Paludisme: l'Académie française de médecine prend position contre l'Artemisia

Un plant d'artemisia. Image: Creative Commons

L’Académie de médecine française a publié une prise de position particulièrement critique sur le recours aux feuilles séchées d’artemisia dans la prise en charge du paludisme. Elle met en garde contre des «recommandations scientifiquement incertaines et irresponsables».

Rappel des faits. Les ACT (artemisinin-based combination therapy) sont les traitements conventionnels actuellement recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour traiter les crises de paludisme.

Nées dans les années 2000, ces thérapies combinent différentes molécules avec l’artémisinine, principe actif extrait de l’artemisia annua (ou armoise) et qui a valu le prix Nobel à la chercheuse chinoise Youyou Tu en 2015. Des résistances aux ACT ont déjà été rapportées en Asie du Sud-est mais restent rares sur le continent Africain, où l’on recense la majorité des cas de paludisme.

Pourquoi c’est complexe. Face au manque d’accès aux ACT, des acteurs locaux et des ONG occidentales promeuvent le recours aux feuilles séchées d’artemisia sous forme de décoction ou de poudre. En France, l’association “La Maison de l’Artemisia” est particulièrement active sur ce terrain. Elle a développé des programmes dans de nombreux pays africains pour apprendre aux populations locales à cultiver l’artemisia annua mais aussi l’artemisia afra (qui ne contient pas d’artemisinine) et à l’utiliser en traitement contre les crises de paludisme.

Cette démarche est contestée par l’OMS et de nombreux experts scientifiques. L’usage de remèdes contenant des concentrations incertaines et souvent faibles d’artémisinine pourrait notamment faire émerger des résistances à cette molécule sur le continent africain, ce qui constituerait une réelle catastrophe alors qu’il n’y a pas à l’heure actuelle d’alternatives aux ACT.

Pourquoi un tel intérêt. Quelques groupes de recherche dans le monde travaillent actuellement sur le recours aux feuilles séchées d’artemisia. C’est le cas de Pamela Weathers, professeure de biochimie au Worcester Polytechnic Institute (Etats-Unis).

Elle a récemment signé une publication qui montrait l’intérêt des feuilles séchées d’artemisia annua pour la prise en charge de 18 patients congolais résistants aux ACT et à l’artesunuate [molécule utilisée pour les crises sévères de paludisme]. «Mais ces tests dits “compassionnels” doivent impérativement être confirmés par d’autres études», commentait-elle en 2018 dans Le Monde Afrique.

Pamela Weathers a justement cosigné une étude fin 2018 dans la revue Phytotherapy, qui démontre sur plus de 900 patients congolais l’efficacité de décoctions d’artemisia annua et afra dans la prise en charge des crises de paludisme chez les patients de plus de 5 ans.

Pourquoi cette prise de position. Réalisé en collaboration avec la fondatrice de La Maison de l’artémisia, la Dre Lucile Cornet-Vernet, cet essai contrôlé en double aveugle ferait l’objet de “nombreuses insuffisances méthodologiques” selon l’Académie de médecine française, qui souligne aussi un évident lien d’intérêt et estime que l’article aurait dû être rejeté.

Les auteurs de l’étude soulignent eux dans la conclusion de leur étude que l’artemisia contient plus de 10 molécules actives qui agissent en synergie, ce qui rend peu probable l’émergence de résistance à l’artémisinine. Ils notent par ailleurs qu’il est important que d’autres essais à plus large échelle soient réalisés afin d’en apprendre plus, notamment sur les posologies adaptées aux enfants et aux femmes enceintes.

Contactée par Heidi.news, Pamela Weathers a regretté ne pas pouvoir s’exprimer sur la position de l’Académie, disponible uniquement en français.

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Lire la prise de position de l'Académie française de médecine (FR)