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Emissions CO2: quand les pays s'arrangent avec la réalité

Usines de papier autour de palmeraies en Indonésie | DITA ALANGKARA/AP/KEYSTONE

C’est l’un des points chauds en négociation à la COP26 de Glasgow: évaluer les émissions réelles des Etats pour savoir si les engagements climatiques nationaux sont tenus. Une enquête du Washington Post apporte du grain à moudre à cette idée. D’après le journal américain, l’écart entre ce que les Etats déclarent et ce qu’ils émettent réellement dans l’atmosphère pourrait être de 8,5 à 13,3 milliards de tonnes équivalent CO2 par an.

Pourquoi c’est important. Cela signifie que le défi de la transition climatique est encore plus grand qu’escompté. Et pas d’un peu: même dans la fourchette basse, l’écart reste supérieur aux émissions annuelles des Etats-Unis, deuxième émetteur de CO2 dans le monde. Dans la fourchette haute, cela représente quasiment les émissions de la Chine, premier du tableau…

Les sources d’erreur. Selon cette analyse, environ 60% de l’écart entre les déclarations et les émissions réelles viendrait de la façon dont les pays comptabilisent les émissions de CO2 liées à l’usage des terres. Il s’agit d’un poste particulier, où les émissions peuvent être positives, par exemple en cas de feux de forêts, mais aussi négatives, lorsque le CO2 est stocké (puits de carbone).

  • Ainsi, des pays comme la Chine, la Russie ou les Etats-Unis, ont chacun soustrait près d’un demi-milliard de tonnes d’émissions annuelles, arguant que ce CO2 était stocké par les sols et les forêts. Mais ces approches posent question: selon ses émissions déclarées aux Nations Unies, la Malaisie, par exemple, a des arbres qui absorbent le CO2 quatre fois plus vite que ce qui est déclaré par son voisin indonésien…

  • Le méthane représente le deuxième poste où les émissions rapportées sont sous-estimées, selon l’analyse du Washington Post. Ceci notamment du fait des fuites dans le secteur de l’industrie pétrolière, des émissions de méthane du fait de l’élevage, et enfin des dégagements de méthane survenant dans les décharges à ciel ouvert. Le Turkménistan, par exemple, n’a pas rapporté d’émissions de méthane depuis au moins 2010. Plusieurs fuites de méthane ont pourtant été mises au jour récemment dans le pays.

  • Les gaz fluorés — catégorie qui englobe notamment les CFC et HCFC — sont également sous-estimés: plus de douze pays ne rapportent aucune émission dans ce domaine. C’est par exemple le cas du Vietnam, où les émissions déclarées sont 99,8% inférieures à ce que suggèrent les données scientifiques.

  • Autre exemple: le protoxyde d’azote (ou oxyde nitreux). En Australie, par exemple, les émissions déclarées serait sous-estimées d’un facteur quatre à sept, selon une étude s’appuyant sur des données satellitaires dont Heidi.news s’était fait l’écho.

Comme le résume Ray Weiss, chercheur à l’Institut océanographique Scripps, cité par le média américain:

«Sans véritables mesures des émissions atmosphériques réelles, les engagements de l’accord de Paris par ses signataires sont comme des engagements à se mettre au régime sans avoir besoin de se peser régulièrement.»

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A lire dans le Washington Post (EN)

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