Ecologie: le rendez-vous manqué du débat de l’entre-deux-tours français

Sarah Sermondadaz

Durant près de trois heures, ce 20 avril 2022, il se sont écharpés sur presque tous les thèmes habituels de campagne: pouvoir d’achat, immigration, sécurité et même la réforme des retraites (Heidi.news a d’ailleurs regardé le débat pour vous). Tous? Pas tout à fait: la joute verbale entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, qui s’affronteront ce dimanche au second tour de l’élection présidentielle française, n’a fait qu’effleurer les enjeux liés au climat et à l’environnement. Ceux-ci ont été balayés en 18 minutes de réponses… souvent bâclées.

Un débat brouillon et caricatural

Les deux co-animateurs du débat ont pourtant essayé, quoique très timidement, de lancer le sujet. «Nous parlerons de l'environnement, un sujet très attendu notamment par les jeunes», a annoncé Léa Salamé dès le début du débat. Et Gilles Bouleau de renchérir un peu plus tard qu’il reste «trois ans à l’humanité pour infléchir les émissions de gaz à effet de serre pour garder une planète vivable» (avec un raccourci évident par rapport aux conclusions du Giec, puisqu’il s’agit de l’échéance à respecter pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, une limite qui sera très probablement dépassée).

Las! Le débat sur le mix énergétique français s’est rapidement enlisé dans une discussion sur le bouclier tarifaire sur le gaz et l’électricité, temporairement mis en place pour limiter les effets pour le consommateur de l’augmentation des coûts de l’énergie dans le contexte de guerre en Ukraine.

Il a ensuite fallu patienter 80 minutes pour que la question du renouvelable fasse son entrée. Elle fut abordée sous le prisme du nucléaire (les deux candidats lui font tous deux une belle place, mais sont en désaccord sur sa place dans le mix énergétique) et des éoliennes. Rien sur le détail des scénarios de transition énergétique envisagés, ni la façon dont la France compte tenir ses promesses de l’accord de Paris, rien sur l’adaptation au changement climatique et encore moins sur la place de la sobriété.

Don Quichotte contre les moulins à vent

Du côté de Marine Le Pen, les éoliennes tiennent lieu d’épouvantails rhétoriques. Si comme Don Quichotte, elle est partie en guerre contre les moulins à vent, il semble que ce soit avant tout pour obtenir les votes des riverains mécontents – ils existent aussi bien en France qu’en Suisse. L’écologie, un thème de campagne, mais surtout lorsqu’il s’agit de gagner des voix.

Pour gagner des voix aussi, Emmanuel Macron n’a pas hésité à se positionner comme héros du climat, rappelant sa volonté de confier la «planification écologique» au Premier ministre, au lieu d’un ou deux ministres. A cet égard, il a aussi défendu son bilan climatique et affirmé avoir doublé le rythme de la baisse des émissions en France pendant son quinquennat.

Mais il oublie un détail: cette réduction des émissions, c’est avant tout la crise sanitaire qui l’a rendue possible… 

Ce rendez-vous manqué rappelle à quel point l’implication du monde politique dans la transition climatique, appelée de ses vœux par le dernier rapport du Giec, reste insuffisante. Et surtout à quel point il manque d’incitations à le faire.

L’enjeu semble d’abord, à ce stade de la course à la présidence, de rallier les suffrages des électeurs indécis. Ce qui passe plus volontiers par d’autres thèmes jugés plus concernants, comme le pouvoir d’achat ou la guerre en Ukraine. L’immédiat avant le moyen terme.

Il ne faut désespérer de rien, mais si le climat et l’environnement ne parviennent pas à se frayer une place dans les débats politiques, même en 2022, quel sera le moment propice?..