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COP26, place aux décisions: les enjeux de la dernière semaine

Lors d'une manifestation, un manifestant népalais exige des dirigeants mondiaux une action contre la crise du changement climatique, à Katmandou, ce lundi. | EPA / Narendra Shrestha

C’est la dernière ligne droite pour la 26e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se tient à Glasgow depuis le 1er novembre. Au menu pour cette deuxième et ultime semaine, qui se finira vendredi 12 novembre: des négociations sur l’aide climatique pour les pays en développement, l’influence du lobby du pétrole, et des accords attendus sur le transport.

Pourquoi c’est important. Considérée comme «la conférence de la dernière chance», la COP26 rassemble les dirigeants du monde entier à Glasgow pour deux semaines de négociations autour du climat. Le but: réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) conformément aux Accords de Paris pour limiter le réchauffement planétaire sous les 2°C, et de préférence 1,5°C.

Chaque degré compte, comme l’a répété le Groupe d’experts intergouvernemental (Giec) sur l’évolution du climat dans son dernier rapport, qui indique que les effets du changement climatique sont déjà palpables et s’accentueront plus rapidement que prévu.

Virage vert pour la mobilité? Mercredi 10 novembre, le transport sera au cœur des négociations. On peut s’attendre à des engagements de plusieurs pays pour introduire des véhicules électriques. Deux accords sont à garder en ligne de mire: le nouvel accord de Glasgow sur les véhicules zéro émission, dans lequel les signataires s'engageront à assurer le passage à une mobilité neutre en carbone pour les voitures et utilitaires légers d’ici 2035 sur certains marchés, et sur l’ensemble des marchés d'ici 2040.

Plus de signataires sont attendus au Memorandum of Understanding, dans l’optique de décarboner en deux phases (2040 pour les secteurs clés, puis 2050 globalement) les camions à fort et moyen tonnage.

Attention à «l’extractivisme vert». Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’approvisionnement en minéraux destinés à l’industrie des voitures électriques devra être multiplié par 30 pour atteindre les objectifs climatiques. Une approche contestée par les communautés locales exposées aux projets miniers. Ces enjeux sont au cœur du People’s Summit for Climate Justice organisé par la Coalition COP26.

A cette occasion, Mariana Walter, chercheuse à l'Institut des sciences et technologies de l'environnement à l’Université autonome de Barcelone, a déclaré:

«La transition énergétique telle qu'elle est formulée aujourd'hui nous dirige vers une crise extractiviste mondiale sans précédent. Les projets miniers qui en découlent sont la source d’injustices sociales et de dégradation environnementale, et ils mettent aussi en danger les ressources disponibles en eau, les espèces menacées et les écosystèmes sensibles qui ont des fonctions de régulation climatique pertinentes.»

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L’aide aux pays en développement. La justice climatique est d’ailleurs au cœur des décisions de cette semaine. Ce lundi, Barack Obama a appelé les grandes puissances à soutenir davantage les communautés en première ligne face au réchauffement climatique. Pour rappel, les Etats les plus riches avaient promis de financer, à hauteur de 100 milliards de dollars par an, la transition climatique des pays en développement. Un engagement encore loin d’être atteint.

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«Montrez-nous l'argent.» La militante pour le climat Vanessa Nakate et d'autres militants ont manifesté à la COP26 à Glasgow, en Écosse, ce lundi 8 novembre. (AP Photo/Alastair Grant)

Jeudi dernier, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a tiré la sonnette d’alarme à ce sujet: les besoins des pays en développement pour s’adapter aux catastrophes naturelles liées au changement climatique sont cinq à dix fois plus élevés que les financements publics qui y sont attribués.

Comme l’a révélé une fuite en octobre, la Suisse a tenté de minimiser la responsabilité financière des pays riches envers les pays plus pauvres, lors de la validation du dernier rapport du Giec. Ce vendredi encore, le média CarbonCopy critiquait la réclamation de la Suisse qui demande aux grands pays en développement de contribuer pour alléger le fardeau financier.

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Comme le relate CarbonCopy, de nombreuses nations développées utilisent ces aides, par exemple le Fonds vert pour le climat, comme un levier pour tenter d'imposer des objectifs de neutralité carbone ou l’abandon du financement d’énergies fossiles aux banques des pays en développement. Une contrainte qui pose problème: alors que beaucoup d’Etats industrialisés ambitionnent d’atteindre la neutralité carbone via des technologies onéreuses comme la production d’hydrogène vert, la capture et le stockage du CO2, ou des mécanismes financiers se basant sur la compensation carbone, ces solutions restent inaccessibles aux pays les plus pauvres.

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Article 6, la pomme de discorde. Les négociations autour de l’article 6 de l’Accord de Paris sur un système d'échange de droits d'émissions carbone, enjeu phare de la COP26, stagnent. Les discussions achoppent sur le double comptage des réductions d’émissions, et l’autorisation des échanges internationaux de réductions d’émissions de CO2 (aussi appelé «compensations carbone»). «Moins on dépendra de ces crédits carbone pour honorer les engagements climatiques, mieux notre climat se portera», commente le World Resources Institute.

La compensation carbone est d’ailleurs le principal cheval de bataille de la Suisse pour atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le climat. Après le Pérou, le Sénégal et le Ghana, la Géorgie a conclu un accord bilatéral avec le Conseil fédéral, le 18 octobre dernier. Le principe: comptabiliser les réductions d’émissions réalisées dans ces pays dans les efforts d’atténuation suisses, via le financement de projets.

Une pratique risquée et contre-productive, selon Augustin Fragnière, spécialiste des enjeux éthiques autour du climat à l’Université de Lausanne. D’après lui, elle incitera la Suisse à chercher en premier lieu des réductions faciles et bon marché dans les pays en développement, au lieu de réduire ses émissions territoriales.

Lire notre interview à ce sujet: COP26: «La Suisse fuit ses responsabilités climatiques avec la compensation carbone»

Le fossile s’immisce dans le débat. Le poids représentatif du lobby pétrolier présent à la COP26 excède celui des délégations nationales. Selon une récente analyse de Global Witness, si le lobby des combustibles fossiles était une délégation nationale, il s’agirait de la plus grande de toutes, avec 503 représentants — deux fois le nombre de délégués britanniques.

Dimanche, le premier jet d’un accord COP26 a été rendu public. Ce dernier ne présente aucune échéance pour rehausser les objectifs climatiques nationaux (NDC) et limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C. D’autant plus que le document ne mentionne pas la réduction des combustibles fossiles ou de leurs subventions, comme l’a demandé La Barbade la semaine dernière.

Sur 46 secteurs énergétiques, seuls 2 sont actuellement sur la bonne voie pour atteindre les objectifs climatiques, selon le baromètre de l’Agence internationale de l’énergie.

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Le programme de la deuxième semaine

  • Lundi 8 novembre: Adaptation, perte et dommages — Apporter des solutions pratiques nécessaires à l’adaptation aux impacts climatiques et aux pertes et dommages.

  • Mardi 9 novembre: Genre — Faire progresser l'égalité des sexes et la participation pleine et significative des femmes et des filles à l'action climatique. Sciences et innovation — Démontrer que la science et l'innovation peuvent fournir des solutions climatiques pour répondre et accélérer une ambition accrue.

  • Mercredi 10 novembre: Transport — Conduire la transition mondiale vers le transport zéro émission.

  • Jeudi 11 novembre: Villes, régions et environnements bâtis — Faire progresser l'action dans les lieux où nous vivons, des communautés aux villes et régions.

  • Vendredi 12 novembre: Fin des négociations

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Tableau de bord climat

Un suivi interactif des grands indicateurs du dérèglement climatique et de ses solutions.