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VIDÉO - L'empreinte carbone expliquée par Tetris

Chaque jour, nous achetons, nous mangeons et nous voyageons. Ces activités constituent les différents «blocs» de notre empreinte carbone. Celle d’un Suisse est en moyenne de 10 à 12 tonnes par an. On vous explique cette notion grâce au jeu vidéo Tetris dans ce nouvel épisode de PopScience, à visionner ci-dessus.

Ce qu’il faut savoir. «L'empreinte carbone est une façon de quantifier l'impact de nos activités sur l'environnement, explique Melissa Pang, assistante-doctorante à l'EPFL. Tout ce que l’on fait, ce que l’on consomme chaque jour produit soit directement, soit indirectement des émissions de gaz à effet de serre». Avec Vincent Moreau, du laboratoire d’économie urbaine et de l’environnement de l’EPFL et deux autres chercheurs, celle-ci a co-signé une étude sur l’empreinte carbone en Suisse.

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Le CO2 pour dénominateur commun. Pour calculer les émissions de gaz à effet de serre, les scientifiques utilisent une unité commune: l’équivalent CO2. En effet, tous les gaz à effet de serre n’influencent pas le climat à égalité. Par exemple, la contribution d’un kilogramme de méthane (CH4) est 28 fois plus forte qu’un kilogramme de dioxyde de carbone. Pour le protoxyde d’azote (N2O), c’est 265 fois plus. Vincent Moreau explique ce que représentent ces émissions:

«C'est plus que juste le dioxyde de carbone que l'on émet. On y ajoute les principaux gaz à effet de serre, qui sont rapportés à une unité commune, mesurée en tonnes équivalent de dioxyde de carbone .»

Emissions directes ou indirectes? Selon l’Office fédéral de l’environnement (Ofev), en 2019, chaque habitant suisse a produit l’équivalent d’un peu plus de 5 tonnes de CO2 par an. C’est à peu près comme la France (5,2 tonnes), mais moins que les Etats-Unis (16 tonnes) ou que le Qatar (37 tonnes). Depuis 1990, les émissions de gaz à effet de serre générées sur le territoire suisse ont ainsi reculé de 14% précise l’Office.

Une bonne nouvelle… en demi-teinte, puisque les inventaires actuels ne prennent pas en compte les émissions «importées», produites à l’étranger pour notre propre consommation. Pour Vincent Moreau, il faut aller plus loin dans le calcul de l’empreinte carbone:

«Il serait intéressant d'étendre les frontières de notre pays, en incluant les importations, qui représentent une grande part de notre empreinte carbone.»

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«Si on prend cela en compte, poursuit-il, on arrive très vite à 10 à 12 tonnes d'équivalent CO2 par habitant et par an en Suisse». Ce nouveau chiffre intègre à la fois l'empreinte carbone nationale et celle plus indirecte produite par ce que l'on importe. Si l’on ne tient pas compte des émissions importées, le secteur des transports est celui qui émet le plus de gaz à effet de serre, selon les chiffres de l’Ofev.

Il faut aussi distinguer la Suisse rurale de la Suisse urbaine, comme l’ont démontré les deux chercheurs de l’EPFL dans leur étude. Melissa Pang précise:

«La Suisse urbaine produit 20% de moins d'émissions de CO2 que la Suisse rurale. Et la raison principale, ce sont les émissions indirectes qui sont liées aux transports et au chauffage résidentiel.»

Comment gagner la partie? Tetris est un jeu où on ne gagne jamais. Les blocs se multiplient, jusqu’à un point de non-retour, lorsqu’ils atteignent le haut de l’écran. Et nous, pouvons-nous gagner face au changement climatique?

«Si on veut conserver de bonnes chances de limiter le réchauffement à 1,5 degrés, il nous reste environ 400 milliards de tonnes de CO2 à émettre dans l'atmosphère (c’est ce qu’on appelle le budget carbone, au coeur de désaccord internationaux quant à qui aurait le droit ou non de le dépenser, ndlr). Au total et pour toujours.»

Vincent Moreau rappelle les objectifs à atteindre en Suisse:

«A notre échelle, en Suisse, ça veut dire que de 10 à 12 tonnes actuellement, on devrait passer à 1 à 1,5 tonne par habitant et par an.»

C’est près de dix fois moins. Melissa Pang conclut: «On peut, je pense, éviter ce game over. Comme on peut changer l'orientation des blocs, on peut aussi commencer à faire des petits changements dans nos habitudes pour essayer de réduire dès maintenant les émissions de CO2.»