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COP26: quel avenir pour le transport aérien?

Raphaël Domjan

Tout au long de la COP26, Heidi.news vous propose une sélection de tribunes d'experts pour en éclairer les grands enjeux. Nous donnons aujourd'hui la parole à Raphaël Domjan, explorateur et pilote de SolarStratos, avion électrique muni de panneaux solaires.

J’ai suivi avec intérêt ces médias qui ont traqué les déplacements des participants de la COP26. J’ai pu y découvrir des images du tarmac de Glasgow chargé de gros porteurs et de jets privés. Si l’on faisait le bilan carbone des déplacements de cette conférence sur les changements climatiques, il serait catastrophique.

La transformation du transport aérien. Je m’interroge sur ce manque de pragmatisme, pourtant il me paraît évident que si l’on organise un événement international en présentiel, le seul moyen disponible aujourd’hui permettant de le réaliser dans un temps raisonnable est le transport aérien. En effet, un voyage maritime pour faire Washington—Glasgow prendrait environ une semaine et Sydney—Glasgow plus de trois semaines. J’en conclus que le transport aérien ne disparaîtra pas. En ce sens, la question suivante se pose: sera-t-il capable de changer et de se décarboner?

Le transport aérien est un secteur des plus complexes à électrifier. Avec les questions de sécurité, la problématique de la certification et le coût énergétique du poids transporté, la difficulté d’un point de vue technique est bien supérieure au transport terrestre et maritime.

L’exemple des autres transports. Prenons de l’altitude, et commençons par regarder l’histoire des véhicules électriques, plus précisément la chronologie de leur émergence sur le marché.

  • Les premiers exemplaires de voitures électriques sont développés en 1880, alors que le vrai démarrage commercial est récent, puisqu’il date des années 2010. Il aura donc fallu attendre 130 ans.

  • Pour le transport maritime, le premier bateau électrique date de 1838, et la motorisation des bateaux électriques sur le plan commercial date des années 1980, soit une attente de 150 ans.

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Solar Craft, premier bateau solaire, construit dans les années 70 | DR

  • Quant à l’aviation, le premier vol d’un avion électrique date de 1973 et depuis 2020, il est possible d’acquérir un avion électrique biplace commercial. Le passage du premier prototype au premier appareil commercial aura pris moins de 50 ans.

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Premier vol en avion électrique d'un chef d'Etat, Albert de Monaco, en septembre 2021 | DR

On peut relever que le secteur du transport aérien a été capable, malgré les difficultés, d’aller plus vite que les autres secteurs du transport. Aujourd’hui, à ma connaissance, il y une centaine de projets d’électrification d’avions de petite ou moyenne taille en cours. Dans les cinq prochaines années, il y aura une gamme de plusieurs avions de deux à dix places disponibles pour la formation des pilotes et des vols de courtes et moyennes distances.

Pour les avions électriques de tailles petites et moyennes, les batteries et les systèmes basés sur un stockage hydrogène permettant d’augmenter leur autonomie fonctionnent déjà sur des modèles commercialisés ou des démonstrateurs.

L’avenir des vols commerciaux. La question de l’aviation commerciale de masse concernant les gros porteurs est plus complexe. Cette industrie ne peut probablement pas changer à l’initiative de start-ups, le seuil de difficulté technique et financier étant trop élevé. En observant ce que réalisent aujourd’hui les deux constructeurs leaders du marché, soit Airbus et Boeing, on peut s’interroger sur leurs chances de réussir une transition rapide.

Mais les récentes prises de positions sur la décarbonation de ce secteur de l’Europe et des Etats-Unis devraient changer la donne. Ce qui est certain, c’est que malgré les difficultés techniques, il n’y a pas de limite physique à la transition énergétique de ce secteur.

Pour les gros porteurs, l’hydrogène liquide pourrait permettre d’atteindre de meilleures performances que le kérosène. Les Russes ont déjà réussi il y a plusieurs années à faire voler un avion à hydrogène.

Ces changements permettront également de réduire les bruits aux abords des aéroports et, pour autant que l’électricité et l’hydrogène consommés proviennent de sources décarbonées, l’aviation pourra redevenir vertueuse et continuer de faire rêver les enfants d’aujourd’hui et de demain.

Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.