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Est-ce qu’un appel vidéo peut remplacer un repas de Noël?

Un appel vidéo vaut tout de même mieux que ne pas se voir. Crédits: unsplash/Dollar Gill

Cet article a été initialement publié en allemand par notre partenaire éditorial higgs.ch.

Toute la famille réunie autour de la table pour partager un bon repas et chanter ensemble autour du sapin: tout cela fait partie du folklore de Noël. Des traditions malheureusement peu compatibles avec les mesures de distanciation liées à la crise sanitaire. La visioconférence est-elle une solution?

Pourquoi c’est intéressant. Nous avons toutefois la chance de vivre en 2020. Les membres de la famille et les proches peuvent très facilement se joindre à la fête par vidéo. Mais cette communication virtuelle, sans vrai face à face, n’est pas sans impact sur notre vie sociale.

Les limites du courriel. Notre vie sociale s’est radicalement modifiées ces dernières dizaines d’années. Point de départ de ce changement: 1971, l’année de l’envoi du premier email. Aujourd’hui, plus de 80% de la population suisse utilise une plateforme numérique pour communiquer.

Pourtant, les rencontres virtuelles ne peuvent pas complètement remplacer les interactions physiques. L’un de leurs soucis majeurs, c’est l’absence de langage corporel. L’absence de la voix pose aussi problème, pour les messages écrits. Comme la communication virtuelle passe souvent par le texte, il en découle une perte d’information.

Les pensées et les sentiments d’une personne nous semblent beaucoup plus clairs lorsque l’on entend sa voix au téléphone que dans un simple message écrit. Même sans voir quelqu’un, nous percevons à travers sa voix des modifications subtiles qui indiquent l’humour, le sarcasme ou la tristesse.

La visioconférence sans contact visuel. Aujourd’hui, grâce à nos smartphones, tablettes et autres webcams, nous pouvons non seulement entendre notre interlocuteur, mais également le voir en vidéo. Mais même dans ces interactions, de nombreuses informations se perdent, la première étant le contact visuel.

En effet, dans une conférence vidéo, il est impossible de regarder la caméra et l’autre personne en même temps. Lors d’un véritable contact visuel, nous adaptons les mouvements de nos yeux à ceux de notre interlocuteur. Cette synchronisation a lieu également dans le cerveau: lorsque nous parlons à quelqu’un en le regardant dans les  yeux, notre cerveau reflète en miroir l’activité du cerveau de l’autre personne. Ce processus reste encore mal compris, mais il est déjà clair qu’il contribue à établir des liens sociaux entre les gens. Des études montrent que cette synchronisation n’a que peu, voire pas du tout lieu par écrans interposés.

Se synchroniser en un clin d’œil. Autre élément, moins évident mais très important: les clignements des yeux. Ces mouvements extrêmement rapides expriment notre attention de manière inconsciente et se modifient en fonction de notre humeur. Nous les synchronisons aussi avec ceux de notre interlocuteur.

Une étude montre que lors d’une conversation, une personne cligne des yeux environ une demi-seconde après une phrase de son interlocuteur. Les chercheurs estiment donc que le clignement des yeux joue un rôle important pour une communication fluide entre les personnes. Dans une conversation vidéo, cette imitation du clignement des yeux n’a pas lieu.

Les avantages de la vidéo. Même si la communication numérique n’arrive pas à la cheville d’une rencontre physique, elle fournit tout de même, en période de crise sanitaire, une bonne alternative. C’est ce que montre une étude de l’Université de Milan, qui s’attache aux comportements de communication en période de pandémie, pendant le confinement en Italie au printemps dernier.

Les auteurs de l’étude ont interrogé 465 adultes sur leurs échanges pendant le confinement. Parallèlement, l’étude portait aussi sur la perception du soutien social et les sentiments négatifs des volontaires: solitude, irritabilité, ennui, colère ou peur. Les résultats de l'étude montrent que les personnes qui communiquaient avec d'autres personnes via des canaux numériques se sentaient plus souvent soutenues socialement, et devaient moins souvent lutter contre des sentiments négatifs.

Mieux que rien. Alors, même si fêter Noël en ligne ne pourra jamais remplacer une vraie rencontre autour de la table du réveillon, cela reste tout de même mieux que de laisser ses proches seuls. Un peu d’ambiance de Noël en arrière-plan sur une vidéo, quelques guirlandes et des branches de sapin, c’est donc toujours mieux que rien.

L’étude à la loupe

L’étude. Together Apart: The Mitigating Role of Digital Communication Technologies on Negative Affect During the COVID-19 Outbreak in Italy

Le commentaire. L’étude a été réalisée avec un nombre important de volontaires, ce qui lui confère une certaine crédibilité. Néanmoins, les personnes testées provenaient toutes d’une région très touchée par le virus. Il est possible que les effets de la communication digitale soient moindres dans les zones plus épargnées.

La fiabilité. 465 personnes testées, étude relue par des pairs.

Le type d’étude. Étude observationnelle.

Le financement. Ministère italien de l’Éducation.

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