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La reconnaissance faciale à grande échelle est-elle encore tabou en Europe?

La reconnaissance faciale reste polémique, mais son acceptation social est relativement haute. Photo: unsplash/Tobias Tullius

Cet article a été initialement publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch

Un Européen de l'Ouest sur deux serait favorable à la surveillance de la population par les pouvoirs publics grâce à la reconnaissance des visages et la détection des mouvements, selon une étude internationale. Quelles leçons faut-il en tirer?

Pourquoi c’est important. Surveillance vidéo, communications sur écoute, reconnaissance faciale… en 2021, ces technologies sont déjà une réalité dans de nombreux pays, mais pas encore en Europe – et heureusement, ajouteraient les observateurs inquiets. Malgré tout, l’acceptation de la surveillance de masse est plus répandue qu’on l’imagine.

Le contexte. D’après une étude du International Survey Programme en 2016, la Grande-Bretagne et la France seraient les pays européens où la population a le moins de réticences à être surveillée par l’Etat. Le rapport montrait qu'environ 50% des Britanniques étaient favorables à la surveillance des échanges par courrier électronique, et même plus de 80% à la vidéosurveillance et aux écoutes téléphoniques.

En comparaison: les Suisses étaient un peu moins de 40% en faveur de la surveillance du courrier électronique, un peu plus de 50% en faveur de la surveillance vidéo et plus de 80% des écoutes téléphoniques. Sur tous ces points, l'Allemagne se révélait plus critique que la Suisse.

L’étude. Elle a été réalisée par deux chercheurs allemands et publiée dans la revue European Journal of Political Research.

  • Les chercheurs ont interrogé plusieurs milliers de citoyens d’Allemagne, du Royaume-Uni, de France et d’Espagne.

  • Ces quatre pays ont été retenus parce qu’ils possèdent chacun une législation différente visant à encadrer l’usage des données.

  • Il y existe aussi, comme expliqué plus haut, des traditions différentes quant à la perception de la surveillance gouvernementale et de la gestion des données personnelles.

La méthode. Les personnes interrogées dans ces quatre pays, dont la Suisse ne faisait pas partie, ont été invitées à indiquer leur niveau d'approbation de nouvelles lois fictives sur la surveillance. Les personnes sondées ont pris des décisions différentes en fonction des données qu’on leur avait préalablement communiquées.

  • Certains ont répondu après un rappel du nombre de victimes d'attaques terroristes, pour établir un lien entre les attaques et la surveillance.

  • D’autres ont reçu un éclairage sur le fait que la surveillance concernerait non seulement les terroristes et les criminels potentiels, mais aussi l’ensemble des citoyens, et qu’il s’agirait donc d’une surveillance de masse.

  • Enfin, un troisième groupe a répondu au questionnaire après avoir été explicitement informé sur le fait que la sécurité des données n’était pas garantie par l’État.

Les chercheurs souhaitaient mesurer l’influence de ces différents facteurs sur l’acceptation de la surveillance de masse, pays par pays.

Les résultats. La surprise est venue du niveau élevé d’acceptation de la surveillance de masse.

  • 60% des Anglais interrogés se sont déclarés en faveur des nouvelles lois de surveillance,

  • 59% des Espagnols,

  • 55% des Français,

  • 54% des Allemands.

Sans surprise, la perception de la menace terroriste est corrélée à l’approbation de la surveillance généralisée. D'autre part, plus la surveillance est généralisée et plus la protection des données est laxiste, plus les gens se distancent des nouvelles lois.

Une tendance de fond. À la surprise des auteurs, le niveau d’acceptation des lois de surveillance était assez similaire entre les pays. Conrad Ziller, du département de sciences politiques de l'université de Duisburg-Essen et co-auteur de l’étude, déclare:

«Nous aurions pu attendre que les Allemands soient beaucoup plus critiques que les Britanniques sur la surveillance étatique.»

En Suisse, l'acceptation de la surveillance étatique est traditionnellement plus élevée qu'en Allemagne. En revanche, en matière de sécurité des données, la Suisse est plutôt laxiste. Un exemple? Le logiciel utilisé pour évaluer les résultats des élections: de nombreux cantons utilisent des logiciels obsolètes et inappropriés, comme le montrait une enquête de Republik. N’imaginons même pas ce que cela pourrait signifier en termes de surveillance de masse.

L’étude à la loupe

Étude. Public Support For State Surveillance

Commentaire. Le groupe de personnes testées est assez important et représentatif. Afin d'obtenir un résultat valable pour l'Europe occidentale, les auteurs ont interrogé des personnes de quatre pays différents. Cela rend les résultats relativement fiables. Toutefois, savoir si de nouvelles lois de surveillance seraient effectivement soutenues dans les différents pays d'Europe occidentale dépend largement du type de mesures, du contexte et des conditions de leur introduction — ce que l'étude montre également.

Fiabilité. Évaluation par les pairs, 2786 répondants en Allemagne, 1119 répondants au Royaume-Uni, 1120 répondants en France, 1150 répondants en Espagne.

Type d‘étude. Enquête représentative, expérimentale.

Financement. Faculté de Management et de Sciences économiques et sociales de l’Université de Cologne, et la Fondation allemande pour la recherche. German Research Foundation.

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