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Les problèmes que le tourisme spatial va poser pour le climat

Jeff Bezos devant la fusée New Shepard de sa société Blue Origin | EPA BLUE ORIGIN

Après Richard Branson le 11 juillet dernier à bord d’un vaisseau de sa société Virgin Galactic, c’est au tour de l’homme le plus riche du monde de s’envoler aux limites de l’espace. Jeff Bezos, ancien PDG d’Amazon et fondateur de Blue Origin, va décoller le 20 juillet. Il s’élèvera à une altitude d’un peu plus de 100 km à bord d’une fusée New Shepard et goûtera à une dizaine de minutes d’apesanteur. Pour ces milliardaires qui se rêvent en magnats de l’espace, il s’agit de montrer qu’un tourisme spatial de niche est possible. Mais une incertitude demeure: l’impact futur de ce secteur d’activité sur le climat.

Où est le problème? Il n’est pas surprenant que les activités aérospatiales, au même titre que les activités aéronautiques, polluent et émettent des gaz à effet de serre. Citée par le Guardian, Eloise Marais, chercheuse spécialisée dans l’impact des combustibles sur l’atmosphère au University College de Londres, rappelle que si ces émissions semblent faibles aujourd’hui comparées à celles de l’aviation civile, elles augmentent plus rapidement, au rythme de 5,6% par an. Surtout, l’impact est sans commune mesure. «Pour un vol à long courrier, c’est 1 à 2 tonnes de CO2. Pour un lancement de fusée, il faut compter 200 à 300 tonnes.»

Une question d’altitude. Par contraste avec l’aviation civile, la pollution du tourisme spatial n’est plus seulement émise dans la couche basse de l’atmosphère — la troposphère —, mais aussi dans les parties hautes de l’atmosphère.

Les sous-produits de la combustion, qui diffèrent en fonction des technologies utilisées pour les moteurs, peuvent avoir des effets durables, et notamment altérer la couche d’ozone. Même la vapeur d’eau produite par le New Shepard — généralement considéré comme plus «propre» — n’est pas anodine pour le climat à cette altitude, car elle altère la mécanique de formation des nuages.

Les risques à long terme. Selon une étude de marché citée par le Guardian, le marché du tourisme spatial pourrait dépasser 2,5 milliards de dollars en 2031, avec une croissance de plus de 17% par an au cours de la prochaine décennie. Au bout du chemin, c’est donc la question environnementale et climatique qui se posera avec la multiplication des vols spatiaux récréatifs.

Dans une tribune publiée en 2020 sur le site The Conversation, trois chercheurs français estimaient l’impact d’un vol de Virgin Galactic chargé de six passagers à 4,5 tonnes équivalent CO2 par passager. L’équivalent d’un tour du monde en voiture, seul au volant…

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A lire sur le site du Guardian (EN)

Tableau de bord climat

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