| | Idées

La Suisse et les cleantech: je t’aime, moi non plus!

Eric Plan

Tout au long de la COP26, Heidi.news vous propose une sélection de tribunes d'experts pour en éclairer les grands enjeux. En ce 4 novembre consacré, à Glasgow, à l'énergie, nous donnons la parole à Eric Plan, secrétaire général de CleantechAlps.

Les détracteurs de la COP26 sont nombreux et la critique est facile. Avec le recul de plus de 10 ans à la tête de CleantechAlps, je reste convaincu qu’il ne sert à rien de parler de problèmes — réels ou à venir — et qu’il est infiniment plus constructif de parler de solutions. De nombreuses solutions existent d’ailleurs déjà sur le marché pour soutenir l’évolution vers une société plus durable. Elles sont économiquement viables, ou en voie de l’être. Leur déploiement à grande échelle reste néanmoins un défi majeur et ceci pour diverses raisons. La Suisse manque-t-elle d’ambition sur le sujet?

L’innovation inclusive

Toute transition nécessite l’adhésion des acteurs. Dans la transition liée au dérèglement climatique les acteurs sont… les citoyens. Cette caractéristique, pourtant basique, est largement sous-estimée dans les politiques publiques actuelles. Cela se manifeste au travers d’un manque de compréhension, voire d’un désintérêt pour les actions de sensibilisation.

On réplique pour le climat le même schéma déployé pour la santé en s’attaquant aux maux plutôt qu’à leurs sources. La clé réside clairement dans la compréhension des changements de comportement, le véritable moteur de ce changement. Cela prend du temps, nécessite des efforts de communication et signifie aussi que les solutions ne sortent pas uniquement des écoles et instituts de recherche… mais aussi des PME et des citoyens.

En voilà un changement de paradigme qu’il est difficile à avaler pour bien des cercles… l’innovation inclusive est déterminante pour les cleantech !

Les silos ont la vie dure

Alors que l’on devrait avoir une unité de doctrine entre cantons et confédération, entre offices fédéraux et services publiques, on observe plutôt sur le terrain une fragmentation qui fait le jeu de certains pans conservateurs de l’économie.

Cette cacophonie est tout simplement irresponsable dans le contexte actuel et ne permettra pas à la Suisse de contribuer à la hauteur de sa capacité d’innovation dans la course actuelle contre le réchauffement. Par conséquent, notre pays ne tirera sans doute pas son épingle du jeu, à sa juste valeur, sur un marché en forte croissance.

Le méthane entre frilosité et manque de volonté

Un accord de réduction des émissions de méthane à l’horizon 2030 vient d’être annoncé à Glasgow. Ce gaz représente aussi la plus grosse source d’émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture suisse. Et si les agriculteurs helvétiques sont sous pression, des solutions locales existent à l’image du produit commercialisé par Agolin. Les additifs alimentaires naturels développés par cette PME vaudoise permettent d’améliorer la digestion des bovins et par conséquent, de réduire leurs émissions de méthane.

Alors que de gros programmes de soutien lié au CO2 tournent dans notre pays, y compris avec des investissements à l’étranger, je constate avec regret que le déploiement de ce type de produits n’en bénéficie pas. A force de se tirer ce genre de balle dans le pied, on va finir cloué au parquet et décourager les PME innovantes. Ceci sans doute au détriment des groupes internationaux… pour un tissu économique formé d’une majorité de PME c’est plus que préoccupant!

Big data et IA au secours du secteur de l’énergie

Nous vivons un moment historique dans le secteur de l’énergie avec l’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) et sa capacité à extraire de la valeur d’immenses quantités de données. Cette technologie a un double effet sur l’écosystème cleantech. D’une part, elle ouvre la porte à des applications permettant le développement de l’économie circulaire, et de l’autre elle contribue à la croissance du secteur cleantech en favorisant les investissements. En effet, les investisseurs sont rassurés d’investir dans des solutions IT, plus proches de leurs critères traditionnels, plutôt que d’investir dans de l’infrastructure lourde ou des équipements technologiques ayant un retour sur investissement beaucoup plus long.

J’ai commencé cet article en parlant de solutions, en voici une que j’aimerais partager avec vous dans le secteur de l’énergie. SmartHelio, véritable docteur des installations photovoltaïques, dont la solution prédictive permet l’amélioration de la productivité et la maintenance des parcs solaires. Cette technologie permet aussi d’identifier les panneaux défectueux et ouvre ainsi la porte à l’immense marché de seconde main des parcs solaires. Il en existe naturellement bien d’autres à l’image de DEPsys, Zaphiro Technologies, Neolec, E-nno ou encore Emissium qui mesure l’empreinte carbone de l’électricité que vous consommez.

Un vivier en pleine croissance

Vous l’aurez compris, notre pays compte bien parmi les leaders en termes de solutions innovantes en lien avec les défis climatiques, mais semble s’être quelque peu endormi sur ses lauriers. Une volonté plus forte de l’Etat dans son rôle d’exemple de déploiement massif de solutions «made in Switzerland» serait nécessaire. Dans cet esprit, Présence Suisse ne s’est pas trompé avec la réalisation d’une exposition itinérante à disposition des ambassades. L’objectif est simplement de partager avec nos partenaires à l’étranger leurs enjeux, défis et les solutions de la Suisse des cleantech.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.