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Pourquoi la lutte pour le climat semble vouée à l’échec

Julien Pralong

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Il y avait cette intuition. Mal formée, imprécise, mais fortement ressentie. La sauvegarde du climat, et plus généralement l’écologie, ne pèsent pas lourd face au confort individuel et au consumérisme. Dimanche 13 juin, le rejet de la loi CO2 en votation populaire en a été la confirmation. Deux francs par plein de sa voiture ont pesé plus lourd que 2 degrés supplémentaires sur terre.

Laissons tomber la morale ainsi que les grands principes éthiques pour nous installer par-delà le bien et le mal. Il y a un fait: le dérèglement climatique cause d’irréparables dégâts et menace directement la survie de nombreuses espèces, y compris l’être humain. Tout le monde le sait et ceux qui le contestent encore sont en quantité négligeable.

Les modalités de lutte pour préserver le climat ne sont en revanche l’objet d’aucun consensus. Le spectre des modèles et solutions préconisés est gigantesque, entre décroissance radicale et espoirs placés en l’innovation et la technologie. Mais, là encore, une intuition. Celle qui relègue la foi en la technologie au rang de pure diversion.

La capacité de l’humain à innover est admirable. Mais aucune des ressources nouvellement exploitées n’a jamais remplacé les anciennes. Celles-ci ne font que s’additionner et se superposer, sans permettre de sortir du recours massif aux énergies fossiles. Malgré toutes les avancées, le trio pétrole – charbon – gaz est toujours la pierre angulaire de notre civilisation.

Il n’y a pas à en rougir

On peut contempler, voire appliquer 1000 solutions pour le climat, il semble impossible d’inverser la tendance climatique sans un changement profond de nos modes de vie. Et peut-être est-ce pour cela que la lutte écologique, du moins telle que menée jusqu’ici, est vouée à l’échec. Nous savons qu’il faudrait faire des sacrifices, mais ce n’est pas une priorité. Nous rejetons systématiquement la responsabilité sur d’autres (les riches, les entreprises, les gouvernements, les Chinois), avec cette propension à considérer nos «besoins» comme «raisonnables», contrairement à ceux des autres, ceux qui «exagèrent».

Ce n’est pas forcément que les gens se désintéressent du climat, c’est qu’ils consentent à s’en soucier quand vraiment ils n’ont pas à gérer d’autres urgences, considérées comme plus immédiates. «Les Suisses ont voté avec leur porte-monnaie», a-t-on pu lire dans les médias au soir du 13 juin. Faut-il en rougir?

Les populations paupérisées se battent pour leur subsistance tout en fantasmant une élévation socio-économique, avec l’objectif ultime d’avoir elles aussi leur part de dolce vita sur un îlot aux Maldives ou dans un palace à Dubaï, avec écran 4K et SUV rutilant en prime. Les populations privilégiées, elles, refusent de perdre leurs privilèges (bagnole, voyages, shopping), ce qui constituerait une atteinte à leur confort de vie, ou plutôt à l’image qu’elles se font d’elles-mêmes.

Liberté, révolution, introspection

A tort ou à raison, l’aisance financière est largement liée à la jouissance de la liberté. Et lorsque que l’on atteint une forme de liberté, la nature humaine est ainsi faite qu’elle «considérera qu’en la lui retirant, vous l’amputez d’une partie d’elle-même», selon le désormais célèbre discours prononcé par le philosophe Raphaël Enthoven à la Convention de la droite française en 2019.

Il est inconcevable d’exiger d’une majorité de la population humaine un renoncement volontaire à ses privilèges. Pas plus qu’il serait honnête de demander aux oubliés de l’opulence de ne pas vouloir, un jour, leur part (ou carrément leur dû). Tant qu’elle ne sera pas fondée sur une révolution systémique garantissant une répartition planétaire des richesses enfin décente et juste, la lutte pour le climat n’a que très peu de chance d’atteindre le moindre de ses objectifs.

Mais la révolution ne se fera pas seule, elle doit être portée par la société. Au même titre que la décroissance ou, tout du moins, une société de la consommation mieux réfléchie. Dans les deux cas, une évidence: celle de la nécessité de se poser individuellement les bonnes questions, de décider comment nous voulons interagir avec ce monde – et de le mettre en application.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.