Total et Elf aussi ont semé le doute sur le changement climatique

Station Total (image d'illustration) | Gerard Stolk / Flickr / Creative Commons

ExxonMobil, BP et Shell ne sont pas les seuls à avoir joué les «marchands de doute» sur la réalité du changement climatique. Les sociétés d’exploitation pétrolière françaises Total et Elf aussi étaient bien conscients du phénomène et de sa gravité, estiment deux historiens et un sociologue dans un travail publié dans Global Environmental Change, qui se fonde sur des entretiens de première main et près de 50 ans d’archives. Le Monde relate le contexte et les conclusions de cette enquête historique.

Pourquoi c’est grave. Selon ces travaux, Total Energies connaissait l’impact «potentiellement catastrophique» de ses produits sur le réchauffement climatique dès 1971. L’enquête concerne aussi Elf, acteur pétrolier qui a fusionné avec Total en 1999. Dès 1986, les deux sociétés françaises sont passées à la contre-attaque, le directeur de l’environnement alors en poste chez Elf appelant l’industrie pétrolière à «se préparer à se défendre». Comprendre: investir dans un lobbying féroce.

A la fin des années 1990, Elf et Total ont préféré, plutôt que de nier frontalement le consensus scientifique sur le climat comme Exxon, adopter une stratégie visant à minimiser l’urgence et la responsabilité des énergies fossiles. Christophe Bonneuil, premier auteur de l’étude, directeur de recherche au Centre de recherches historiques (CNRS) en France, cité par Le Monde, avertit:

«Cela fait dix ans que les historiens américains ont mis au jour et analysé les stratégies des groupes américains pour éviter et retarder les régulations environnementales. Maisen France, on a eu tendance à considérer que nos champions étaient plus vertueux qu’ExxonMobil. Notre étude revisite le récit rassurant que l’on s’est construit.»

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