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Pourquoi la Roumanie a-t-elle les universités les plus égalitaires d'Europe?

Klea Faniko, de l'Université de Genève, répond à cette question.

Cet article fait partie de notre dossier sur la grève des femmes, qui sera enrichi au fil de la journée du 14 juin.

La Roumanie est le pays où la part de femmes professeures est la plus haute d'Europe. Ici, l'université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca | https://www.ubbcluj.ro/

La question complète. Le rapport She Figures 2018 de la Commission Européenne propose un classement des pays européens en fonction du pourcentage de femmes professeures dans les universités. La Roumanie arrive en tête, avec plus de 54%. Sur le podium, on trouve aussi la Bosnie-Herzégovine, avec 45%, et la Lettonie, avec 41%. La moyenne européenne, en comparaison, stagne sous la barre des 24%. Comment expliquer que l’Europe de l’Est et les Balkans se démarquent à ce point?

La réponse de Klea Faniko, spécialiste des politiques d’égalité des genres à l’Unité de psychologie sociale de l’Université de Genève.

Il s’agit d’un héritage du passé de ces pays. À l’époque des régimes communistes, des lois imposaient la parité hommes/femmes. Selon ces directives, il y avait, par exemple, obligation de scolariser autant les filles que les garçons. Les femmes devaient être autant sollicitées et encouragées que les hommes pour des postes à responsabilité. Il n’y avait pas non plus de cliché sur le choix des filières universitaires. Aucune n’était réservée plus aux hommes qu’aux femmes ou inversement. On trouve ainsi, aujourd’hui encore, autant de femmes que d’hommes dans des branches comme les mathématiques ou l’informatique.

Une protection sociale forte pour les femmes

La société communiste dans son ensemble cherchait à donner une place aux femmes. Des crèches étaient installées dans pratiquement tous les quartiers pour leur permettre de s’investir dans leur travail ou leurs études. Elles étaient également très protégées socialement. Par exemple, lors d’un divorce - quel que soit celui ou celle qui le demandait - c’était toujours la femme qui gardait l’appartement. Cela a permis de faire entrer dans les mœurs cette parité, dans les universités, mais aussi dans tous les corps de métiers ou le sport.

Le revers de la médaille

Il faut cependant relativiser la situation. Une fois rentrées à la maison, les femmes retrouvaient un système très inégalitaire dans lequel elles devaient s’occuper de l’ensemble des responsabilités de la vie de tous les jours. Elles avaient alors deux fois plus de travail: leur emploi et la famille. C’est pour cela que j’hésiterais à parler d’une véritable parité.

Notons enfin que les choses risquent de changer, notamment sur le choix des filières universitaires. L’exposition aux médias occidentaux, dans lesquels sont véhiculés certains stéréotypes de genre, pourrait entraîner l’enracinement de nouveaux clichés en Europe de l’Est.

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