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De timides percées vers la finance climatique: la COP26 au jour le jour

KEYSTONE

Cet article récapitule les décisions et les temps forts du 3 novembre à la COP26 de Glasgow.

Les discussions du 3 novembre ont été consacrées à la finance climatique. Elles ont été marquées par les annonces de plusieurs banques et institutions financières.

En 2009, les pays les plus riches s’étaient mis d’accord pour financer, à hauteur de 100 milliards de dollars par an, la transition climatique des pays en développement les plus vulnérables, un engagement que les pays peinent encore à atteindre. Cette question devrait revenir sur la table d’une façon ou d’une autre.

Les discussions ont aussi porté aussi sur l’interprétation de l’article 6 de l’accord de Paris, qui permet de prendre en compte les projets de compensation carbone réalisés à l’étranger.

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C’est aussi la question des marchés carbone — et notamment, des marchés de compensation volontaires, actuellement non régulés et souvent accusés de cautionner le greenwashing — qui a été abordée.

Et en Suisse? Le conseiller fédéral en charge des finances Ueli Maurer a déclaré ce mercredi à la COP26 que la Suisse détient «une longueur d’avance sur la plupart d’autres centres financiers». Il a affirmé: «La place financière suisse est probablement l’une des plus vertes». Si le conseiller fédéral UDC reconnaît qu’il existe un risque de «greenwashing», il estime qu’il est trop tôt pour instaurer des obligations légales: «Cela n’a pas de sens de rédiger des lois dans un secteur qui évolue très rapidement».

Une COP26 «technocrate et néo-libérale». Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador, n’a pas mâché ses mots. «Assez d’hypocrisie», a-t-il lâché mercredi, «ces sommets ressemblent à ceux de Davos, technocrates et néo-libéraux.» Il s’agit de l’un des chefs d’Etats qui ne s’est pas rendu à Glasgow. Il a assuré que son pays disposait du programme de reforestation le plus important au monde, et qu’il était nécessaire de combattre les «inégalités monstrueuses».

Londres mise sur la finance verte. Dans son discours d’ouverture ce mercredi, le ministre britannique de la finance Rishi Sunak s'est engagé à établir un pont entre le système financier mondial et les objectifs de neutralité carbone. Par la même occasion, il a affirmé que Londres engagerait 100 millions de livres (environ 135 millions de dollars) pour faciliter l’accès au financement climatique pour les pays en développement. Le Royaume-Uni se prononce également en faveur d’un mécanisme d’émission en masse de nouvelles obligations vertes sur les marchés.

Les banques s’engagent. Plus de 450 institutions financières dans 45 pays se sont engagées à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. C’est ce que doit annoncer le gouvernement britannique ce mercredi. Des experts et militants demeurent néanmoins circonspects: cet engagement n’implique qu’une part minime des financements des banques, qui seront toujours libres d’investir dans les combustibles fossiles.

Vers la création d’un prix carbone? La création d'un prix international pour le carbone pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 12% pour moins de 1% du PIB mondial, selon un nouveau rapport du Forum économique mondial et de PwC. D’après l’étude, une décision des gouvernements pour fixer un prix plancher du carbone aurait un coût inférieur aux pertes économiques d’un dérèglement climatique incontrôlé.

Ce prix plancher du carbone à échelle internationale inclurait le dioxyde de carbone ainsi que d'autres émissions de gaz à effet de serre (GES), et stimulerait une plus grande réduction des émissions mondiales. Une étude distincte de PwC UK souligne qu’il faudrait quintupler le rythme de réduction des GES pour espérer limiter le réchauffement à 1,5°C.

Lire aussi: COP26 - «La Suisse fuit ses responsabilités climatiques avec la compensation carbone»

Autre sujet, le Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), présidée par Mark Carney, envoyé spécial des Nations unies pour l'action climatique et la finance, créée en avril 2021. L’enjeu: rassembler de multiples institutions financières dans un engagement commun à atteindre la neutralité carbone de leurs portefeuilles d’investissement. Mais ce dispositif est déjà controversé: l’ONG Reclaim Finance argue qu’il n’empêche nullement ses membres d’investir dans l’expansion des énergies fossiles.

Enfin, plusieurs pays pourraient prendre des engagements forts pour améliorer la transparence des investissements émetteurs de CO2. Le Royaume-Uni, par exemple, pourrait demander à certaines de ses entreprises un plan de transition climatique, dans le cadre de la feuille de route climatique du pays.

Le calendrier

Première semaine:

  • Mardi 2 novembre: second jour du World Leader’s Summit, le rassemblement des chefs d’Etats. Retrouvez notre article récapitulatif.

  • Mercredi 3 novembre: Finance — mobiliser des fonds publiques et privés pour la mitigation et l’adaptation.

  • Jeudi 4 novembre: Energie Accélérer la transition globale pour des «énergies propres».

  • Vendredi 5 novembre: Jeunesse et autonomisation (empowerment) du public — Faire entendre la voix des jeunes et démontrer le rôle essentiel de l'autonomisation et de l'éducation du public dans l'action climatique.

  • Samedi 6 novembre: Nature — Veiller à ce que l'importance de la nature et de l'utilisation durable des terres fasse partie de l'action mondiale contre le changement climatique et d'une reprise propre et verte.

Deuxième semaine:

  • Lundi 8 novembre: Adaptation, perte et dommages — Apporter des solutions pratiques nécessaires à l’adaptation aux impacts climatiques et aux pertes et dommages.

  • Mardi 9 novembre: Genre — Faire progresser l'égalité des sexes et la participation pleine et significative des femmes et des filles à l'action climatique. Sciences et innovation — Démontrer que la science et l'innovation peuvent fournir des solutions climatiques pour répondre et accélérer une ambition accrue.

  • Mercredi 10 novembre: Transport — Conduire la transition mondiale vers le transport zéro émission.

  • Jeudi 11 novembre: Villes, régions et environnements bâtis — Faire progresser l'action dans les lieux où nous vivons, des communautés aux villes et régions.

  • Vendredi 12 novembre: Fin des négociations

Lire aussi: Michel Jarraud: «Chaque COP a une dynamique différente»

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