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Pourquoi de plus en plus de gens se déplacent à vélo électrique

Une "coronapiste" cyclable à Genève | SALVATORE DI NOLFI/KEYSTONE

Au cours de la dernière décennie, un nouveau véhicule s’est répandu sur les routes suisses: le vélo électrique. Un vélo neuf sur trois est maintenant équipé d'un moteur, et les personnes âgées ne sont plus les seules à profiter de l’assistance au pédalage. Une révolution dans les modes de transport urbains? Pas si simple.

Pourquoi c’est important. Depuis les débuts de l’épidémie de Covid-19 en Suisse, la circulation des vélos a largement augmenté. Une étude de l'ETH Zurich et de l'Université de Bâle  montre que les gens ont circulé à vélo plus souvent et pour des distances nettement plus longues pendant et après le confinement. Le vélo présente plusieurs avantages au vu de la crise sanitaire: c’est un moyen de transport individuel, écologique, et qui exempte de devoir porter un masque.

Les chiffres. Avant la pandémie, déjà, la popularité des moteurs électriques ne cessait de croître. L'année dernière, 133 033 nouveaux propriétaires de vélos électriques ont été enregistrés. En quatre ans seulement, la vente de vélos électroniques a doublé. Et dans le paysage suisse en particulier, qui oscille entre «vallonné» et «montagneux», le vélo électrique est une vraie plus-value.

Qui choisit l’électrique? Il y a dix ans à peine, les propriétaires typiques de vélos électriques répondaient à une description brève et typique, le plus souvent une femme de plus de 65 ans.

Aujourd'hui, le tableau est bien différent. Les adeptes du vélo électrique forment un mélange hétéroclite d’hommes et de femmes, avec des représentants de presque toutes les tranches d'âge. C'est que l’image du vélo électrique a beaucoup changé. De plus, deux grandes tendances sont apparues ces dernières années : faire du bien à son corps, et protéger l'environnement.

Tout a commencé dans les années 90. Auparavant, la voiture avait pratiquement réduit le vélo au statut d’espèce menacée.  La bicyclette, dégradée en un équipement sportif de loisirs, n’était plus un moyen de transport.

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Voie libre pour les cyclistes à vélo électrique: depuis 2017, ce panneau de signalisation est en usage sur les routes allemandes.

Une perception plus positive du vélo. Aujourd'hui, le vélo n'est plus destiné en priorité à ceux qui ne peuvent pas se permettre de payer plus cher, il est presque universellement perçu de manière positive. C'est ce qui ressort d'une étude réalisée à l'EPFL en 2012 : «sportif», «pratique» et «écologique» sont les adjectifs que les répondants associent aux cyclistes.

Les cyclistes se voient ainsi attribuer un certain état d'esprit: ils sont généralement actifs, pragmatiques, et soucieux de l'environnement.

Question de principe. Markus Hackenfort, professeur à la Haute école spécialisée de Zurich et chef du département de psychologie du trafic, de la sécurité et de l'environnement, explique:

«Prendre son vélo pour se rendre au travail ou parcourir de plus longues distances pendant son temps libre a toujours été associé à  une certaine idéologie. Jusqu’ici, on roulait à vélo avec conviction, avec un engagement écologique, et pour un contact plus étroit avec la nature. On appartenait à un groupe homogène.»

Cet état d’esprit particulier a contribué à lier les cyclistes entre eux, surtout dans les zones urbaines. Ce qui est devenu particulièrement visible lors des discussions politiques sur l'attribution de l’espace à tel ou tel usager de la route.

Portrait-robot du cycliste électrique. Cependant, les cyclistes sur un appareil électrique et les cyclistes classiques ne pourraient pas être plus différents. Marius Hackenfort poursuit:

«Cette population est si hétérogène qu’il est difficile d’établir la moindre typologie. On y trouve de tout: jeune, vieux, athlétique, moins athlétique, hommes et femmes… C'est un vrai mélange.»

De plus en plus, les VTT électrique et les vélos de course électriques trouvent aussi des débouchés. Preuve que les vélos électriques ne sont pas seulement destinés aux personnes âgées et qu'ils sont en principe bien accueillis par les jeunes.

Daniel Baehler, chef de projet au Bureau de la mobilité à Berne renchérit: «C’est sûr: le vélo électrique n’est plus seulement destiné aux plus âgés ou aux plus jeunes».

Malgré tout, il existe un âge minimum pour rouler en vélo électrique: 14 ans. Les enfants sont donc exclus du marché. Mais les adolescents ne semblent pas privilégier le vélo électrique. Est-ce parce qu'ils lui associent encore l’image de la bicyclette de papi? Marius Hackenfort poursuit:

«Pour l'instant, il y a encore un certain scepticisme du côté des jeunes, mais il diminue. Le prix d'achat est également un obstacle, ce qui a pour conséquence que la diffusion est beaucoup plus faible. Cette faible diffusion crée une norme sociale : on ne fait pas ça quand on est jeune.»

Dans la tranche d'âge des 30 à 40 ans, les choses sont déjà très différentes. Là, une norme sociale différente émerge, et posséder un vélo électrique paraît au contraire très pratique. Vous pouvez y attacher une remorque et emmener les enfants avec vous. En effet, une enquête menée auprès des habitants de l'agglomération lausannoise a montré que 42% des utilisateurs sont des couples avec enfants, et 70% ont entre 35 et 65 ans.

Vélo, boulot, dodo. Parmi les cyclistes électriques, la plupart sont des actifs. Il n'est donc pas surprenant qu'ils utilisent leurs vélos électriques principalement pour les déplacements domicile/travail. Les adeptes du vélo électrique vivent généralement à la campagne ou à la périphérie des villes  — dans les centres-villes, les gens ont tendance à posséder des vélos classiques, car les distances sont généralement courtes.

Cette publicité promet un gain de qualité de vie considérable avec l'achat d'un vélo électrique. Ce n'est pas entièrement faux: selon une étude, les cyclistes se sentent en meilleure santé physique et mentale et moins stressés que les autres usagers de la route.

Un concurrent à la voiture? Dans l'ensemble, la voiture reste toutefois le moyen de transport préféré. Ce que confirme Daniel Baehler:

«Pour l'instant, on ne peut pas dire que le vélo électrique— sous ses différentes formes —vienne faire diversion dans le marché de l'automobile.»

Et pourtant: «Dans les grandes villes, la proportion de ménages sans voiture a augmenté; à Berne, Bâle et Zurich, plus de la moitié des ménages ne possèdent plus de voiture.»

Une aventure parfois risquée. Une pointe d'amertume demeure: La hausse des ventes de vélos électriques s'accompagne d'un nombre d'accidents disproportionné. En 2019, 11 personnes sont mortes dans un accident de vélo électronique et 355 ont été gravement blessées. Marius Hackenfort déplore:

«Souvent, ce n'est même pas la faute du cycliste, mais plutôt de l’appréciation que font automobilistes de leur vitesse moyenne. Vous voyez un cycliste du coin de l'œil et vous estimez automatiquement qu'il se déplace à environ 10 kilomètres à l'heure. Mais la probabilité est toujours plus grande qu'il ne s'agisse pas d'un vélo classique mais d'un vélo électrique. Et donc, que sa vitesse moyenne soit deux fois plus élevée…»

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Affiche de la campagne "Eyes open, speed down" de BFU et Axa, qui vise à accroître la sécurité des cyclistes en ligne | Source : BFU/Axa,

Le fait que la zone urbaine soit particulièrement dangereuse pour les vélos électrique n’est par forcément dissuasif, d’après Hackenfort.

«Ceux qui font beaucoup de vélo ont certainement tous vécu une situation dangereuse. Il est clair que parfois, à deux roues, on se sent courageux, en ville. Beaucoup de cyclistes peuvent se considérer comme des aventuriers.»

Reste à savoir si les risques en matière de sécurité attirent les cyclistes ou au contraire, les découragent. Les bonnes raisons de pédaler — avec ou sans assistance — ne manquent pas.

Bon pour les neurones. Pédaler fait fonctionner les méninges:  cela améliore la connectivité neurologique, c’est-à-dire la qualité des connexions des cellules nerveuses dans le cerveau. Et ceci, même après des années de cyclisme. En outre, de tous les usagers de la route, les cyclistes sont ceux qui se sentent le plus à l'aise et le moins seuls, selon une enquête scientifique dans sept villes européennes en 2018.

En définitive. L'espèce du cycliste, dans toute sa biodiversité, est un groupe d'individus satisfaits, en bonne santé physique et mentale, qui dispose des meilleures conditions pour un avenir florissant. Et cette espèce est loin d'être menacée d'extinction.

Cet article a initialement été publié en allemand sur le site de notre partenaire Higgs.ch

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