Scholars at Risk, ce réseau qui tente de sauver les chercheurs en danger

Des citoyens afghans fuyant le pays s'entassent à l'intérieur d'un avion de l'armée de l'air américaine, alors qu'ils sont transportés depuis l'aéroport international Hamid Karzai en Afghanistan. | Keystone / Chris Herbert

«Les évènements en Afghanistan laissent craindre des conséquences dramatiques aussi pour les scientifiques sur place. Il existe des moyens de les aider.» Voilà ce que rappelle, sur son site internet, le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) aux universités et hautes écoles.

Pourquoi c’est important. En Afghanistan, depuis la prise du pouvoir par les Talibans, les demandes d’aide émanant des chercheurs et chercheuses du pays ont explosé. De telles sollicitations s’adressent surtout à Scholars at Risk, un réseau international basé aux Etats-Unis qui rassemble plus de 500 institutions à travers le monde. Son but? Venir en aide aux chercheurs en danger et protéger la liberté académique.

Depuis 2020, le FNS participe à ce groupe de solidarité et permet aux hautes écoles et universités du pays de solliciter un soutien financier si elles offrent l’asile à un ou une scientifique. Avant l’implication de l’Agence suisse, hautes écoles et universités pouvaient accueillir en leurs rangs des chercheurs menacés — mais le financement devait être assuré par divers mécanismes et fonds, dont des bourses d’excellence destinées aux personnes accueillies.

Membre depuis 2008 de Scholars at Risk, l’Université de Genève a accueilli 8 scientifiques étrangers en ses rangs. Mathieu Crettenand, Délégué à l’intégration de l’Unige:

«L’Université a offert plusieurs places de travail aux chercheurs en danger depuis 2011, ce qui leur permet de continuer leur activité en toute sécurité. Mais ça n’a pas toujours été possible pour eux de rester dans le monde académique, qui est extrêmement compétitif...»

Des obstacles qui pèsent lourd. Faire venir de l’étranger des scientifiques dont la vie est menacée, n’est pas chose aisée. En cause, des visas et permis difficiles à obtenir, ainsi que des démarches bureaucratiques qui prennent du temps. Un temps que les chercheurs en danger n’ont souvent pas.

Pour que leur dossier soit traitée par Scholars at Risk, le réseau procède à une «reconnaissance du risque»: le scientifique remplit une déclaration en ligne qui est ensuite vérifiée par les membres de l’organisation. La certification de la demande d’aide active la suite des opérations. Les universités membres du réseau pourront alors — selon leurs possibilités — offrir un poste de travail au chercheur, qui sera accueilli dans un pays hôte non pas en tant que réfugié, mais en tant que collaborateur scientifique.

A Genève, Mathieu Crettenand fait le constat des difficultés qui minent ce parcours:

«A l’Université de Genève, nous comptons sur une capacité de deux personnes à accueillir par année. Pour permettre cet accueil, l’Université de Genève collabore avec les FNS, mais aussi avec le Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM). Il reste difficile de faire venir les personnes de l’extérieur jusqu’en Suisse. Il y a des enjeux financiers importants et l’obtention d’un permis de séjour pour la famille du scientifique se pose aussi.»

Peut-on aider les chercheurs afghans? Aujourd’hui, à l’heure où les images des Talibans en maîtres de Kaboul circulent sans cesse, la question de l’accueil des réfugiés afghans secoue les politiciens de toute l’Europe.

Pour sa part, Mathieu Crettenand se montre prudent:

«Il est tôt pour dire de manière définitive si oui ou non, l’Université de Genève ou d’autres institutions suisses accueilleront des scientifiques en danger venant d’Afghanistan. A ce jour, trop d’inconnues demeurent. Mais à l’interne du réseau Scholars at Risk, on est en train d’identifier ces possibilités d’accueil.

Très certainement, le secours que le réseau offre peut s’appliquer aux chercheurs en Afghanistan. L’inquiétude est de mise: nous craignons pour leur sécurité, mais aussi de voir des disciplines bannies des Universités, et un monde académique qui ne serait plus libre.»