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Les sommets alpins passent du blanc au vert, et ce n'est pas une bonne nouvelle

Rochers de Naye, dans les Préalpes vaudoises, à une altitude d'environ 2000 m (image d'illustration). | Unsplash / Gabriel Garcia Marengo

En Suisse, c’est l’image d’Epinal du dérèglement climatique: les cimes enneigées qui se réduisent comme peau de chagrin. Observé par satellite depuis l’espace, le phénomène n’est toutefois pas aussi visible que l’on pourrait s’y attendre, selon des travaux auxquels ont participé des chercheurs de l’Université de Lausanne et de Bâle. Selon eux, la vraie couleur du changement climatique au-delà de 1700 m d’altitude, c’est d’abord… le vert.

Pourquoi c’est singulier. A cause de la hausse des températures, la limite pluie-neige grimpe peu à peu… de même que la végétation, qui colonise de nouveaux territoires et se développe désormais bien au-dessus de la limite des arbres. Le phénomène avait déjà été mis en évidence dans l’Arctique, et de façon ponctuelle dans plusieurs régions du monde, mais jamais de façon aussi systématique. C’est l’analyse la plus complète jamais réalisée de l’évolution de la productivité végétale dans les Alpes.

Des montagnes scrutées par satellite. L’étude, réalisée par une équipe suisse avec la collaboration de chercheurs néerlandais et finlandais, a été publiée dans la revue Science. Antoine Guisan et Grégoire Mariethoz, professeurs à l’Université de Lausanne, y ont participé.

  • Ils expliquent s’être basés sur près de 37 ans d’images satellitaires, saisies entre 1984 et 2021, pour scruter l’évolution du couvert neigeux d’une part et végétal d’autre part.

  • Ils se sont intéressés aux zones au-delà de la limite des arbres, au-dessus de 1700 mètres, en excluant les glaciers qui représentent un cas particulier.

Grégoire Mariéthoz explique: «Nous avons pu observer des changements rapides des paysages grâce aux satellites d’observation de la terre Landsat, qui ont permis une résolution, inégalée sur une telle durée, de 30 mètres par pixel.»

Sabine Rumpf, professeure à l’Université de Bâle, qui a mené cette recherche, ajoute:

«Les premiers indices du phénomène de verdissement de zones précédemment enneigées ont d’abord été détectés en Arctique. Plus récemment, d’autres études ont été publiées, qui s’intéressaient localement à la situation dans les Alpes ou l’Asie centrale, mais aucune sur une période aussi longue et avec la résolution de notre étude.»

Et le constat est sans appel: sur la période, la biomasse végétale d’altitude a augmenté de façon significative dans plus de 77% des Alpes. Concrètement, les images satellites ont permis de calculer un indice baptisé «normalized difference vegetation index» (NDVI), qui permet d’évaluer rapidement la quantité de végétation. Antoine Guisan:

«Les résultats sont spectaculaires. Des études précédentes évaluaient ce “verdissement” à 56%. Nous montrons que ce chiffre est en réalité bien plus élevé.»

Ces tendances s’expliquent par le changement climatique, qui rallonge la saison de croissance des plantes, tout en modifiant les régimes de précipitations, expliquent les chercheurs.

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