Implants mammaires texturés : la Suisse ne suivra pas la décision française d'interdiction

Réprésentation d'un implant mammaire texturé | Natrelle.com

Début avril, les autorités sanitaires françaises ont pris une décision radicale (FR): interdire la vente et retirer du marché certains implants mammaires soupçonnés d'être associés à un sur-risque de lymphome (LACG-AIM). Après réflexion, la Suisse a annoncé (FR) qu’elle «n’appliquera pas pour l’instant les mesures prises par la France».

Pourquoi c’est important. L’acronyme LACG-AIM désigne le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires (FR). Ce cancer a été décrit pour la première fois au début des années 2010, et fait depuis l’objet d’un suivi international au travers d’un registre. La dangerosité des prothèses texturées et l’inertie des agences sanitaires face à ce problème avait été dénoncée fin 2018, lors de la publication de l’enquête internationale Implant Files.

Selon Swissmedic, seuls 4 cas auraient été déclarés en Suisse. La France en a, elle, recensé 56, et il y en aurait plus de 600 dans le monde. Si le pronostic de ce cancer est plutôt favorable quand il est dépisté précocement, plusieurs décès ont déjà été rapportés. En se basant sur les données disponibles, les experts français ont donc conclu que «plus l’implant est texturé et rugueux, plus le risque de survenue de LAGC-AIM est important».

Quels implants sont concernés? La décision concerne des implants macro-texturés, plus précisément la texture Biocell du fabricant Allergan. Plusieurs autres marques commercialisent des implants similaires. L’Agence sanitaire français (ANSM) souligne ainsi que «la plus grande prudence doit être réservée aux implants mammaires de textures équivalentes et aux implants polyuréthane». La liste exhaustive (FR) des modèles concernés est disponible dans le document mis à disposition pour les patientes sur le site de l’agence française. La rugosité des implants leur conférait des avantages (notamment de stabilité) par rapport à ceux à texture lisse; en France, ils représenteraient plus de 80% du marché.

Qu’en dit Swissmedic. L’agence sanitaire suisse annonce être «en train d’examiner les informations disponibles en collaboration avec la task force européenne sur le LAGC-AIM et de décider des mesures nécessaires à prendre sur la base des preuves». Mais pour l’instant elle ne veut pas emboîter le pas de la France. Et invoque deux raisons pour ne pas appliquer de principe de précaution :

  • Le manque de preuves concernant la cause et le mécanisme à l’origine du LAGC-AIM

  • L’absence de preuve scientifique venant attester d’un lien de causalité entre l’utilisation d’un certain implant mammaire et la survenue d’un LAGC-AIM.

Swissmedic, contacté par Heidi.news, rappelait que retirer du marché un dispositif médical n’était pas de ses compétences, sauf si le produit se voit retirer son marquage CE. L’agence reste cependant prudente et devant «un nombre de cas avérés de LAGC-AIM au plan international [qui] continuent de croître» rappelle aux patients et aux médecins l’importance d’une discussion sur les bénéfices et les risques que comporte toute implantation mammaire.

Mais l’agence constate dans le même temps que, jusqu’ici, ces informations ont été jugées insuffisantes par les groupes d’experts internationaux qui travaillent sur le LAGC-AIM.

Jeudi 2 mai, l’administration américaine (FDA) a également annoncé qu’elle n’interdirait pas ces prothèses texturées (EN).

Que faire si l’on porte ce type d’implants? En l’absence de signe clinique, le retrait des prothèses à titre préventif n’est pas recommandé par l’ANSM. Mais en cas d’épanchement abondant, d’augmentation de volume, de douleur, d’inflammation, de présence d’une masse ou d’une ulcération, les porteuses de prothèses doivent se rapprocher de leur médecin.

Un contrôle médical annuel est également préconisé. L’ANSM propose sur sa page (FR), une liste de questions-réponses à destination des femmes porteuses d’implants mammaires ainsi qu’un numéro vert, accessible depuis la France.