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Les villes, entre densification et développement des espaces verts

Zurich ne s'étale pas vers l'extérieur mais se densifie. Au détriment des espaces verts? Photo: pixabay/suju-foto

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Partout dans le monde, la pandémie a vu se diffuser des images similaires au printemps 2020: des gens qui se retrouvent dans des parcs pour se promener, faire du vélo, pique-niquer ou simplement profiter du soleil. Que ce soit à Nagoya, dans le Vermont, à Oslo ou à Berne, les citadins ont recherché des espaces verts dans leur cadre de vie, pour se déplacer, se détendre, et se retrouver entre amis. Mais à Zurich comme dans d’autres villes, les parcs ont fermé, car les autorités sanitaires craignaient que les règles de distanciation sociales n’y soient pas respectées.

Pourquoi c’est important. Les habitants des villes auraient-ils un besoin viscéral de nature révélé par la pandémie? C’est ce que confirment les résultats de plusieurs études en Asie, Europe, aux États-Unis et en Suisse, qui ont étudié le comportement des populations urbaines pendant le premier confinement de 2020. L’analyse des données mobiles de Google a aussi montré une fréquentation accrue des espaces verts et des forêts proches des villes. Ce qui pose la question de l’organisation actuelle des villes.

Le confinement, révélateur du besoin d’espace verts. Les fermetures des espaces verts, au printemps 2020, ont eu des conséquences indirectes. Pour Axel Fischer, responsable des parcs et des espaces verts de la ville de Zurich:

«Ces fermetures ont conduit les gens à se déplacer vers d'autres espaces verts: forêt, campagne…»

Pendant la crise, le besoin de nature semble avoir été particulièrement fort. Ingo Kowarik de l’Université technique de Berlin étudie depuis longtemps les espaces verts urbains. Dans une étude publiée avec Fritz Kleinschroth de l'ETH Zurich, il a analysé les tendances montrées par les recherches Google pendant le premier confinement de 2020. «Se promener» arrivait largement avant «faire les courses» ou « manger au restaurant».

Pour ces chercheurs, c’est un signe que les citadins ont ressenti un fort besoin de se mettre au vert pendant la pandémie. Ils appellent à en tenir compte pour mieux planifier les villes. D’après Ingo Kowarik:

«Pour que nous puissions garantir la qualité de vie dans les villes, des infrastructures végétales doivent être mise en œuvre de manière cohérente.»

Cela signifie que les villes doivent être dotées d'un réseau dense d'espaces verts et de points d’eau.

Densification contre espaces verts. Mais les espaces verts sont sous pression: la population urbaine augmente dans le monde et il faut créer des logements supplémentaires. Selon l'ONU, la majorité de la population vit déjà dans les villes, et ce chiffre devrait atteindre 68% d'ici 2050. «À Zurich, nous prévoyons une augmentation de 100 000 habitants d'ici 2040», déclare Axel Fischer, de la ville de Zurich. Cela équivaut à une croissance de plus de 20% Et comme Zurich ne peut pas se développer vers l'extérieur, la ville doit se développer vers l'intérieur, c'est-à-dire se densifier. Et cela se fait souvent au détriment des prairies, des jardins et des arbres.

Cette évolution pourrait cependant se révéler fatale pour la qualité de vie future des villes. Car deux autres crises doivent être surmontées, en plus de Covid-19: la perte de la biodiversité et le changement climatique. Certes, des études ont montré que la biodiversité dans les villes suisses, avec leurs nombreux types d’habitats, est plus élevée que dans certaines terres agricoles cultivées. Cependant, l'activité de construction croissante exerce une pression constante sur la biodiversité. Et le climat se réchauffe particulièrement dans les zones d'habitation denses.

La nature, utile en ville. Disposer d’espaces verts urbains diversifiés — arbres, jardins, parcs, prairies, forêts, toits végétalisés, jardins urbains et façades vertes, rivières et lacs — est extrêmement important, tant pour la biodiversité que pour le climat. En effet, la nature n’est pas seulement un lieu de loisirs: c’est aussi un habitat pour de nombreuses espèces végétales et animales, c’est d’elle dont dépend l’agriculture et notre approvisionnement en eau potable. Elle purifie l'air et le sol, protège du bruit, régule l'équilibre hydrique, et en particulier, permet de lutter contre la chaleur.

Elle permet aussi l’enseignement en plein air, joue un rôle essentiel dans la cohésion sociale, par exemple grâce aux jardins communautaires, et bien sûr, elle est essentielle pour notre la santé mentale. Une étude récente menée à Leipzig a montré que ds personnes socialement défavorisées souffrent moins de dépression si de nombreux arbres poussent dans leur lieu de vie.

Penser les espaces verts en réseau. Kevin Vega, écologiste à l'ETH de Zurich, a étudié l'impact de l'urbanisme sur la biodiversité végétale. Il cite trois facteurs qui ont une influence positive :

  • la taille des espaces verts,

  • leur répartition équilibrée,

  • le nombre d'espèces présentes dans chaque espace vert.

Il soutient que chaque espace naturel doit nécessairement être connecté aux autres. D’après lui:

«Il faut penser la ville comme un écosystème.»

À Zurich, des petites surfaces telles que les bordures d'arbres, les massifs d'arbustes sauvages ou les bandes végétales le long des voies de tram et des rues représentent 80% du nombre total d'espaces verts. «Toutefois, comme elles sont souvent isolées, il faut soigner leur connectivité» ajoute-t-il.

Ingo Kowarik, de l'Université technique de Berlin, recommande aux urbanistes de développer des concepts hybrides «vert et gris » pour le développement urbain. Il s’agit de combiner les zones bâties – les bâtiments, les rues, les cours intérieures ou les avenues, avec des usages écologiques et sociaux.

«On peut ainsi créer des jardins, des maisons végétalisées, des friches ou de petits parcs de quartier. Cependant, ce n'est pas facile à mettre en œuvre, car cela nécessite non seulement une coopération étroite entre des acteurs de la ville très différents et des acteurs privés, mais aussi une vraie volonté politique.»

Trois à quatre générations. «Les questions écologiques vont prendre de plus en plus d'importance dans la planification urbaine», explique Axel Fischer. Cependant, rendre Zurich plus verte n'est pas une tâche aisée. Car contrairement aux villes européennes, dont le cœur est souvent médiéval, Zurich a un schéma de construction très serré. Cela laisse moins de place aux nouveaux espaces verts. Néanmoins, la ville prévoit d'aménager cinquante hectares de nouveaux espaces verts au cours des prochaines années, et d'autoriser de nouvelles utilisations mixtes sur soixante hectares. Axel Fischer souligne:

«On ne peut pas faire ça du jour au lendemain. Bien que nous ayons déjà commencé, la transformation écologique de la ville prendra trois à quatre générations.»

L’étude à la loupe

L’étude. Urban street tree biodiversity and antidepressant prescriptions

Le commentaire. Le lien entre la diminution des prescriptions d'antidépresseurs et les rues plus végétale n'est pas encore prouvé par cette étude, car d'autres facteurs non pris en compte pourraient également avoir une influence. L'étude donne une indication, mais doit être confirmée.

La fiabilité. Revue par les pairs.

Le type d'étude. Étude observationnelle.

Le financement. Fondation allemande pour la recherche.