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Qu'est-ce qui nous motive à sauver le monde?

Histoires touchantes ou faits scientifiques: la manière de déclencher notre motivation à agir pourrait dépendre de notre positionnement politique. Photo: pixabay/winterseitler

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Pour nous convaincre d’agir pour la planète, qu’est-ce qui est le plus efficace: des faits scientifiques bruts ou des histoires chargées d'émotion? La réponse, d’après des chercheurs américains de l’Université Johns Hopkins, dépend de notre orientation politique.

Pourquoi c’est intéressant. L’information scientifique peut être transmise par ces deux mécanismes — qui ne sont d’ailleurs pas mutuellement exclusifs. Mais selon l’étude, les démocrates américains se préoccuperont davantage de l’environnement après avoir entendu une histoire plutôt que des faits bruts, tandis que les républicains, de leur côté, dépenseront plus d’argent pour l’environnement après qu’on leur ait communiqué les faits scientifiques.

L’étude. Les chercheurs ont mené leur expérience dans l'Etat du Delaware, aux Etats-Unis. A l’occasion de plusieurs manifestations agricoles et dans des magasins d’agriculture, ils ont interrogé plus de 1200 personnes qui possédaient ou géraient des espaces agricoles. Pourquoi le Delaware? L'Etat fait actuellement face à une surfertilisation des espaces verts privés.

Les participants à l’étude ont été répartis en deux groupes:

  • Le premier a regardé une vidéo qui compilait des données scientifiques sur les risques de l’épandage excessif d’engrais, la pollution des eaux et ses conséquences.

  • L’autre groupe a visionné une vidéo qui racontait une histoire liée aux conséquences de l’usage abusif d’engrais: la mort tragique d’un homme de la région, décédé après avoir consommé des coquillages contaminés.

Les faits ou l’émotion. Les chercheurs ont ensuite voulu savoir si les participants à l’étude étaient prêts à acheter des produits plus écologiques pour lutter contre la pollution. Les volontaires se sont vus proposer quatre produits déclarés «respectueux de l'environnement»:

  • de l’engrais à libération lente,

  • du biochar — un amendement issu de la pyrolyse de biomasse,

  • des tuyaux d'arrosage goutte à goutte,

  • et des kits d'analyse du sol.

Pour chaque article, ils pouvaient payer une somme au choix entre zéro et quinze dollars. Dans tous les cas, ils recevaient quinze dollars en compensation. S'ils avaient offert un prix plus élevé pour un produit que son coût réel, ils recevaient le produit ainsi que la différence par rapport au prix réel.

L'analyse de l'enquête a montré que le prix moyen offert pour les produits écologiques était de 7 dollars et 10 cents. Le groupe qui avait entendu l'histoire de la mort tragique était prêt à payer en moyenne 11% de plus pour les produits plus écologiques que le groupe à qui on avait présenté les faits.

Le clivage politique Les chercheurs ont ensuite cherché à savoir si ces différences étaient corrélées aux opinions politiques ou au genre.

  • Résultat: l'histoire tragique a mieux fonctionné pour les démocrates. Ces derniers étaient prêts à dépenser 17% de plus pour des produits respectueux de l'environnement lorsqu’ils avaient entendu l’histoire tragique plutôt que simplement les faits.

  • Chez les Républicains, en revanche, l'histoire tragique a été contreproductive: la volonté de dépenser a chuté de 15% chez ceux qui avaient visionné la vidéo émouvante plutôt que la vidéo scientifique.

  • Le genre des participants, en revanche, n'a eu aucun effet dans l'enquête.

La manière dont une information scientifique est délivrée a donc un impact différent selon nos affinités politiques. D’après Paul Ferraro, co-auteur de l'étude:

«Les histoires émotionnelles pourraient faire plus de mal que de bien chez les personnes pour qui le respect de l’environnement n’est pas une évidence dès le départ.»

En d'autres termes, il n'existe pas de recette universelle pour réussir à motiver les gens à agir de manière respectueuse du climat. Tout dépend du groupe ciblé.

L’étude à la loupe

L’étude. A story induces greater environmental contributions than scientific information among liberals but not conservatives

Le commentaire. Les personnes testées provenaient toutes d'un groupe très similaire les résultats ne pouvaient donc être valables que pour un groupe spécifique de travailleurs dans l’agriculture. L’étude ne fournit pas de données sur la persistance dans le temps du changement de comportement dû aux récits ou aux faits. Les incitations peuvent également avoir biaisé les participants et le résultat ne peut donc pas être comparé à une décision informelle en magasin. Des processus psychologiques extrêmement complexes interviennent enfin dans la prise de décision. Le type de médiation ainsi que l'orientation politique sont en corrélation avec la volonté de payer, mais ne sont pas nécessairement des facteurs causaux. L'étude n'a donc qu'une valeur limitée.

La fiabilité. Revue par des pairs. 1239 répondants, randomisé.

Le type d’étude. Expérience sur le terrain.

Le financement. Penn Foundation, US Department of Agriculture, The Nature Conservancy et National Science Foundation.