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Comment la police suédoise tire parti des données génétiques

Les banques de données génétiques peuvent aider à résoudre des affaires de meurtres. | Pixabay Public domain pictures

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Grâce aux banques de données génétiques collectées pour les recherches généalogiques, chacun peut retrouver des parents éloignés. Pour la première fois en Europe, la police en a tiré parti pour résoudre une affaire criminelle, en Suède.

Pourquoi c’est désormais possible. Ces bases de données offrent sur internet la possibilité de retrouver des membres de sa famille grâce à des prélèvements génétiques. En Suède, la police a eu accès à ces bases de données – et a pu ainsi retrouver un meurtrier en cavale depuis des années. Mais les questions éthiques affleurent.

Lire notre exploration J'ai cherché mes origines avec un test ADN

L’affaire. Dans la petite ville suédoise de Linköping, le meurtre a provoqué l’effroi chez les habitants, d’autant plus qu’il est resté une énigme irrésolue pendant 15 ans.

  • Le matin du 19 octobre 2004, un inconnu a poignardé un petit garçon de 8 ans et une femme de 56 ans.

  • Sur le lieu du crime, on n’a retrouvé que l’arme du crime, un couteau pliable et un bonnet de laine avec des cheveux blonds.

  • Près de 6000 analyses génétiques et 9000 entretiens avec des suspects n’ont apporté aucun indice.

Si le meurtre a enfin pu être résolu, c’est grâce à des banques de données génétiques publiquement accessibles, expliquent des médecins légistes dans la revue Forensic Science International.

Retrouver des proches du meurtrier. Pour ce projet-pilote, les chercheurs ont comparé l’ADN retrouvé sur le lieu du crime – de mauvaise qualité – avec l’ADN des banques génétiques utilisées pour la recherche de ses ancêtres.

  • Les chercheurs ont recherché les personnes présentant les séquences d’ADN les plus proches, appartenant à la famille éloignée du meurtrier.

  • À partir de 28 candidats potentiels, ils ont reconstruit un arbre généalogique remontant jusqu’au 18ᵉ siècle, pour finalement aboutir à deux frères.

  • Les échantillons d’ADN correspondaient parfaitement avec l’un de ces deux frères – qui a fini par avouer le meurtre. En juin 2020, l’affaire a enfin pu être close.

C’est la première fois en Europe que la police exploite avec succès la généalogie génétique pour résoudre une affaire. Jusqu’alors, ces méthodes n’avaient rencontré de succès qu’aux États-Unis, pour le tueur du Golden Gate, en 2018.

La vie privée en danger? Cette approche repose cependant des bases éthiques et juridiques précaires. Pour Andreas Tillmar, chercheur en génétique au ministère de la Justice de Suède et auteur de l’étude:

«Deux principes entrent en conflit: le droit de chacun à sa vie privée et le désir de la société de détecter les crimes graves.»

Jusqu’ici, les autorités ont pu agir dans une zone grise juridique, car les améliorations techniques ont pris de vitesse les évolutions du droit. Mais le cadre juridique devra être reprécisé sous peu: le fait que la Suède ait pu résoudre une telle affaire grâce à l’analyse d’un arbre généalogique a piqué l’intérêt des polices du monde entier.

L’étude à la loupe

L’étude. Getting the conclusive lead with investigative genetic genealogy – A successful case study of a 16 years old double murder in Sweden.

Le commentaire. Il s'agit d'un cas unique et d'une étude pilote. L'étude ne permet pas de préciser le degré d'erreur de la méthode. Des recherches supplémentaires sont nécessaires.

Le niveau de fiabilité. Analyse d’échantillon ADN prélevés sur la scène du crime, qui sont comparés ensuite aux données des bases de données généalogiques GEDmatch et FamilyTree DNA, étude évaluée par des pairs.

Le type d’étude. Étude pilote

Le financement. Non spécifié.