| | Idées

C’est bien mon fils qui se coltinera la catastrophe climatique

Paul Ackermann

D'aussi loin que je me souvienne, j’ai vécu avec cette question: «Quelle planète laisserons-nous à nos enfants?» Je suppose que c’est aussi le cas de beaucoup d’entre vous. Or cette question restait théorique. Je pensais plutôt à mes futurs petits-enfants, voire arrières-petits-enfants. Et que mes deux fils allaient, grosso-modo, vivre dans le même monde que moi.

Je savais que, si ça continuait comme ça, les catastrophes climatiques et leurs conséquences dévastatrices étaient aussi inéluctables que le temps qui passe. Mais j’étais aussi convaincu que les pôles n’allaient pas fondre à vue d'œil et que Mad Max n’arriverait pas demain. La vie continuerait plus ou moins comme avant, pour une ou deux générations, grâce aux progrès technologiques et à quelques efforts de sobriété.

La donne a changé, et moi aussi, depuis quelques mois. Quand je me demande à quoi ressemblera le monde des prochaines calamités climatiques, c’est bien à l’environnement de mes enfants que je pense. Et j’ai l’impression de ne pas être le seul: plusieurs parents m’ont confié avoir vécu ce virage dans leur perception de l’avenir.

Faut le voir pour le croire

Tout a commencé avec le recul des glaciers. Il y a deux ans, tout à coup, je n’ai pas reconnu les courbes du Mont-Fort que je skiais les yeux fermés depuis l’adolescence. Premier effet visible, spectaculaire, du changement climatique dans ma vie. Partout dans les Alpes, ces repères intimes que sont les glaciers reculent, et ça se voit.

Cet été d’incendies, de dômes de chaleur, d'inondations et de glissements de terrain a planté le dernier clou dans le cercueil de mes espoirs: nos enfants n’échapperont pas aux conséquences du réchauffement. Nous entrevoyons même déjà les premiers contours de ce nouveau monde. Il est moins sûr que celui dont nous avons hérité, il est hérissé de nouvelles menaces: méga feux, tempêtes, canicules et de probables vagues de migrations climatiques. La planète que nous laisserons à nos enfants ne fait pas rêver. Nous le sentions venir, à force de rapports alarmistes du GIEC et de sombres projections pour les décennies à venir. Depuis cette semaine, c’est même prouvé scientifiquement.

Des chercheurs se sont effectivement intéressés non seulement à la multiplication des catastrophes à venir, mais aussi à l’expérience concrète qu’en feront les différentes classes d’âge. Une nouveauté? Oui, car l’étude représente une première, et non, car il s’agit surtout d’un changement de perspective. L’étude s’appuie sur des données bien connues: celles du rapport spécial du GIEC sur le réchauffement planétaire de +1,5°C, mises en relation avec les données démographiques.

Le constat est sans appel pour nos petits. Si les Etats respectent leurs engagements climatiques actuels - insuffisants -, un enfant né en 2020 devrait connaître en moyenne sept fois plus de vagues de chaleur que s’il était né en 1960. Il vivra aussi deux fois plus de feux de forêts, et près de trois fois plus d’inondations et de mauvaises récoltes. Selon cette recherche, seuls ceux qui ont plus de 40 ans aujourd’hui devraient échapper à un monde radicalement transformé par le réchauffement climatique.

On comprend mieux pourquoi les grèves pour le climat sont portées par les premiers concernés, les premiers condamnés: écoliers et étudiants, qui vivent la gravité de la situation de manière bien plus intime que nous, leurs parents. Et il ne faudra pas s’étonner si eux-mêmes ne veulent pas d’enfant.

Ecrit avec l’aide de Sarah Sermondadaz, rédactrice en chef adjointe et responsable de notre Flux Science & Climat