En Ukraine, des recherches vétérinaires transformées en arme de désinformation

Les allégations russes concernent des recherches scientifiques menées en Ukraine sur des parasites de chauve-souris. | unsplash / Todd Cravens

Lorsque des chercheurs allemands et ukrainiens — de l’institut de médecine vétérinaire expérimentale et clinique de Kharkhiv — ont commencé une collaboration en 2020, ils ne soupçonnaient pas qu’en mars 2022, en pleine guerre, la Russie les accuserait d’avoir participé à la création d’armes biologiques. C’est pourtant ce qui s’est passé le 10 mars 2022, lorsque le ministre russe de la Défense a affirmé que les recherches, qui visaient à collecter des parasites de chauve-souris ukrainiennes pour les envoyer en Allemagne, s’inscrivait dans un complot secret de l’Ukraine avec l’Occident pour envoyer des animaux vecteurs de maladies à la frontière russe. La revue Science revient sur la tempête de désinformation qui s’est abattue à ce sujet des derniers jours, allant jusqu’à alimenter les forums complotistes QAnon.

Pourquoi c’est grave. Comme souvent avec la désinformation, il est d’autant plus difficile de faire la part des choses qu’on y retrouve aussi des demi-vérités: car oui, les chauves-souris sont souvent vectrices de maladies, ainsi que l’a montré l’émergence d’un pathogène nouveau en 2019, un certain Sars-Cov-2. De quoi fournir des munitions au discours officiel russe. Le 11 mars, au conseil de sécurité de l’ONU, le diplomate russe Vassily Nebenzia a défendu l’idée que les chauves-souris soient considérées comme «porteuses d'armes biologiques potentielles».

Pour la spécialiste allemande Cornelia Silaghi, une des chercheuses à l’origine de la collaboration avec l’Ukraine, citée par Science, ce raisonnement ne tient pas: les parasites prélevés sont instantanément détruits dès lors qu’ils sont placés dans l’éthanol pour y être conservés. Le biologiste ukrainien Anton Vlaschenko, collaborateur du projet à Kharkiv, soupçonne pour sa part qu’une des messageries utilisées par des membres de l’équipe puisse avoir été piratée par la Russie. Depuis les événements, Cornelia Silaghi indique recevoir régulièrement des courriels anonymes, dont certains vont jusqu’à la comparer aux scientifiques de l’ère nazie.

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