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Le labo féministe de Gisou van der Goot, biologiste et doyenne à l'EPFL

Photographie de Gisou van der Goot, doyenne de la faculté des sciences de la vie à l'EPFL| Alain Herzog

Cet article fait partie de notre dossier sur la grève des femmes, qui sera enrichi au fil de la journée du 14 juin.

Bonjour, c’est Gisou à Lausanne. Je ne suis pas une nouvelle collaboratrice scientifique de Heidi.news (!) mais biologiste, doyenne de la faculté des sciences de la vie à l'EPFL et rédactrice en cheffe de cette édition spéciale du 14 juin.

Je fais la grève des femmes aujourd’hui. Rassurez-vous, c’est hier que j’ai préparé les lectures et les commentaires que je vous partage ici. Ne soyez pas surpris(es), je ne me limite pas à des sujets de femmes :-)

En ce jour de grève des femmes, nous pensons à toutes celles qui avant nous se sont battues pour plus d’égalité. La Suisse est souvent vue comme étant “en retard” dans ce domaine. Cette photo montre qu’en 1928 déjà, des femmes courageuses bravaient les conventions de ce pays.

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Lors de l’exposition suisse du travail des femmes, en 1928, un escargot géant monté sur un char symbolisait la lenteur des progrès en matière de suffrage féminin en Suisse | Archives sociales suisses.

Voici ma sélection.

1- Les femmes bras croisés, le pays perd pied.

Je fais donc grève ce vendredi et je participerai à la marche qui démarre à 15 heures à l’EPFL pour rallier la place Saint-François, en passant par l’Unil. Pour moi c’était une évidence: il y a trop de choses inacceptables, les remarques sexistes, les inégalités salariales, tout ce qui peut donner à des femmes l’impression qu’elles ne devraient pas être où elles sont. Il faut dire que je ne risque pas grand-chose, je ne vais pas me faire virer! En chemin, je remettrai des fleurs – violettes – à une employée de la cafétéria qui a fait grève en 1991, elle en a perdu son job. Pour me préparer à la grève, j’ai écouté ces trois bons podcasts de la RTS.

2- Zéro pointé pour l’égalité.

Les universités et écoles polytechniques suisses brillent dans des classements prestigieux, mais pas dans ceux de l’égalité! Je vois très bien ce que raconte cette enquête de Heidi.news. Moi-même, il m’est arrivé un truc incroyable la semaine dernière. Je rentrais dans la salle d'un advisory board de l’EPFL qui n'a que des hommes, et une seule membre femme. Avant que tout le monde n'arrive, je glisse à un de mes collègues qu’il faudrait tout de même davantage de femmes dans ce conseil. Un grand patron à côté de lui m’a répondu: “oui, mais ici c’est au mérite”...

3- Ces femmes qui ont compté dans l’ombre.

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Twentieth Century Fox Film Corporation

Le film Hidden Figures avait révélé les contributions majeures de femmes mathématiciennes aux programmes de la NASA à la fin des années 60. Cet exemple n’est pas isolé. Des "calculatrices féminines" s’avèrent être à la base de nombreux travaux scientifiques. Aujourd’hui encore, de nombreuses femmes font de la science, mais elles disparaissent dans les fonctions de direction ou de management. Je sais que les gens n’aiment pas le mot quota, mais il faut fixer des objectifs. Par exemple, quand on cherche un nouveau prof, disons clairement qu’on cherche une femme. La phrase qui dit “à compétences égales, la préférence ira à une femme” est hypocrite, c’est souvent un homme qui l’emporte.

4- Suppression de pages sur des femmes par des éditeurs mâles de Wikipedia.

Sandi Toksvig, co-fondatrice du Women’s Equality Party britanique, dénonce le manque de diversité au sein des éditeurs de Wikipedia, ce qui entraîne la suppression de fiches sur les femmes. En Suisse aussi, allez voir cette fabuleuse notice sur Marie Heim-Vögtlin: à peine quatre lignes (qui valent le coup d’être lues!) pour cette pionnière de la médecine qui a même eu, à son nom, pendant des années, un programme du Fonds national pour la promotion des femmes! (MAJ du vendredi 14 juin: la fiche Wikipedia a été mise à jour ce matin!).

5- Les musées suisses oublient les artistes femmes.

Bravo au Château de Chillon – mon préféré – en tête des musées exposant le plus de femmes. L’art n’a rien à envier à la science! Mes dernières grandes expos: Soulages, Van Gogh et Bonnard à la Tate Modern. Je serais vraiment heureuse de voir des femmes dans ces grands musées, comme Camille Claudel.

6- Science-fiction, l’imaginaire au féminin.

C’est à Genève et par une femme que fut écrit il y a 203 ans l’ouvrage pionnier de la science-fiction: Frankenstein de Mary Shelley. Pourtant, ce sous-genre de la littérature fut longtemps un fief masculin et sexiste, comme le raconte la journaliste et auteure belge Sara Doke. Les personnages féminins étaient archi-caricaturaux: la vierge timorée qu’il faut sauver ou la scientifique vieille-fille frustrée, censée décourager les rares lectrices de devenir indépendantes. C’est la série Star Trek à la fin des années 60 qui fut pionnière en proposant des personnages de femmes puissantes. Cet article, foisonnant, propose de découvrir des plumes de SF féministes ainsi qu’une échelle pour jauger du degré de féminisme d’un livre: du niveau 1 (timide remise en cause du patriarcat) au niveau 10 (scènes de castrations masculines).

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