Héritier de Solar Impulse, l'avion électrique de H55 a réussi son premier vol

André Borschberg, CEO et cofondateur de H55. | Valentin Flauraud, Keystone

Equipé d’un système de propulsion électrique par la start-up valaisanne H55, le Bristell Electric a été dévoilé le 21 juin, quelques jours après le succès de son premier vol. L’avion biplace doit équiper deux écoles de pilotage dès la fin de 2020.

Pourquoi on vous en parle. L’aviation représente près de 10% des émissions de gaz à effet de serre en Suisse. Comme partout ailleurs, les industriels cherchent des solutions pour réduire l’impact climatique et la pollution des avions (FR).

Le nouveau biplace s’inspire de l’expérience acquise avec l’avion solaire Solar Impulse 2 à propulsion électrique, qui avait achevé, en 2016, un tour du monde. Il était piloté, en alternance, par Bertrand Piccard et André Borschberg. Ce dernier, co-fondateur de H55, vante l’intérêt de son nouvel avion, une version non polluante du Bristell construit par BRM Aero:

«Le Bristell Energic offre une solution zéro émission, silencieuse et économique.»

En effet, selon l’équipe, l’efficacité énergétique est de 96% pour la propulsion électrique contre 30% pour les moteurs à combustion. Gregory Blatt, directeur marketing de H55 ajoute:

«Un moteur électrique dégage plus de puissance et surtout, il n’en perd pas en gagnant de l’altitude, contrairement à un moteur classique.»

De plus, l’avion électrique aura vraisemblablement un coût de maintenance bien inférieur à celui d’un avion traditionnel, selon ses promoteurs: un moteur électrique comporte dix fois moins de pièces —notamment d’usure— que son équivalent à essence.

Quel est le maillon faible? C’est aujourd’hui ce qu’on appelle la densité des batteries, autrement dit la quantité d’énergie stocké pour une masse d’un kg ou un volume d’un litre. En dépit des progrès de l’électricité, le réservoir de carburant reste imbattable, notamment pour les avions lourds, qui doivent voler loin. Nous ne verrons donc pas de sitôt des Airbus et des Boeing électriques dans les aéroports. En revanche, pour de petits avions et des trajets courts, l’électricité devient crédible: Ici, l’avion de 120 CV ne pèse que 850 kg.

L’héritage de Solar Impulse. Gregory Blatt, lui aussi co-fondateur de H55, met en l’avant le savoir-faire de la startup valaisanne:

«Personne n’a autant d’expérience que nous. Nous avons construit 2 avions, volé 50 000 km et 1 500 heures. Solar Impulse était un avion expérimental. Mais grâce à lui, on a obtenu une expertise dont peu de gens peuvent se vanter.»

Son partenaire, André Borschberg, approuve:

«Solar Impulse? C’était un projet visionnaire, où l’inspiration était importante. Mais ici, on a voulu montrer que les technologies qu’on avait développé étaient aussi applicables dans vie de tous les jours».

C’est pourquoi H55 a choisi de développer un avion destiné aux écoles de pilotage. Ces derniers décollent et atterrissent dix fois par jour et sont une source de nuisances sonores et de pollution pour les riverains des aérodromes. Mais comme le temps de charge n’est que de trente minutes (pour des vols de 45 à 60 minutes), la propulsion électrique se prête bien à cet usage d’avion-école.

Un tremplin pour le futur. L’avion est construit en aluminium, un matériau plus lourd que la fibre de carbone de Solar Impulse mais plus résistant à la chaleur. L’énergie est stockée dans plus de 4000 batteries réparties dans les ailes et le nez de l’avion. Un petit avion donc, mais une étape indispensable, selon André Borschberg:

«Là-haut, tout réagit très différemment qu’ici, au sol. C’est pourquoi il faut voler pour développer de la connaissance et de la technologie. Et c’est important d’y aller pas à pas car si tout est nouveau quand on développe un projet innovateur, on ne s’en sort pas.

Notre but est de créer des éléments fiables et testés, qui seront directement utilisables par les constructeurs d’avion.»

Quels sont les autres usages? Gregory Blatt imagine déjà de petits avions-taxis.

«Nous, ce qui nous fait vibrer, c’est le transport urbain. Regardez l’encombrement des routes, les densités de population dans les mégapoles.

Imaginez pouvoir utiliser cette troisième dimension de l’espace. Imaginez-vous une aviation totalement propre.»

Ainsi, les cofondateurs de H55 croient en leur technologie pour développer des taxi-volants. Dans 5 ans, ils espèrent. A supposer que ce type d’engin puisse un jour avoir le droit de voler dans des zones urbaines.

Dans 10 ans, ils espèrent pouvoir réaliser des vols à moyenne distance. L’équipe devrait s’étoffer, d’une vingtaine à 35 employés, l’année prochaine, pour suivre le cap tracé par André Borschberg:

«On fait le pont entre le monde de l’innovation qui connaît pas grand-chose à l’aviation et monde de l’aviation qui est extrêmement conservateur car c’est la sécurité qui prime.»