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Les plantes vertes peuvent-elles vraiment purifier l’air intérieur?

Les plantes d'intérieur peuvent améliorer la qualité de l'air, mais ne remplacent pas l'aération d'une pièce. Photo:pixabay/Bernd Hildebrandt

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Les plantes d’intérieur ont la vie dure. Même les plus simples à entretenir doivent en général composer avec trop ou trop peu d’eau, trop ou trop peu de lumière… En clair, elles sont à la merci de leur propriétaire. Nous devrions les traiter avec un peu plus d’égards: il se peut en effet qu’elles soient utiles pour purifier l’air intérieur.

Pourquoi c’est intéressant. La plupart d’entre nous passons 80 à 90% de notre temps à l’intérieur. Or, dans les pièces fermées, l’air est souvent de mauvaise qualité: particules fines, aérosols et parfois même substances toxiques. Les plantes vertes peuvent aider, au moins un peu. Mais elles ne sont pas non plus miraculeuses.

Photosynthèse et CO2. De jour, les plantes absorbent le CO2 de l’environnement et libèrent de l’oxygène à la place. Plus les feuilles sont grandes, plus la conversion du CO2 en oxygène est importante. Mais une seule plante n’entraîne pratiquement aucune différence dans la qualité de l’air intérieur.

Des équipes de recherche ont ainsi calculé qu’un Syngonium podophyllum ou patte d’oie, aurait besoin de feuilles d’une surface de 57 m² (!) pour compenser le CO2 rejeté par une seule personne dans un bureau de 43 mètres cubes. Autrement dit: si l’on prend une pièce de deux mètres de haut, quatre mètres de large et cinq mètres de long, et étant donné que les Syngonium ont en moyenne dix feuilles, pour une surface moyenne de 20 cm² par feuille, il faudrait donc 28 plantes dans cet espace pour éliminer la production de CO2 d’une seule personne. Aérer régulièrement est plus efficace!

Mais même si les plantes d'intérieur ne peuvent réduire que légèrement la concentration de CO2, elles restent intéressantes à d’autres égards. Par exemple, elles ont un effet positif sur l'humidité et la température de l'air: elles augmentent généralement l'humidité et rafraîchissent la pièce. Et elles ont des effets psychologiques positifs.

La purification de l’air. Les plantes purifient aussi l’air. D’un côté, la photosynthèse libère des ions chargés négativement qui peuvent contribuer à nettoyer l'air de la poussière et des aérosols. Mais là encore, les plantes vertes ne produisent que très peu d’ions, surtout à l'intérieur.

Mais d'autre part, diverses plantes absorbent des polluants tels que:

  • le trichloréthylène,

  • le formaldéhyde,

  • l'ammoniac,

  • le benzène,

  • le xylène

  • ou encore le toluène.

Différentes parties de la plante interviennent, par exemple les racines et les bactéries qui y vivent. Toutefois, les conditions de vie doivent être adaptées. Par exemple, dans une expérience, le lierre a éliminé efficacement le formaldéhyde de l'air, mais à une température ambiante de 21 degrés seulement.

Le problème des conditions réelles. Le problème, c’est que beaucoup des expériences sur le pouvoir de purification des plantes ont lieu dans des espaces isolés, c’est-à-dire dans des conditions qui ont peu à voir avec la réalité. On ne sait toujours pas précisément si les plantes sont réellement utiles pour améliorer la qualité de l'air intérieur et réduire les polluants. Une expérience dans une école a montré que la qualité de l’air s’est améliorée. En revanche, une récente étude de synthèse sur des expériences menées dans des boîtes fermées tend plutôt vers la conclusion inverse.

Les bonnes plantes d’intérieur. En règle générale, de la verdure avec une grande masse de feuilles permet de mieux humidifier et dépoussiérer l’air que les plantes à fleur. Mais certaines plantes sont-elles meilleures que d’autres? Oui, selon des expériences menées par des chercheurs en collaboration avec la Nasa. On retrouve le lierre commun (Hedera helix), et, parmi les plantes non originaires de Suisse, le palmier bambou (Chamaedorea seifritzii), l'Aglaonema modestum, le Gerbera jamesonii, le dragonnier (par exemple Dracaena deremensis et Dracaena marginata), le chanvre arqué (Sansevieria laurentii), le chrysanthème des jardins (Chrysantheium morifolium), le spathiphyllum et le Ficus benjamina.

D'autres chercheurs ont identifié d'autres plantes comme le lierre rouge (Hemigraphis alternata), la fleur de porcelaine (Hoya carnosa) ou l'asperge ornementale (Asparagus densiflorus).

Plantes vertes et microbiome. Les plantes ont aussi un autre effet: elles influencent le microbiome, soit l’agencement des micro-organismes dans l’espace intérieur. Les plantes amènent leurs propres microorganismes et augmentent la diversité du microbiome d’une pièce, ce qui est bon pour le système immunitaire. D’après Gabriele Berg, professeur de biotechnologie environnementale à l'université de technologie de Graz:

«Même le chlorophytum, qui a l'air si stérile, est colonisé par plus de micro-organismes que la terre ne compte d'habitants.»

Gabriele Berg dirige le projet de recherche « Micro-organismes associés aux plantes dans les environnements intérieurs». Dans le cadre de cette recherche, elle a mis en lumière l’existence de bactéries et de champignons qui déposent sur les feuilles un film protecteur antibactérien. Elle complète:

«Là où il y a une grande diversité bactérienne, il y a moins de pathogènes multirésistants. [Les micro-organismes associés aux plantes d’intérieur] combattent également les bactéries pathogènes pour l'homme et les empêchent de coloniser les espaces intérieurs».

Ainsi, les plantes présentes dans la pièce rendent également la vie difficile aux agents pathogènes qui pourraient s'attaquer aux humains.

La toxicité des plantes vertes. Les plantes vertes peuvent aussi rejeter des substances nocives, en particulier quand elles sont soumises à de mauvaises conditions – mais là encore, seulement en très petites quantités. Les personnes à la santé fragile peuvent éviter ces effets négatifs en choisissant des plantes hydroponiques, c'est-à-dire des plantes qui ne sont pas enracinées dans la terre, mais dans des récipients remplis d'eau. Et si une plante vient à moisir, cela peut-il poser problème? Gabriele Berg:

«En général, il faut être prudent avec les moisissures, car elles forment des spores qui se propagent. Et certaines personnes y sont allergiques.»

En cas de doute, mieux vaut éliminer une plante qui moisit.

Un dernier point à prendre en compte: évitez de placer des plantes en trop grand nombre dans votre chambre à coucher, car elles peuvent libérer du CO2 pendant la nuit – une fois encore, en petites quantités.

L’étude à la loupe

L’étude. Can hydroculture be used to enhance the performance of indoor plants for the removal of air pollutants?

Le commentaire. L'étude s'est déroulée dans des conditions contrôlées, qui ne peuvent être directement transposées à la réalité. L'étude est donc à prendre avec précaution et doit être confirmée par des recherches complémentaires.

La fiabilité. Relu par des pairs, contrôlé, 16 pots avec la plante Syngonium podophyllum, déjà âgée de 133 jours. Certains en hydroponie, d'autres en terre.

Le type d’étude. Etude expérimentale.

Le financement. Horticulture Australia Limited, Ambius Ltd, Gouvernement australien.