Des pays, dont la Suisse, ont tenté de modifier le rapport du Giec

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Parue en août 2021, la première partie du prochain rapport du Giec était sans appel. La responsabilité des activités humaines, en particulier liées à l’industrie fossile, est «indiscutable» dans le changement climatique. Des fuites du dernier brouillon du rapport, ainsi que les commentaires afférents des gouvernements, que la BBC a pu consulter, montrent que des pays comme l’Arabie saoudite, le Japon ou l’Australie ont cherché à minimiser le besoin de sortie rapide des combustibles fossiles. La Suisse, pour sa part, a tenté d’atténuer la responsabilité financière des pays riches envers les pays pauvres.

Pourquoi c’est significatif. Ce n’est certes pas la première fois que des Etats membres de l’ONU tentent d’atténuer des éléments considérés comme sensibles lors de la validation de rapports du Giec. Le fait que ces tentatives n’aient pas été concluantes montre la vigueur du processus de validation mis en place au sein du groupe d’experts. Mais à quelques jours de la COP26, qui débutera le 31 octobre à Glasgow, cela montre que le compte n’y est pas, et que le lobbying pour les énergies fossiles reste vigoureux au niveau politique.

La climatologue Corinne le Quéré (Université d’East Anglia), qui a participé à trois rapports du Giec, citée par la BBC:

«Il n'y a absolument aucune pression sur les scientifiques pour qu'ils acceptent les commentaires. Si les commentaires relèvent du lobbying, s'ils ne sont pas justifiés par la science, ils ne seront pas intégrés dans les rapports du Giec.»

Quelques exemples.

  • Un membre du gouvernement australien rejetait ainsi la conclusion qu’il faille fermer les centrales à charbon, et demandait à supprimer une référence au rôle joué par les lobbys pétroliers sur la politique climatique en Australie et aux Etats-Unis.

  • L’Arabie saoudite, plus grand exportateur de pétrole au monde, demandait pour sa part aux chercheurs du Giec de retirer le passage où ces derniers concluaient que «les efforts de décarbonation (aussi appelée décarbonisation, ndlr) dans le secteur des systèmes énergétiques doivent être axés sur la transition rapide à des sources sans carbone et sur l'élimination progressive des combustibles fossiles.»

  • Pour la Norvège, les techniques de capture du CO2 auraient dû être intégrées comme outil de réduction des émissions. La version finalisée du rapport reconnaît que ces technologies pourraient jouer un rôle à l’avenir, mais mentionne «une grande ambiguïté quant à la mesure dans laquelle les combustibles fossiles combinées à ces technologies seraient compatibles avec les objectifs de 2°C et de 1,5°C.»

  • Le Brésil et l’Argentine, parmi les plus grands producteurs de viande de bœuf au monde, ont tenté de s’opposer au passage du rapport dans lequel les chercheurs font état des preuves scientifiques selon lesquelles «un régime alimentaire végétarien permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 50%.»

  • Plusieurs pays d’Europe de l’Est — République Tchèque, Pologne et Slovaquie — ainsi que l’Inde ont enfin déploré que le rapport du Giec ne se prononce pas davantage pour l’énergie nucléaire.

Et la Suisse? Selon les documents de la BBC, les commentaires de la Suisse visaient, pour leur part, à amoindrir le besoin de soutien financier des pays pauvres, autrement dit la responsabilité financière des pays plus avancés. A la conférence de Copenhague en 2009, les pays développés s’étaient en effet engagés à fournir 100 milliards de dollars par an aux pays en développement à l’horizon 2020, or le compte n’y est toujours pas.

Contacté par la BBC, l’OFEV a répondu:

«Même si la finance verte un outil crucial pour accroître les ambitions climatiques, ce n’est pas le seul outil pertinent à utiliser. La Suisse estime que toutes les parties à l'accord de Paris qui ont la capacité de le faire devraient apporter leur soutien à ceux qui en ont besoin.»

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A lire sur le site de la BBC (EN)