser son rêve de gosse: envoyer une colonie d’humains sur Mars (ou sur Axiom?).

Voir aussi: Que deviendrait la Terre sans les humains?

Depuis plus d'un an, le déploiement des Starlink a commencé, ils sont lancés par lots de 60 satellites à la fois, et vous les avez déjà peut-être vu passer dans le ciel: ils forment une succession de points ultra brillants et alignés.

D'ailleurs, des astronomes du monde entier crient au scandale. Non seulement les Starlink polluent le paysage céleste, ce patrimoine immatériel ultra précieux, mais ces traînées brillantes gênent une partie des observations astronomiques.

Elon Musk a d'abord balayé leurs craintes d'un revers de main, arguant que le préjudice sur les observations astronomiques serait nul. Puis, sous la pression de la communauté scientifique, il a tout de même réagi en peignant les antennes de ses Starlink en noir, afin qu'ils réfléchissent moins la lumière du Soleil, ce qui n'a pas été concluant. Puisque les astronomes n’ont rien lâché, le milliardaire a mis au point une nouvelle solution: un système de volets sur ses Starlink qui bloquent l’essentiel de la lumière du Soleil et devrait être bien plus efficace.

Les choses commencent à bouger, et il est quand même probable qu’on n’en vienne jamais à un niveau de pollution telle sur la Terre comme dans le ciel que l’on soit obligés de quitter notre planète pour aller vivre dans un vaisseau qui servirait d’Arche de Noé. Mais on peut sans doute dès à présent faire le deuil du ciel noir et pur qui a inspiré tant de poètes et de savants.