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Pandémie: pourquoi nous avons perdu la notion du temps

Une rupture de nos routines, comme c'était le cas pendant le confinement, peut sérieusement dérégler notre perception du temps. Photo: unsplash/Lucian Alexe

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Les tâches routinières vous prennent désormais des heures et vous avez du mal à déterminer le jour de la semaine? Les journées vous semblent soit interminables, soit trop chargées? Vous n'êtes pas seul. Avec la pandémie, le temps semble s’écouler différemment pour de nombreuses personnes. C’est ce que montre une étude, réalisé sur les premières semaines de confinement en avril 2020.

Pourquoi c’est intéressant. Notre perception du temps est tout sauf linéaire. Plutôt fiable dans des circonstances normales, celle-ci peut jouer aux montagnes russes dans le contexte actuel: ralentie, brutalement accélérée, puis de nouveau ralentie.

Voir aussi: le temps expliqué par Tenet

Cet effet, des chercheurs l’ont observé. Une étude menée par l’étude de l’Université de Liverpool au printemps 2020, lors des premiers confinements de la pandémie, a montré que 80% sur 604 personnes interrogées ont bien perçu une distorsion du temps.

C’est que nous n’avons pas de sens dédié pour la perception du temps, hormis notre cerveau. Celui-ci est capable, notamment à travers la musique, de percevoir des intervalles de temps très courts. Mais lorsqu’il s’agit d’heures, de jours ou de mois, le temps redevient relatif.

Les ratés de l’horloge interne. Cela commence avec le manque de précision de notre «horloge interne», celle qui régule notre rythme veille/sommeil. Pour elle, un cycle ne dure pas 24 heures, mais 24,5 heures. Plusieurs expériences montrent que cela conduit, au bout d’un certain temps, à des écarts importants entre la perception du temps et le temps réel écoulé, décrit la psychologue Claudia Hammond, qui a longuement étudié la question.

Le géologue Michel Siffre, par exemple, qui a passé deux mois dans une grotte obscure en 1962, sans fenêtre sur l’extérieur ni horloge, s'est finalement trompé de plus de vingt jours lorsqu’il a dû évaluer le temps de l’expérience. Dans son livre «Time Wraped, Unlocking The Mysteries Of Time Perception», Claudia Hammond détaille comment notre cerveau parvient à s’orienter dans le temps.

Remplir le temps pour le mesurer. Car nous mesurons avant tout le temps qui passe par la manière dont nous le remplissons. Des routines claires, comme le trajet pour aller au travail ou le weekend nous aident à nous repérer. Mais une rupture de ces routines – comme lors du premier confinement – peut vraiment dérégler notre perception du temps. Pour certains, les jours se déroulaient tous de la même manière pendant des semaines, tandis que d’autres avaient encore plus à faire que d’habitude.

D’après l’étude de l’Université de Liverpool: plus les personnes interrogées sont âgées et stressées, moins leurs interactions sociales sont satisfaisantes, et plus le temps passe lentement pour elles.

Les facteurs culturels et sociaux. Ils nous aident eux-aussi à mesurer le temps. Par exemple, si l’on dépose une personne dans un endroit connu, mais à une heure inconnue, elle peut, avec une certaine fiabilité, deviner le mois, le jour de la semaine et l'heure de la journée, explique Claudia Hammond dans son livre. L'aspect de l'endroit, le nombre de personnes présentes, leurs activités, sont autant d'indices pour se repérer.

Lors du premier confinement, au lieu de l’effervescence printanière traditionnelle de mars et avril, nous avons connu les rues désertes et la découverte de la distanciation sociale. L'environnement n’a pas pu jouer son rôle pour nous aider à percevoir le temps.

Le cerveau a soif de nouveautés. Notre cerveau est aussi très capricieux quand il s’agit d’enregistrer ce qui se passe: la priorité est donnée à la nouveauté, à l’inattendu, à l’émotionnel. Pendant la pandémie, beaucoup d'entre nous ont manqué de tout cela. Ceux qui étaient assis en permanence dans leur bureau à domicile et rencontraient peu d'autres personnes vivaient moins d'expériences. L'état d'esprit et l'âge jouent également un rôle.

Or le cerveau a besoin d’impressions nouvelles. Lorsque nous ne sommes pas concentrés, nous percevons plus de choses autour de nous, et le temps passe subjectivement plus lentement. C’était le cas pendant le confinement, lorsque beaucoup de temps passait, mais peu de choses pouvaient être accomplies.

La pandémie nous paraîtra très courte. Rétrospectivement, quel sera l’effet de la pandémie? Cette distorsion de la perception du temps aura aussi des bons côtés. Les vacances – typiquement riches en expériences nouvelles et passionnantes – passent généralement en un claquement de doigts. Mais dans notre souvenir, le temps des vacances semble particulièrement long. C’est ce que Claudia Hammond appelle le «paradoxe des vacances». Ainsi, pour ceux qui n'ont rien vécu de remarquable au cours de l'année écoulée, rétrospectivement, la pandémie, avec toutes ses restrictions, paraîtra probablement très courte.

L’étude à la loupe

L’étude. The passage of time during the UK Covid-19 lockdown

Le commentaire. Les auteurs soulignent que d'autres facteurs que le confinement peuvent avoir eu une influence sur la notion du temps et n'ont pas été pris en compte, par exemple la consommation d'alcool. En outre, l'étude a été menée en Grande-Bretagne et la notion du temps peut varier selon les cultures. L'étude ne peut donc fournir que des indications et doit être confirmée par d'autres recherches.

La fiabilité. Etude évaluée par des pairs, 604 personnes au Royaume-Uni interrogées en ligne en avril alors qu'elles avaient déjà connu au moins 14 jours de confinement.

Le type d'étude. Etude d'observation/enquête.

Le financement. Non spécifié.

Traduit et adapté de l’allemand par Dorothée Fraleux et Sarah Sermondadaz