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Les gouvernements au chevet de la planète: la COP26 au jour le jour

EPA/KEYSTONE/JONNE RORIZ / POOL

Cet article récapitule les décisions et les temps forts de la COP26 du 1er au 2 novembre inclus à Glasgow.

Le deuxième et dernier jour du World Leaders Summit, qui ouvrait la COP26, a touché à sa fin le 2 novembre. Déforestation et méthane ont pimenté les négociations.

Après les paroles, les jets privés. Après son discours d’ouverture appelant à agir rapidement face à l’urgence climatique, le premier ministre britannique Boris Johnson a regagné Londres en avion, moyen de transport bien plus polluant que le train. De quoi essuyer quelques critiques. Comme le relève Le Temps, d’autres dirigeants sont également pointés du doigt pour leurs déplacements peu écologiques, comme le président américain Joe Biden, dont le convoi au G20 de Rome a totalisé plus de 80 véhicules.

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Un accord pour les forêts. Lors de l'événement dédié aux forêts et à l’usage des terres qui a eu lieu ce mardi, le premier ministre Boris Johnson a annoncé un accord mondial visant à enrayer la déforestation. Ainsi, une centaine d’Etats représentant 85% des forêts mondiales — dont les principaux pays forestiers que sont le Brésil, l'Indonésie et la République démocratique du Congo — se sont engagés à inverser la perte de forêts et la dégradation des terres d’ici 2030. Un engagement qui serait soutenu à hauteur de près de 20 milliards de dollars, dont 12 milliards de fonds publics pour les forêts et plus de 7 milliards d'investissements publics-privés.

Le méthane en ligne de mire. 105 Etats ont rejoint un place global pour le méthane, initiative portée par les Etats-Unis et l’Union européenne pour réduire enfin les émissions de ce puissant gaz à effet de serre. L’enjeu est d’abaisser, en 2030, de 30% les émissions mondiales de méthane par rapport aux niveaux de 2020, rappelle Le Monde. Les signataires représentent 70% de l'économie mondiale et la moitié des émissions mondiales, et les Etats-Unis ont dévoilé une feuille de route décrivant leur plan pour parvenir à cet objectif. Toutefois la Chine, l’Inde et la Russie, qui pèsent au total pour un tiers des émissions, ne figurent pas parmi les signataires. Selon le think-tank Ember, toutefois, le méthane qui s’échappe des mines de charbon ne serait pas couvert par l’accord. Selon Ember, l’impact de ce méthane sur le climat serait, à lui seul, plus important que toutes les émissions de CO2 de l’Europe.

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L’Inde, net zero d’ici 2070. Le premier ministre indien Narendra Modi a promis que l'Inde atteindra zéro émission nette d'ici 2070 en annonçant une série d’objectifs climatiques, relate Climate Change News. Parmi ces nouvelles ambitions: que la moitié de l’énergie du pays provienne de sources renouvelables d’ici 2030. Son objectif précédent (datant de 2016), visant à atteindre 40% de renouvelables d’ici 2030, serait presque atteint depuis cet été.

Pour y parvenir, le premier ministre compte notamment atteindre 500 GW de capacité installée d'énergie renouvelable, comprenant des petites centrales hydroélectriques, d'ici 2030. Cette décision signifie que les dix plus grandes puissances charbonnières du monde se sont à présent engagées à atteindre la neutralité carbone.

Le Glasgow Breakthrough Agenda, un plan visant à coordonner l'introduction de technologies propres, y compris l'électricité et les véhicules électriques pour réduire leur coût, a été approuvé par les dirigeants mondiaux hier.

Les USA s’accrochent au 1,5°C. Les États-Unis ont rejoint la High Ambition Coalition lors des pourparlers de l'ONU sur le climat, qui veille à ce que l'objectif de limitation du réchauffement planétaire à 1,5°C soit un élément clé de l'accord de Paris, comme le relate le *Guardian. *Cette décision de la plus grande économie mondiale et du deuxième plus gros émetteur, après la Chine, marque un coup de pouce significatif d’axer le sommet de la COP26 sur cette trajectoire ambitieuse.

Finance climatique. Le premier ministre japonais, Fumio Kishida, a promis de fournir 10 milliards de dollars supplémentaires pour financer la transition climatique des pays en développement, soit deux milliards de plus par an pendant cinq ans.

La protection des océans. L’envoyé spécial américain pour le climat John Kerry s’est engagé à ce que le pays gère de façon durable toutes ses zones marines d’ici 2025. Les Etats-Unis rejoignent ainsi, au sein du Ocean Panel, l’Australie, le Canada, le Chili, les Fidji, le Ghana, l’Indonésie, la Jamaïque, le Japon, le Kenya, le Mexique, la Namibie, la Norvège, les Palaos et le Portugal. John Kerry n’a toutefois dévoilé que peu de détails concrets à ce sujet, rappelle le Washington Post.

Et la Suisse? Le président de la Confédération Guy Parmelin, qui représentait la Suisse lors du Sommet mondial des dirigeants, a rappelé que les efforts actuels sont encore loin d’être suffisants pour contenir le réchauffement à +1,5°C. «J’appelle tous les pays, et particulièrement les grands émetteurs, à viser la neutralité climatique au plus tard d’ici 2050. Mais cela ne suffit pas. Il faut traduire ces objectifs à long terme en actions à court terme. J’appelle ainsi tous les pays à soumettre des objectifs climatiques ambitieux pour 2030». Dans les prochains jours, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga et le conseiller fédéral Ueli Maurer représenteront également la Suisse à Glasgow.

Le président de la Confédération s’est aussi exprimé lors d’une table ronde à l'occasion du premier événement organisé par l’Université de Genève dans le cadre du pavillon de la COP26 dédié à la cryosphère.

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Inaccessible aux personnes handicapées. La COP26 ne serait pas accessible aux personnes à mobilité réduite. La ministre israélienne de l’Energie Karine Elharrar a déclaré qu'elle ne pouvait pas assister au sommet de la COP26 lundi parce qu'il était impraticable aux fauteuils roulants, malgré ses tentatives pendant deux heures. Un responsable de la délégation israélienne a déclaré qu'ils se sont formellement plaints auprès des organisateurs.

1er novembre: World Leaders Summit

La COP26 s’est ouverte au lendemain d’un sommet du G20 à Rome, où les leaders se sont engagés à atteindre la neutralité carbone «d'ici ou vers le milieu du siècle» et de mettre fin au financement de centrales à charbon à l’étranger d’ici la fin de l’année, sans pour autant planifier d’abandonner l’utilisation domestique de cette énergie polluante. Selon diverses ONG et des responsables onusiens, leurs engagements, disponibles dans leur communiqué, seraient bien trop maigres.

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Un cliché des dirigeants du G20 jetant une pièce dans la fontaine de Trevi a été critiquée ce dimanche. On les accuserait de se fier à la chance, plutôt qu’à des mesures ambitieuses (Roberto Monaldo/LaPresse via AP).

Comme pour marquer le coup, la météo s’est révélée capricieuse, avec des orages et tornades annoncées, occasionnant quelques retards de trains en direction de Glasgow.

Une ouverture 007. Dans son discours d’ouverture, le premier ministre britannique Boris Johnson a appelé à agir contre le climat en James Bond. Suivi d’une nuance: Mais «ce n'est pas un film et la machine destructrice est réelle», a-t-il affirmé. S’il a pointé du doigt certaines solutions, comme renoncer aux voitures à essence, décarboner l’économie et lutter contre la déforestation grâce aux technologies, le premier ministre a insisté: «La question est si nous en avons la volonté ou non. Plus nous attendrons, plus la situation empirera.» Si la COP26 se révèle un échec, la prochaine génération «ne nous pardonnera pas» et «nous jugera avec ressentiment», a-t-il déclaré.

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De son côté, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres a déclaré que «nous creusons notre propre tombe» et a insisté sur la nécessité de «garder en vie» l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C.

Echec de la solidarité internationale. Des représentantes de communautés particulièrement vulnérables face aux effets du changement climatique se sont aussi exprimées sur la tribune cet après-midi. Parmi elles, une jeune activiste de la forêt amazonienne brésilienne, Txai Suruí, a annoncé: «La Terre nous parle et nous dit que nous n’avons plus le temps. Le changement n’est pas pour 2050 ou 2030, mais pour maintenant. Les peuples autochtones sont aux avant-postes du changement climatique, et nous devrions être au centre des négociations.» Pour rappel, depuis cet été, la forêt amazonienne émet plus de carbone qu’elle n’en absorbe.

La première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a quant à elle qualifié d’«immoral et d’injuste» l’échec des pays riches à tenir leur promesse de porter à 100 milliards de dollars par an leur soutien climatique aux pays pauvres. Découvrez son discours poignant:

Les grands absents. Comme le relate Le Temps, la liste des absents à la COP26 s’allonge. Après les présidents chinois Xi Jinping (la Chine est le premier émetteur de gaz à effet de serre au monde) et russe Vladimir Poutine, c’est au tour de leur homologue turc Recep Tayyip Erdogan de bouder la COP26. Initialement attendu lundi à Glasgow, il serait retourné en Turquie dans la nuit de dimanche à lundi, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu, sans préciser si un retour est prévu.

Le retour des Etats-Unis. «Les Etats-Unis sont non seulement “de retour à la table” des discussions, mais veulent mener ce combat», a lancé le président américain Joe Biden lundi. Ayant à nouveau rejoint l'Accord de Paris après un retrait sous Donald Trump, les Etats-Unis devrait contribuer pour la première fois au Fonds pour l’adaptation du climat. Joe Biden assure que son plan en faveur des familles et de l’environnement, que le Congrès n'a pas encore approuvé après plusieurs semaines de discussions, créerait des millions d'emplois. Le pays s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de moitié d’ici 2030 par rapport à 25 ans plus tôt.

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Lettre ouverte suisse pour la santé. En Suisse, des spécialistes de la santé publique ont adressé une lettre ouverte, signée par plus de 1000 personnes, à Alain Berset à l'occasion de l'ouverture de la COP26. Leur requête: que la Suisse adapte son système de santé aux défis du changement climatique. «Le dérèglement climatique représente la plus grande menace pour la santé dans le monde au 21e siècle», ont-ils déclaré. Les scientifiques demandent ainsi à la Suisse de respecter les engagements de l’Accord de Paris, et d'élaborer un plan national pour l’élaboration d’un système sanitaire adapté aux maladies dues au changement climatique.

A titre d’exemples, les signataires mentionnent une hausse des cas de maladies respiratoires et cardio-vasculaires liées à l'air pollué, ainsi que des décès dus aux vagues de chaleur. La santé représente 6,7% du total des émissions de carbone en Suisse.

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Le calendrier

Première semaine:

  • Mardi 2 novembre: second jour du World Leader’s Summit, le rassemblement des chefs d’Etats.

  • Mercredi 3 novembre: Finance — mobiliser des fonds publiques et privés pour la mitigation et l’adaptation.

  • Jeudi 4 novembre: Energie Accélérer la transition globale pour des «énergies propres».

  • Vendredi 5 novembre: Jeunesse et autonomisation (empowerment) du public — Faire entendre la voix des jeunes et démontrer le rôle essentiel de l'autonomisation et de l'éducation du public dans l'action climatique.

  • Samedi 6 novembre: Nature — Veiller à ce que l'importance de la nature et de l'utilisation durable des terres fasse partie de l'action mondiale contre le changement climatique et d'une reprise propre et verte.

Deuxième semaine:

  • Lundi 8 novembre: Adaptation, perte et dommages — Apporter des solutions pratiques nécessaires à l’adaptation aux impacts climatiques et aux pertes et dommages.

  • Mardi 9 novembre: Genre — Faire progresser l'égalité des sexes et la participation pleine et significative des femmes et des filles à l'action climatique. Sciences et innovation — Démontrer que la science et l'innovation peuvent fournir des solutions climatiques pour répondre et accélérer une ambition accrue.

  • Mercredi 10 novembre: Transport — Conduire la transition mondiale vers le transport zéro émission.

  • Jeudi 11 novembre: Villes, régions et environnements bâtis — Faire progresser l'action dans les lieux où nous vivons, des communautés aux villes et régions.

  • Vendredi 12 novembre: Fin des négociations

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.