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De la blouse au crayon, une immersion dans le journalisme scientifique

Emma Cavarocchi

En cinq jours, je n’ai pas vu le ciel de Genève. Un manteau gris et nuageux recouvre la ville et ses toits. Je replonge mon regard à l’intérieur, dans les locaux du Bouchet. C’est ainsi que les journalistes de Heidi.news désignent le siège de leur rédaction*, un grand open space où la voix des gens se superpose au bruit des claviers. Pour moi, habituée aux paillasses et aux instruments de laboratoire, c’est un grand changement.

Je participe à la 13e édition d’un échange entre chercheurs et journalistes organisé par l’association française des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI). On peut me considérer comme une chercheuse en devenir, puisque je prépare actuellement un doctorat en génétique de l’infertilité masculine entre Paris et Grenoble.

Une immersion avec les journalistes. Pendant une semaine, du 12 au 17 décembre 2021, j’ai côtoyé la rédaction. Les journalistes du média suisse m’ont chaleureusement accueillie dans leur monde frénétique, entre les petits briefings entre collègues et le grand briefing hebdomadaire de rédaction — divisé entre présentiel et visio, Covid oblige.

A l’occasion de cette séance de rédaction, ils échangent sur les réactions aux articles publiés et proposent les nouveaux thèmes à traiter dans la semaine. Par exemple: Covid ou pas Covid pour le thème de l’édito du samedi juste avant Noël? On en sort après une bonne heure de discussions, à l’issue de quoi j’ai mon sujet d’article. Je m’y plonge.

Une démarche proche de celle du chercheur, une autre temporalité. Lire la source, faire des recherches pour mieux comprendre, c’est une démarche que je connais, car elle est à la base de la recherche. Des dizaines d’articles qui s’enchaînent pour comprendre l’état des lieux d’un ou l’autre domaine de la science.

Il m’est difficile de m’arrêter, mais ici à Heidi.news, l’horloge tourne rapidement et l’outil de messagerie entre collègues grouille de nouveaux messages. Pistes à explorer, articles à écrire et corriger, newsletters à étoffer… C’est une autre temporalité qui reflète la frénésie d’un monde en mouvement perpétuel.

Il y a un certain pragmatisme dans l’approche du journaliste, qui se focalise avant tout sur les événements importants, faute de pouvoir tout connaître. Mais conscient d’être un maillon fondamental de la chaîne de médiation entre l’hyper spécialisation des chercheurs et la culture générale du grand public.

L’importance de l’angle. J’avance dans l’écriture de mon article. Avec la journaliste qui m’encadre, nous examinons sa structure. J’ai bien intégré des recherches parallèles, maintenant il faut trouver un angle, cette question à laquelle le journaliste répond dans son article, et qui doit guider et éclairer le lecteur dans le flot d’informations… sans le perdre dans des débats inutiles.

Le troisième jour, j’affronte ma première interview. La chercheuse est très disponible, la conversation est fluide et intéressée. Je suis satisfaite de cet échange, qui permet à mon article de gagner en crédibilité et en clarté.

Glace et vapeur. C’est bien cela qui me fascine dans le journalisme scientifique: donner au grand public accès au monde de la recherche. Et je considère important de le faire dans sa totalité, sans cacher que la connaissance n’apparaît pas d’un coup comme la glace, statique et rigide, mais plutôt comme la vapeur, qui s’étend jusqu’aux limites de la compréhension humaine, et surtout en constante évolution.

L’heure du bilan. Mon article est désormais publié. Ma responsable a un peu adapté le style de mon texte, me disant que mon écriture restait un peu trop scientifique. Je souris, car il y a quelques années, à l’occasion de mon tout premier rapport de travaux pratiques, lorsque j’étais en licence de biologie, mon écriture avait été jugée «trop baroque». Autrement dit, une telle remarque me fait plaisir!

Je suis satisfaite de cette expérience, que je considère très positive. Finalement, cet échange permet de pallier le manque de formation des chercheurs aux enjeux de la communication scientifique. Le ciel sur Genève est resté impénétrable, mais au moins j’ai pu faire un premier pas dans le monde du journalisme scientifique.


* Depuis l’été 2021, à la suite de son rachat par Le Temps, Heidi.news a quitté ses locaux historiques du chemin de la Mousse, à Chêne-Bourg, pour ceux de l’avenue du Bouchet, à Genève.

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