S’adapter ou disparaître, le véritable enjeu climatique

Sarah Sermondadaz

Je me souviens de ce jour où mon rédacteur en chef nous a proposé d’écrire une Exploration consacrée au climat. Au cœur de l’été 2021, les catastrophes climatiques (inondations, feux de forêt, vagues de chaleur…) marquaient l’actualité, au Sud comme au Nord – jusqu’en Europe. Serge souhaitait que nous mettions l’accent sur les solutions – y compris low tech – développées pour y faire face. Le titre de la série qui en est née, Que faire en dernier recours si le climat tourne à la catastrophe?, a été, comme de coutume, discuté en interne.

Dans ce débat, mon avis était que le mot-clé à placer, c’était l’adaptation aux changements climatiques. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec) le définit comme la «démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu ainsi qu’à ses conséquences». Le terme n’a finalement pas été retenu dans notre titre pour des raisons de lisibilité, mais il fera l’actualité dès ce lundi 28 février: il sera au cœur de nouveaux travaux du Giec. Il s’agit de la suite de son sixième état des lieux, dont la première partie était parue en août dernier.

S’adapter ou mourir. L’anecdote précédente révèle deux choses.

  • D’abord, que ce terme semble mal compris – sûrement parce qu’on l’emploie aussi en biologie de l’évolution pour décrire la façon dont le vivant s’ajuste à son milieu. Dans ce cadre, on l’associe volontiers à quelque chose de lent – et d’automatique. A contrario, appliquée au climat, elle nécessite une laborieuse anticipation pour réduire autant que possible la vulnérabilité, tant des systèmes naturels que de nos sociétés, sans quoi les catastrophes climatiques nous exposent à toujours plus de crises et de drames humains. Dans les deux cas toutefois, il s’agit de s’adapter – ou de risquer de mourir.

  • Mais aussi que l’adaptation, si elle est une démarche absolument nécessaire, ne saurait être uniquement une solution de dernier recours. Elle doit s’accompagner de ce qu’on appelle l’atténuation pour régler le problème à la source: limiter la concentration de gaz à effet de serre (GES) à un niveau qui ne perturbe plus le climat de la planète. Pour cela, nous devons atteindre la neutralité carbone: cesser d’ajouter davantage de GES dans l’atmosphère. Le Giec consacrera d’ailleurs à l’atténuation le troisième et dernier volet de son cycle d’évaluation, et en livrera les résultats d’ici un peu plus d’un mois. Il s’attachera notamment au rôle que pourront jouer les technologies de stockage du carbone – ainsi qu’aux nécessaires révisions de nos sociétés pour limiter la demande d’énergie.

Prendre conscience de nos vulnérabilités. Dans ce nouveau rapport, il sera donc question de risques climatiques et de vulnérabilité. Or, longtemps, les pays développés – les principaux responsables historiques du changement climatique – ont été tentés de croire qu’ils passeraient entre les gouttes, que vagues de chaleur, sécheresses et autres inondations ne toucheraient que les pays du sud. Il n’en est rien, rappelaient les travaux du Giec parus en août 2021.

La hausse des températures augmente à la fois la sévérité, la durée et la fréquence des événements météorologiques extrêmes, et cela, partout sur le globe. Avec un réchauffement de 1,5°C, les vagues de chaleur, par exemple, seront plus chaudes de 2°C et quatre fois plus fréquentes…  Et chaque degré en plus nous expose à 7% de précipitations en plus au niveau mondial, rappelaient-ils. Sans que celles-ci soient bien distribuées: elles augmentent dans les hautes latitudes, en particulier dans l’hémisphère nord, mais décroissent dans les zones subtropicales. Le résultat? Sécheresses pour les uns, inondations pour les autres. Le nouveau rapport devrait fournir un atlas précis de ces nouveaux risques –  notamment pour nos systèmes agricoles et la fourniture d’eau potable.

Comprendre la complexité du climat. Dans le système Terre, tout est donc lié. Les émissions de gaz à effet de serre entraînent le réchauffement graduel de la planète, puis toujours plus d’événements météorologiques extrêmes. Au-delà de la crise climatique, il faut aussi composer avec la surexploitation des ressources naturelles et l’effondrement de la biodiversité. Pour comprendre en quoi tous ces enjeux sont liés, Heidi.news avait dévoilé, en mai 2021, son tableau de bord climat.

En prévision de la nouvelle parution du Giec de ce 28 février, nous l’avons actualisé et enrichi, et avons ajouté un chapitre consacré aux catastrophes climatiques. L’idée reste la même: comment, sans simplification excessive, représenter graphiquement la complexité du climat? Quels sont les signes et les causes du dérèglement climatique, les preuves qui désignent la responsabilité humaine, et enfin, que peut-on faire? Un guide illustré qui, nous l’espérons, vous aidera à comprendre que nous n’avons pas le choix: nous devons nous adapter à ce nouveau monde.