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Des algues dangereuses menacent-elles l’Arctique?

unsplash/Andre Boysen

Cet article a été initialement publié en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch

L’Arctique ne se contente pas de voir fondre son épaisse calotte glaciaire: elle pourrait aussi devenir toxique pour une partie de la faune marine, selon une étude qui pointe des modifications préoccupantes dans les aires d’habitat de plusieurs espèces d’algues et phytoplanctons. Ces travaux ont été publiés par des chercheurs danois dans la revue Scientific Reports.

Pourquoi c’est important. Ces algues toxiques pourraient venir conquérir une niche écologique jusque-là occupée par d’autres populations de phytoplanctons. A la clé, des conséquences potentiellement dévastatrices sur l'ensemble de la chaîne alimentaire.

La prolifération d’algues. Pendant neuf jours, les chercheurs ont observé une prolifération d’algues (algal bloom) sous la mer de glace dans le fjord Young Sound, au Groenland. Ces épisodes sont liées à la reproduction subite et massive d’algues. Traditionnellement, ils représentent une importante source de nourriture pour la chaîne alimentaire, des petits crustacés aux grandes baleines.

Mais ce ne fut pas le cas ici. Deux algues y étaient dominantes: Prymnesium et Chrysochromulina. Or, ces dernières sont toxiques pour une partie de la faune marine, avec des précédents terribles en Norvège et au Canada. En 2019, plusieurs millions de saumons en sont morts dans les piscicultures.

Le risque de généralisation. C'est la première fois qu'une telle prolifération d'algues nuisibles est observée dans l'Arctique, mais ces chercheurs s'attendent à ce que ce genre d’épisode devienne de plus en plus courant, pour deux raisons:

  • D’abord parce que ces algues toxiques peuvent s’alimenter de sources plus variées. Elles tirent leur énergie de la photosynthèse bien sûr, mais consomment aussi d'autres algues et bactéries. De quoi leur permettre de croître et de survivre même lorsqu'il n'y a trop peu de lumière et de nutriments disponibles, une situation fréquente dans l’Arctique.

  • Aussi parce qu’elles sont plus robustes. Elles peuvent vivre dans une eau relativement douce et survivre avec très peu de nutriments, ce qui correspond aux conditions de l’Arctique au printemps lorsque la glace commence à fondre.

Une meilleure adaptation à la fonte des glaciers. Les algues toxiques ont donc une longueur d’avance par rapport aux populations classiques. Un écart qui pourrait se creuser encore au fur et à mesure que la mer de glace et les glaciers fondent et que de plus en plus d’eau douce pauvre en nutriments se déverse dans les Fjords.

L’eau douce s’accumule alors au-dessus des eaux salées de l’océan et empêche les nutriments océaniques, produits par la vie marine en profondeur, de parvenir à la surface. Or, c’est de cette biomasse — et de lumière — dont dépendent les populations saines de phytoplanctons pour leur survie.

L’étude à la loupe

L’étude. An under-ice bloom of mixotrophic haptophytes in low nutrient and freshwater-influenced Arctic waters

Le commentaire. L'étude n'a examiné qu'une seule prolifération d'algues sous la glace, un épisode aigu d'une durée de neuf jours. Le fait qu'elles deviennent plus fréquentes à l'avenir n'est, à ce stade, qu'une conjecture qui doit être confirmée par des études complémentaires.

La fiabilité. Evaluation par les pairs.

Le type d'étude: Etude d'observation.

Le financement. Centre de recherche arctique, Université d'Aarhus, Commission pour la recherche scientifique au Groenland.

Traduit et adapté de l’allemand par Dorothée Fraleux et Sarah Sermondadaz

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